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Titre : Un enfant de toi
Auteur : Sayana
Base : City Hunter
Genre : songfic, deathfic, POV (c’est mon premier ^^), peut-être un peu OOC (à vous de juger).
Disclaimer : Les personnages de "City Hunter" appartiennent à Tsukasa Hojo, et la chanson « Un enfant de toi » à Phil Barney
Avertissement : Je ne tiens bien sûr pas compte d’"Angel Heart" pour cette fic.
Note de l’auteur : Ce n’est pas vraiment original comme sujet, mais ça me tenait à cœur. Tous ceux qui connaissent cette chanson connaissent déjà le contenu de cette fic. Mais que cela ne vous empêche pas de la lire quand même …

 

Un enfant de toi

 

C'était le mois de février
Ton ventre était bien rond
C'est vrai qu'on l'attendait
On voulait l'appeler Jason

Jason.
J’ai rigolé un peu cruellement (je m’en suis rendu compte aussitôt mais il était malheureusement déjà trop tard) quand tu as prononcé ce prénom devant moi pour la première fois. Je le trouvais un tantinet … ridicule.
Tu aurais pu bien sûr te mettre en colère devant mon attitude stupide, cela aurait été une réaction habituelle de ta part, une réaction normale, presque rassurante. Non, ton doux visage s’est simplement assombri et tu t’es contentée de me regarder d’un air triste, déçu. Puis tu m’as adressé un petit sourire si navré que mon cœur s’est serré, et c’est à ce moment-là seulement que j’ai réalisé à quel point je t’avais blessée. Désolé de t’avoir involontairement fait de la peine, j’ai pris ta main maladroitement et d’une voix pleine de surprise, je t’ai demandé pourquoi avoir choisi ce prénom assez singulier par ici.
Tu m’as alors expliqué patiemment qui était Jason, héros mythologique qui avait conquis la Toison d’Or ; Jason héros fier et courageux qui n’avait pas hésité à affronter les dangers les plus terribles et qui en était ressorti à chaque fois plus fort et plus vaillant.
« Un peu comme toi », as-tu conclu avec un nouveau sourire, cette fois si plein d’amour et de confiance que j’en ai été profondément touché.
Sur le moment, je n’ai rien trouvé à répondre, un peu gêné par cette façon que tu as toujours eue de m’idéaliser, de me croire presque immortel, tel les héros surhumains des grandes épopées mythiques.
La nuit même, incapable de dormir, vaguement mal à l’aise sans trop savoir pourquoi, je me suis enfin levé pour aller chercher un verre d’eau que j’espérais salutaire. Ma soif étanchée mais mon trouble toujours inexplicablement présent, je me suis arrêté au salon, à la recherche d’un quelconque élément relaxant. Comme attiré par les lumières de la rue que je percevais par la fenêtre sans volets, j’ai appuyé mon front sur la vitre à la fraîcheur apaisante.
Je suis resté ainsi de longues minutes, peut-être même des heures, à contempler sans même le voir le ballet incessant des véhicules sur la route en contrebas.
Sans même m’en rendre vraiment compte, mon esprit est revenu à notre conversation de l’après-midi précédente, et à ce prénom insolite, source de désaccords.
Jason.
J’ai commencé à le prononcer une première fois à voix basse, doucement, presque timidement, puis une deuxième fois un peu plus fort, un peu plus haut, puis une troisième, et une quatrième fois …
Je l’ai ensuite répété inlassablement sur tous les tons, l’apprenant comme on apprend une langue étrangère, le découvrant peu à peu, faisant jouer diverses intonations pour l’étudier tout à loisir. Prononcé à l’américaine, il me fallait bien avouer qu’il révélait un charme insoupçonné jusque là. Et en outre, il faisait remonter à la surface tout un pan de ma vie dans ce pays, toutes ces années qui me semblaient à présent si lointaines et si irréelles puisqu’elles s’étaient déroulées sans toi à mes côtés.
J’ai ensuite passé le reste de la nuit à réfléchir à ce que ce prénom représentait pour toi. Et pour nous.
Et curieusement, presque contre ma volonté, j’ai fini par tomber sous le charme de cet étrange nom.
Jason.
Au petit matin, n’y tenant plus, je t’ai réveillé d’un tendre baiser, et j’ai murmuré à mi-voix au creux de ton oreille, comme le plus doux des secrets : « C’est le plus beau prénom que l’on puisse donner à notre fils ».
Ta seule et unique réponse fut un sourire radieux, l’une des plus belles choses qu’il m’ait été donné de voir.
 
Ce matin-là il faisait froid
J'avais rendez-vous au studio
Et tout en soufflant sur mes doigts
J'disais l'petit s'ra un verseau

 
Le ciel était désespérément gris depuis plusieurs jours, la neige avait cédé la place à une pluie froide et déprimante. Et pourtant, malgré ce temps particulièrement démoralisant, j’étais le plus heureux des hommes.
Pour quelle raison ?
La plus belle de toutes : toi, la femme que j’aimais plus que tout au monde, tu allais me donner un enfant, un petit être fruit de notre amour, un peu de nous deux réuni en une seule personne.
Et moi, le séducteur, moi qui détestais ouvertement les enfants (ou plutôt le prétendais par commodité), j’allais devenir papa.
J’avais un mal fou à y croire.
Je souriais béatement en songeant à ce bébé qui serait là dans si peu de temps, ce jour-présent peut-être, j’essayais confusément d'évoquer quelle serait notre vie de famille après son arrivée.
Je nous voyais déjà franchir tous les trois ensemble la porte de notre appartement de Shinjuku, installer le bébé dans sa petite chambre préparée avec amour depuis des mois, le voir s’endormir paisiblement, en toute confiance.
Mes pensées dérivaient lentement, je t’imaginais plus tard donnant le sein au nourrisson, si belle avec tes cheveux bruns et ta peau pâle, ton sourire si doux et déjà tellement maternel. Spectacle magnifique de la communion d’une mère et de son enfant. Toi et lui. Mes anges.
Tous les petits moments de la vie quotidienne, tous ces gestes qui semblaient auparavant tellement anodins et insipides, prenaient une nouvelle dimension dans mon esprit.
C’était la félicité telle que je l’imaginais lors de mon passé torturé, ces nuits où il m’arrivait de perdre totalement l’espoir. C’était ce à quoi je me raccrochais désespérément lorsque tout s’écroulait autour de moi, ce à quoi je n’aurais jamais osé rêver et qui pourtant allait se réaliser.
C’était tout simplement le bonheur.
 
Avoir un seul enfant de toi
Ça f'sait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te lèves le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Que j'ai quand tu me tiens la main

 
Ce jour-là, je me trouvais au Cat’s Eye à boire un café en compagnie de Falcon, Miki et Kasumi, tentant de calmer ma nervosité grandissante au fur et à mesure que la date fatidique approchait.
Conscient de cette faiblesse que j’affichais un peu trop ouvertement à mon goût, j’essayais de masquer cette anxiété trop visible par tous les moyens possibles et imaginables, mais mes amis me connaissaient trop pour se laisser duper. Ils jouaient pourtant le jeu, Kasumi et Miki du moins, parce que Falcon …
Pour tout dire, la présence de l’ancien mercenaire n’était pas faite pour me réconforter. En effet, depuis plusieurs mois, plus précisément depuis que je lui avais appris l’heureuse nouvelle me concernant, l’Eleph ne manquait pas de me chambrer sur mon futur rôle de père, ce qui avait la faculté de m’énerver profondément.
Pourtant, je devais reconnaître que j’avais bien cherché et provoqué cette vengeance, étant donné ma réaction à l’annonce de sa propre paternité. C’est que j’avais bien rigolé en imaginant ce géant tenant dans ses mains immenses un bébé si petit, si fragile, qui plus est le sien !
Falcon papa, c’était l’événement le plus saugrenu qu’il m’avait été donné d’imaginer !
Et Minako était née quelques semaines auparavant, petit être adorable qui rendait ses parents fous de bonheur, surtout l’Eléphant qui se montrait immensément fier de sa fille chérie.
Néanmoins, dès que j’avais le malheur de me moquer gentiment (ironiquement prétendait-il, et il n’avait pas totalement tort) de sa béatitude paternelle, Falcon devenait menaçant, me prédisant les pires supplices lorsque mon heure serait venue.
 
Et puis on m'a téléphoné
Et moi bien sûr j'ai tout quitté
Les chœurs, les cuivres et la rythmique
J'dev'nais papa c'était magique

 
Ce matin-là, au moment exact où le téléphone a sonné, je me trouvais suspendu à environ un mètre du sol, violemment secoué par un ancien mercenaire au comble de la fureur. Cependant, comme mû par un pressentiment, il interrompit son mouvement et me relâcha sans aucune douceur tandis que Miki décrochait le combiné.
Par précaution, j’avais pris soin de laisser une liste des numéros de téléphone de tous les lieux susceptibles de me trouver en leurs murs (liste en tête de laquelle se situait bien sûr mon café préféré, où je musardais en permanence lorsque je ne travaillais pas) pour être bien certain d’être joignable au moment décisif.
La jeune femme écouta quelques secondes son interlocuteur sans dire un mot puis conclut sur un « Très bien, je le préviens immédiatement » avant de raccrocher et de se tourner vers moi avec un grand sourire.
Elle n’avait pas encore achevé son geste que déjà je bondissais sur mes pieds, et je suis sorti en trombe sous les regards que je sentais tendrement ironiques de la part des deux femmes, et tout simplement moqueur venant de Falcon.
Mais tout cela m’était parfaitement égal.
Une seule chose m’importait : je devenais papa !
 
Puis le taxi m'a déposé
Devant la porte de la clinique
Et comme un fou je suis monté
Garçon ou fille c'était critique

 
Apercevant au loin un taxi libre dans le flot de la circulation, je me suis pratiquement jeté sous ses roues, provoquant une belle pagaille en plein milieu de la rue, chaos dont je n’avais cependant absolument cure. Même les reproches véhéments du conducteur ivre de colère ne purent me faire redescendre du petit nuage sur lequel m’avait projeté un simple coup de fil.
Néanmoins, après de longues tentatives de délibérations durant lesquelles l’homme ne put m’arracher de phrase plus cohérente que « Je vais être papa ! » prononcée avec béatitude, le chauffeur finit par pousser un profond soupir désabusé et accepta de me conduire à la clinique que j’avais réussi à mentionner sans trop savoir comment.
Durant le trajet qui me sembla interminable mais qui me permit toutefois de reprendre un peu mes esprits, j’en profitais pour savourer ce moment magique, unique, la naissance de mon premier enfant.
Et je réalisais alors brusquement que nous n’avions même pas songé à un prénom féminin, persuadés comme nous l’étions que le bébé ne pouvait être qu’un garçon. Je me souviens avoir éclaté de rire, ce qui m’a valu de la part du chauffeur un regard plein de doutes sur ma santé mentale, et j’ai conclu en moi-même qu’il serait largement temps d’aviser au moment propice.
Lorsque le taxi s’est enfin immobilisé au pied de la clinique, j’ai à peine pris le temps de lancer un billet sur le siège passager en lançant un strident et généreux « Vous pouvez garder la monnaie ! » avant de m’engouffrer à toute allure dans le bâtiment, flottant de nouveau sur mon petit nuage.
 
Avoir un seul enfant de toi
Ça f'sait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te lèves le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Que j'ai quand tu me tiens la main

 
Je sais que cela ne me ressemblait pas vraiment, ce sourire béat qui flottait en permanence sur mes lèvres depuis des semaines. Quiconque connaissant mon passé douloureux, mon présent instable et mon avenir incertain, quiconque connaissant mes activités secrètes aurait été plus que surpris par mon attitude.
J’étais seulement devenu un autre homme.
Beaucoup de choses s’étaient passées ces derniers mois. L’acceptation ouverte de mes sentiments envers toi, ma déclaration d’amour, notre installation ensemble en tant que couple officiel, et maintenant ce bébé qui s’annonçait.
En fait, tout avait vraiment définitivement changé le jour où j’avais cessé de fuir lâchement, où j’avais enfin compris et surtout accepté la profondeur de mes sentiments envers toi …
Ma femme …
Même si, en raison de mon passé obscur, nous ne pourrions jamais nous marier, je te considérais comme telle.
Je ne peux m’empêcher de penser que la vie est parfois injuste. Nous avions tellement souffert, tous les deux, nous avions vécu tant de moments difficiles, perdu tant d’être chers … Et alors que nous pouvions enfin être heureux, tout s’est irrémédiablement brisé, et cela de manière parfaitement inattendue pour moi.
Rien n’aurait pu gâcher mon bonheur que je croyais naïvement éternel.
Et pourtant …
 
On m'a tendu un paquet d'langes
Dans lequel petit homme dormait
Puis on m'a dit d'une voix étrange
Que c'était tout ce qui m'restait

 
Rongé par la culpabilité même si ce n’était pas de sa faute, Le Professeur ne m’a appris que bien plus tard ce que tu lui avais confié sous le sceau du secret absolu.
Tu avais des doutes sur tes capacités à mener ta grossesse à terme, et tu avais demandé conseil à cet ami de longue date. Après de nombreux examens, celui-ci a alors confirmé tes soupçons et t’a fermement conjuré de ne pas garder ce bébé qui risquait de mettre ta santé en péril, et même ta vie. Mais tu ne l’as pas écouté, prétextant que perdre ce petit maintenant serait trop pénible pour toi, et pour nous, pour notre couple. Tu savais à quel point cet enfant était important pour moi, et tu as courageusement soutenu que peu importaient les risques encourus, tu irais malgré tout jusqu’au bout.
Mais tu lui as demandé de ne rien me dire pour ne pas trop m’inquiéter, ce qui n’aurait pas manqué d’arriver si j’en avais été informé.
Pendant de longs mois, tu as subi toute seule nombre d’examens contraignants, souffrant en silence dans ton cœur et dans ta chair pour m’épargner des tourments que tu jugeais inutiles.
Et moi je ne me suis rendu compte de rien, aveuglé par l’état de félicité extrême dans lequel je me trouvais.
Peut-être que si j’avais su …
 
Tout le monde était très gentil
Et moi je ne comprenais pas
Que dans son cœur y avait la vie
Et qu'dans le tien il faisait froid

 
Je suis resté un long, un très long moment debout au milieu du couloir, les bras ballants, totalement hébété. A mes pieds gisait une peluche enrubannée, adorable maman ours serrant tendrement son petit contre elle, cadeau d’amour pour une mère et son enfant le jour de la Saint Valentin, cadeau soudain privé cruellement de tout sens.
Je n’ai pas compris tout de suite ce que signifiaient tous ces sourires consternés, toutes ces paroles réconfortantes que l’on m’adressait. Ou plutôt non, je me refusais à les voir, à les écouter, préférant fuir la réalité, cherchant des explications confuses.
C’était impossible, il y avait sûrement une erreur, ils devaient forcément se tromper, cela n’avait pas pu arriver …
Pas maintenant.
Pas à elle.
Pas à nous.
Et puis malgré tout, petit à petit, l’atroce vérité s’est imposée d’elle-même et une multitude de questions désordonnées a surgit dans mon esprit.
Comment ce qui promettait d’être le plus beau jour de ma vie, de notre vie, avait-il pu se transformer en un aussi horrible cauchemar ?
Comment avaient-ils pu te laisser mourir ?
Qu’allais-je faire maintenant ? Comment vivre sans ta présence ? Qu’allais-je devenir sans toi ?
Et a fortiori avec lui ?
Comment m’occuper d’un bébé sans toi à mes côté ?
Mais surtout, comment l’aimer alors qu’il t’avait ravie à moi ?
Comment accepter que lui vive et que toi, tu sois morte justement en lui donnant la vie ?
Probablement conscient de tous ces doutes qui me traversaient l’esprit en ce moment précis, le médecin a insisté pour que je prenne mon enfant dans les bras en dépit de mes refus précédents.
Une chose extraordinaire s’est alors produite lorsque j’ai tenu ce bébé tout contre moi pour la première fois : un amour incommensurable m’a littéralement enveloppé malgré mes réticences, véritable coup de foudre pour ce petit être si fragile, si innocent malgré son passé déjà si tragique.
Mon fils, tout simplement.
 
Avoir un seul enfant de toi
Ça f'sait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te lèves le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Que j'ai quand tu me tiens la main

 
J’ai respecté la promesse que je t’ai faite ce jour-là, ce jour merveilleux où tu m’as annoncé que tu étais enceinte.
Je m’en souviens encore comme si c’était hier.
Quand je suis rentré très tard ce soir-là, j’ai trouvé l’appartement étrangement plongé dans l’obscurité alors que tu avais pris l’habitude de m’attendre sur le canapé, un livre à la main, la lumière grande allumée pour chasser tes angoisses.
Vaguement inquiet et sur la défensive, j’ai méthodiquement fait le tour de la pièce du regard avant de m’avancer prudemment. C’est à ce moment-là que j’ai aperçu un petit cadeau posé sur la table basse du salon, stratégiquement posé dans un rayon de lune qui l’éclairait d’une faible clarté presque irréelle. Un peu surpris, cherchant mentalement les raisons d’une telle mise en scène, j’ai ouvert délicatement le paquet pour y découvrir … deux petits chaussons en laine blanche, visiblement tricotés avec amour. Je crois que je suis resté de longues minutes immobile, les chaussons à la main, sans comprendre tout d’abord leur signification. Lorsque j’ai enfin réalisé ce que tout cela voulait dire, je me suis brusquement retourné pour constater que tu te tenais juste derrière moi, un sourire hésitant sur les lèvres. Pour l’une des rares fois dans ma vie, des larmes d’émotion me sont montées aux yeux et je t’ai serrée très fort dans mes bras, autant pour cacher mon trouble que pour te remercier de ce merveilleux cadeau.
Après un instant de profond bouleversement, j’ai fini par relâcher mon étreinte pour pouvoir admirer ton beau visage.
Ce que j’y ai vu m’a suffoqué. Tu paraissais si heureuse, mais en même temps si angoissée, presque torturée …
Soudainement inquiet, je t’ai demandé d’où venait ce pli soucieux qui barrait ton front. Tu as refusé de me répondre, prétextant seulement une grande fatigue nerveuse et physique. Mais je te connaissais trop bien, je savais parfaitement que tu me cachais quelque chose, et j’ai tellement insisté que tu as fini par craquer.
Avec des sanglots dans la voix, tu m’as expliqué que tu ne voulais pas que notre enfant grandisse dans cet environnement plein d’incertitudes, dans ce monde qui menaçait à tout instant de lui ravir son père.
Bouleversé par tes paroles, je t’ai prise à nouveau tendrement dans mes bras et j’ai serré de toutes mes forces pour te rassurer, te transmettre un peu de ma chaleur et de mon amour.
Constatant à quel point ta détresse était grande, je t’ai alors rappelé que le jour où nous avions décidé de vivre enfin en couple, j’avais déjà consenti à prendre mes distances avec mon métier.
Cette fois-là, je t’ai promis qu’au moment de la naissance du bébé, je couperai définitivement le contact avec ce milieu que tu détestais tant.
Moi, que l’on appelait encore City Hunter, le nettoyeur tant redouté, j’envisageais de tout abandonner par amour pour une femme. Toi.
Et j’ai tenu parole.
A la minute même où j’ai pris Jason dans mes bras pour la première fois, j’ai accepté de consacrer ma vie entière à ce petit être qui te ressemblait tellement.
 
Ça fait dix ans qu't'as fait le vide
Ça fait dix ans qu'tu n'es plus là
C'est le p’tit homme qui compte mes rides
Il dit qu'il t'aime à travers moi

 
Déjà dix ans que tu m’as laissé. Dix ans que tu es partie loin de moi. Il me semble que c’était des siècles auparavant. Ou c’était peut-être hier, je ne sais plus. Ton image est encore si présente dans mon âme, et en même temps si lointaine que j’ai parfois l’impression que tu n’as été qu’un beau rêve, une invention de mon esprit pour combler mon cœur trop vide.
Alors dans ces moments-là, dans ces moments où j’en viens à douter de ton existence passée, je me tourne vers Jason. Comme s’il devinait ce qu’il se passe dans mon esprit quand je le regarde de cette manière particulière, il me sourit tendrement et vient s’asseoir sur mes genoux pour se blottir dans mes bras, sans dire un mot, comprenant et respectant ma peine silencieuse.
Il te ressemble tellement … Mieux qu’une photo, il me rappelle chacun de tes gestes, chacune de tes expressions. Il est ton image vivante, un douloureux réconfort.
Il est tout ce qu’il me reste de toi.
Il est toi.
 
Personne depuis n'a pris ta place
L'enfant est là et j'l'aime pour deux
Ton image est bien trop vivace
Et c'est bien celle que j'aime le mieux

 
Comme tous les ans en ce 14 février, je viens me recueillir ici, sur ta tombe, une rose à la main.
Ce soir, on fête les dix ans de Jason au Cat’s Eye. C’est une date importante pour un petit garçon, un premier pas vers l’âge adulte. J’aurais tellement aimé que tu sois là pour célébrer ce passage avec nous …
Ce soir, tous nos amis les plus proches m’ont assuré de leur présence. Ils viennent pour le petit, bien sûr, mais aussi pour moi. Ils savent que c’est l’anniversaire d’une naissance, mais aussi d’une mort, de ta mort, et chacun veut être là pour me soutenir, même si aucun ne l’avoue ouvertement. Leur amitié discrète me touche plus qu’ils ne peuvent l’imaginer.
Ce soir, mon corps et mon cœur seront là-bas, avec toutes nos relations, mais une partie de mon âme sera ici, avec toi. Je ne veux pas que tu restes toute seule en ce moment si particulier. Moi je ne serai pas seul, entouré de Saeko et Reika, Kasumi, Miki, Falcon et leur fille, Ryô et Kaori … Même le Professeur a promis de venir. Pourtant, de tous, il est celui qui ressent le plus cruellement ton absence, lui qui te considérait un peu comme sa fille.
Ce soir, il ne manquera que toi, ma Kazue.
 
Avoir un seul enfant de toi
Ça f'sait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te levais le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Q’j’avais quand tu m’tenais la main

 

FIN