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Titre : Un choix difficile
Auteur : Sayana
Source : City Hunter
Genre : Sérieux, pas très original, non yaoi (je précise paske d’habitude, j’écris surtout du yaoi ! Et pis allez trouver du yaoi dans "City Hunter" !!!!!)
J’espère que ces chapitres vous plairont ^^. Désolée si certaines scènes ne sont pas très réalistes, je ne suis pas très douée pour ça ^^.
Bonne lecture !

 

Un choix difficile 

 

Chapitre 1

 

- Elle m’énerve !!!
Assis au bar du Cat’s Eyes, Ryô et Mick discutaient depuis un bon quart d’heure ; ou pour être exact, Ryô se plaignait depuis un quart d’heure et Mick l’écoutait, un sourire goguenard aux lèvres. Ryô semblait totalement désespéré et furieux.
- C’est de pire en pire ! Elle devient tellement jalouse que je ne peux même plus regarder une femme dans la rue sans me prendre un coup de massue sur la tête. Je ne vais plus pouvoir tenir bien longtemps ...
- Tu ne crois pas que tu exagères un peu ! ?
- J’AIMERAIS BIEN T’Y VOIR !!!
Mick avait reculé devant la brutalité de la réponse.
- Ca va, pas la peine de hurler, je n’y suis pour rien, moi. Tu as essayé de lui parler ?
- Pff !, A quoi ça servirait, elle ne veut jamais m’écouter ; dès que j’essaye de me justifier, elle ... ET PUIS POURQUOI CE SERAIT A MOI DE FAIRE UN EFFORT, ON N’EST PAS MARIES, APRES TOUT !!!
Mick sursauta une nouvelle fois et manqua tomber de son tabouret.
- Dis, tu ne voudrais pas te calmer un peu !
- COMMENT VEUX-TU QUE JE ME CALME ALORS QUE CETTE FOLLE VA FINIR PAR ME TUER !!! C’est vrai, ça, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?
- Tu oses le demander ?
Cette fois-ci, c’est Ryô qui sursauta devant l’intervention inattendue de Falcon ; en effet, depuis le début de la conversation, l’éléphant lavait la vaisselle sans sembler se soucier des deux autres.
- De quoi tu te mêles, l’éléph ? Et arrête de me regarder en souriant bêtement, ça m’énerve.
- Avec tout ce que tu fais subir à Kaori depuis des années, il est normal qu’elle se méfie de toi ; même quand vous êtes tous les deux, tu ne peux pas t’empêcher de sauter sur toutes les jolies filles qui passent.
- Je n’y peux rien, je suis comme ça. Comment voulez-vous que je devienne le plus grand séducteur du Japon en restant fidèle à une seule femme ?!?!
Mick et Falcon se ‘regardèrent’ en soupirant.
- Crétin !
- Qu’est-ce que tu as dis, Mick ?
- J’ai dis que tu es un vrai crétin. Si j’étais à ta place, je profiterais de la chance d’avoir Kaori à mes cotés.
- Mais tu n’es pas à ma place !
Ryô sembla réfléchir un moment puis un sourire indescriptible s’afficha sur son visage.
- Si tu m’envies tellement, pourquoi tu ne prendrais pas ma place ?
- ... ???
- Mais oui, on échange Kazue et Kaori. Moi, j’aime beaucoup Kazue et je ne supporte plus Kaori, et toi, tu es assez maso pour vouloir Kaori à tes cotés. Alors, on a qu’à échanger nos places et tout le monde sera content. Qu’est-ce que tu en penses ?
- Heu, eh bien, c’est à dire que ... Ca m’étonnerait beaucoup que les filles soient d’accord. Et puis, j’aime Kazue et ...
- Tu n’es qu’un égoïste. Pourquoi est-ce que je n’aurais pas le droit moi aussi d’avoir une petite amie belle, sexy et folle de moi ???
- Il me semble pourtant que c’est ce que tu as ...
- Beuh !!! Moi je voudrais une vraie partenaire digne de moi, pas cette espèce de garçon manqué sans aucun charme ...
BOUM !!!
Kaori et Miki venaient d’arriver en portant les courses, juste à temps pour entendre la fin de la réponse de Ryô.
Miki regarda le pauvre Ryô écroulé par terre, une massue de dix tonnes écrasée sur la tête ; elle poussa un soupir et se tourna vers son amie.
- Dis Kaori, tu ne crois pas que tu y as été un peu fort, cette massue était vraiment très lourde et Ryô ne méritait pas ça ...
- Ah oui, parce que ça te plairait, toi, d’être traitée de garçon manqué, hein ?
- Mais non, tu te trompes, je suis sûre que Ryô ne pensait pas ce qu’il a dit ...
- Bien sûr que si, je le pensais !!!
- Tais-toi, idiot, tu ne vois pas que j’essaye d’arranger les choses ... Mais Kaori, où tu vas ?
- Laisse-moi passer, Miki. J’en ai vraiment marre de ce crétin, et si je reste ici, je sens que je vais encore m’énerver et tout casser.
- Ah non, vous n’allez pas encore vous battre dans mon café ; la dernière fois ...
- C’est bien pour ça que je préfère sortir.
Kaori sortit du Cat’s Eyes en lançant un regard meurtrier à Ryô. Celui-ci attendit qu’elle soit partie pour se relever péniblement en se massant le sommet du crâne.
- Qu’est-ce que je vous disais, je vais finir par y laisser la vie.
- Tu ne crois pas que tu l’as bien cherché ?
- L’éléph, je t’ai déjà dit de te mêler de tes affaires.
- Tout ce qui se passe dans ce café me regarde - Enfin, façon de parler !
- Ouais, tu dis ça quand ça t’arrange. Mais ... Dis, puisque Mick ne veut pas faire l’échange, ça ne t’intéresserait pas, toi ? Ce serait bien, Kaori contre Miki ...
Ryô eut juste le temps d’éviter le tabouret lancé par Falcon.
- Ca va, ça va, je disais juste ça pour plaisanter, ce n’est pas la peine de s’énerver. Qu’est-ce que tu peux être susceptible ! A moins que ce ne soit de la jalousie ? ! Mais oui, l’éléph ne veut pas qu’on touche à sa petite femme chérie. Rhôôô ! Comme c’est mignon !!!
Cette fois-ci, Ryô ne put éviter le deuxième tabouret.
- Non mais ça va pas ?!?!?! Tu m’as fait mal.
- C’était le but recherché. Tant pis pour toi.
- Eh bien, puisque c’est comme ça, je vais aller me faire consoler en ville. Je trouverais bien une belle jeune femme, douce et affectueuse, qui me fera oublier tous ces ingrats qui se fichent bien de moi.
- Bon débarras !!!
Ryô fusilla du regard Mick et Falcon et sortit le plus dignement qu’il put. Au moment où il passait la porte, il aperçut Kaori qui discutait avec Kasumi. Elle avait l’air toujours aussi furieuse malgré Kasumi qui tentait de la calmer. Ryô décida prudemment de partir du coté opposé. Juste comme il allait tourner le dos pour s’éloigner sur la pointe des pieds, il vit une voiture débouler à toute vitesse, s’arrêter au niveau des deux jeunes femmes ; une portière s’ouvrit, et un homme attrapa Kaori par un bras pour la tirer dans le véhicule ; puis la voiture redémarra dans un crissement de pneus et disparut tout aussi vite. La scène n’avait duré que quelques secondes et Ryô n’avait même pas eu le temps de réagir. Il se précipita vers Kasumi.
- Ca va Kasumi, tu n’as rien ?
- Ryô !!! Moi, ça va, mais Kaori ... elle a été enlevée ...
- Je sais.
Ryô regarda dans la direction où avait disparu la voiture.
- Je sais, répéta t-il en serrant les poings. 

 

Chapitre 2

 

- TU ES VRAIMENT INSUPPORTABLE !!!
Ryô gisait sur le sol du Cat's Eyes, un tabouret à demi fracassé sur la tête. Il se releva péniblement tout en maugréant contre le manque de douceur des femmes.
- Comment peux-tu me draguer dans un moment pareil ? !?!
Miki regardait Ryô avec fureur et reproche mais se calma immédiatement en croisant son regard. Quelque chose dans ses yeux avait frappé la jeune femme, une lueur qu’elle avait appris à déchiffrer avec le temps.
- Je sais bien que tu es inquiet pour Kaori, on n’a plus de nouvelles depuis son enlèvement, hier. Mais ce n’est pas une raison pour me sauter dessus comme ça. C’est vraiment exaspérant, cette manie ! Et de toute façon, ça ne marche pas avec moi, je te connais trop bien, je sais que ce n’est qu’un moyen de masquer ton inquiétude.
- Si tu me connaissais aussi bien, tu saurais exactement que je ne pense qu’à une seule chose en ce moment : Falcon et Kasumi sont sortis, nous sommes donc seuls ici, tous les deux, et nous pourrions en profiter pour ...
- RYOOO !!!
Le sourire lubrique de Ryô se transforma en rictus de douleur sous le nouveau coup de tabouret de Miki.
« Cette fois-ci, il est allé trop loin, fulmina la jeune femme. Il reste ici à faire l’idiot pendant que Falcon et Saeko sont à la recherche de Kaori. Je vais vraiment finir par croire qu’il s’en fiche totalement. »
Mais au même instant, elle fut désarmée une nouvelle fois par cette lueur indéfinissable dans les yeux de Ryô, mélange de tristesse, de peur et de culpabilité tout à la fois. Et c’est avec mansuétude qu’elle le regarda reprendre place sur l’un des rares tabourets encore intacts. Un silence pesant s’installa entre eux, Ryô semblant absorbé dans la contemplation de son café et Miki le surveillant du coin de l’oeil. C’est sans le regarder que la jeune femme reprit la parole :
- Je n’arrive pas à comprendre pourquoi tu agis comme ça. Tu fais comme si ce qui arrive à Kaori t’était égal. Pourtant je sais que tu es inquiet pour elle, tu te sens même coupable de n’avoir pas su la protéger. Mais ton attitude est tout de même étrange. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ...
Miki s’interrompit un instant comme si elle cherchait les mots qui pourraient le mieux définir sa sensation.
- J’ai le sentiment que tu agis toujours comme avant. Cette manière de ne pas montrer que tu tiens à elle, malgré tout ce qui s’est passé entre vous. J’ai l’impression que quand votre relation fait un pas en avant, tu t’empresses d’en faire deux en arrière. Pourquoi ?
Ryô ne sembla même pas écouter la question, les yeux toujours rivés sur sa tasse de café maintenant froid. Mais Miki savait qu’il l’avait parfaitement entendue.
- Ryô, dis-moi que tu n’as pas l’intention de renvoyer Kaori ?
Il avait levé vers elle un visage qu’il voulait inexpressif mais Miki comprit qu’elle avait vu juste. Ils s’affrontèrent quelques secondes les yeux dans les yeux, regard vibrant de colère contenue contre regard glacial. La jeune femme craqua la première et détourna la tête, vaincue. Aussi fut-elle surprise par la question que Ryô posa d’un air détaché :
- Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
Miki écarquilla les yeux. Cette question apparemment anodine sonnait comme le plus terrible des aveux.
- Tu ne peux pas faire ça ! Pas après ce que tu lui as promis ! Tu lui as fait le serment que vous seriez toujours partenaires, que vous resteriez toujours ensemble !!
- Je sais. Mais j’ai aussi juré à Makimura de veiller au bien-être de sa soeur.
- Toujours cette veille promesse ! Je croyais que cette histoire était définitivement réglée ?
- C’était ce que je pensais aussi. Je me disais que mes sentiments pour Kaori me suffiraient à la protéger, grâce à ce lien particulier qui nous uni. Mais chaque fois que Kaori est en danger, mes doutes resurgissent. Cette fois encore, j’ai été incapable de lui venir en aide quand elle a eu besoin de moi. Jusqu’à présent, tout s’est toujours bien terminé mais il suffit d’une fois, d’une seule ... Tant qu’elle vivra dans ce milieu, ce genre de mésaventure arrivera toujours. Alors, je tiendrai ma promesse envers Kaori le plus longtemps possible mais ... Je n’abandonnerai jamais totalement l’idée de lui faire reprendre une vie normale si l’occasion se présente ...
La voix de Ryô était devenue de plus en plus basse, jusqu’à devenir presque inaudible à la fin. Mais Miki avait très bien compris où il voulait en venir.
Saeko entra à ce moment-là en courant dans le café et s’arrêta en constatant le désordre pourtant habituel qui régnait dans la salle. Elle haussa les épaules, mi-surprise mi-fataliste, et se dirigea vers Ryô en lui tendant une cassette vidéo.
- Elle t’est destinée.
Ryô haussa un sourcil d’étonnement en se saisissant de l’objet. Il l’inspecta sous tous les angles pour vérifier qu’elle n’était pas piégée. Rassuré, il passa dans la pièce adjacente pour la visionner tranquillement, suivi par les deux jeunes femmes.
Sur l’écran apparut bientôt un homme qui fixait l’objectif d’un air arrogant et supérieur, une arme à la main. Il ricana à l’intention de son futur interlocuteur.
- Je tiens ta copine, Saeba, alors si tu veux la revoir vivante, tu as intérêt à faire tout ce que je vais te demander. Mais avant, pour te prouver ma bonne foi, je vais te montrer qu’elle va bien. Elle est seulement terrorisée.
La caméra obliqua légèrement, dévoilant Kaori retenue de force par deux types qui semblaient avoir toutes les peines du monde à la maintenir. Elle se débattait comme une furie, injuriant ses kidnappeurs :
- Vous n’êtes qu’une bande d’idiots ! Vous pensez vraiment avoir Ryô avec des méthodes aussi nulles ? Ryô est un vrai pro, il ne se fera pas avoir par des amateurs comme vous ! Quand il sera là, vous regretterez de m’avoir enlevée ! Il vous le fera payer, espèces de crétins minables !
Celui qui passait pour le chef avait observé toute la scène d’un air ahuri et désespéré.
- Mais arrête, idiote ! Tu es censée être terrifiée ! hurla t-il tandis qu’un vol de corbeaux déferlait au dessus de sa tête.
Il se ressaisit pourtant très vite et s’adressa de nouveau à l’objectif en se raclant la gorge d’un air gêné :
- Euh, comme tu le vois, elle a très peur et ...
- Comment voulez-vous que j’aie peur d’une bande d’abrutis comme vous ? Vous ne feriez même pas peur à un bébé ! Imbéciles ! Tarés !
- TA GUEULE !!!
Kaori se tut brusquement lorsqu’elle sentit le contact froid de l’arme pointée sur sa tempe. L’homme faisait des efforts visibles pour ne pas appuyer immédiatement sur la détente, ce qui eut pour effet de soumettre instantanément la jeune femme.
L’homme respira plusieurs fois profondément pour se calmer un peu et sans baisser son arme, il reprit pour son adversaire :
- Je te préviens, Saeba, je n’ai pas l’intention de supporter une telle emmerdeuse très longtemps. Dépêche-toi de venir avant que mes nerfs ne craquent. Sinon, ça ira très mal pour elle. Quoique, si tu ne viens pas, je comprendrais tout à fait. Je ne sais pas si à ta place j’aurais vraiment envie de retrouver une telle chieuse. Comment tu fais pour la supporter ? Faut vraiment être complètement maso pour ... Non mais qu’est-ce je raconte ?! Rendez-vous sur le chantier de construction du nouveau centre commercial. Et bouge-toi où elle mourra, ça je peux te le promettre !
L’homme accentua sa dernière phrase en appuyant un peu plus son arme sur la tempe de Kaori. Puis l’enregistrement s’arrêta net, laissant les trois téléspectateurs sans voix.
Ryô se tourna vers ses deux amies, l’air horrifié par ce qu’il venait de voir. Devant son air désespéré, Miki tenta de le rassurer un peu :
- Ne t’inquiète pas, Ryô, je suis persuadée que tout ira bien pour Kaori. Cet homme n’a aucun intérêt à la faire disparaître maintenant, elle est une monnaie d’échange trop précieuse et ...
- Il va la tuer, c’est sûr ! C’est perdu d’avance ! Aucun homme normal ne peut supporter une telle folle très longtemps. Alors dites, les filles, j’ai une idée : si je la lui laissais définitivement ???
Les deux femmes tombèrent à la renverse devant cette dernière remarque à laquelle elles ne s’attendaient certainement pas. Ryô les regardaient tour à tour, ses yeux de chien battus pleins d’espoir. Miki se redressa la première, au comble de la colère devant une telle attitude, et se planta devant Ryô, les mains sur les hanches, ses yeux lançant de véritables éclairs :
- Ryô, tu n’es pas sérieux, j’espère ? On ne dit pas ce genre de choses, même pour rire. Comment peux-tu plaisanter dans un moment pareil ? C’est indigne de toi ! Tu es vraiment insupportable !
- Mais non, c’est ELLE qui est insupportable et je me disais que ce serait mieux si ...
- RYOOOOO !!!

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Ryô arrêta la voiture devant le bâtiment en construction où l’attendait Falcon, son arme à la main. Le nouvel arrivant jeta un coup d’oeil aux alentours et soupira :
- Décidément, de nos jours, ces petits voyous n’ont rien de très original, ils me donnent toujours rendez-vous dans ce genre d’endroit, ça commence à être lassant ...
Puis redevenant sérieux :
- Alors ?
Falcon lui expliqua la situation en quelques mots :
- Ce gars-là est un pro. Tout l’immeuble était piégé mais j’ai réussi à désamorcer toutes les bombes sans qu’il ne s’en rende compte - il n’est peut-être pas si pro que ça, finalement, il est tellement sûr de son coup qu’il ne se méfie même pas. Tant pis pour lui. Maintenant, Ryô, c’est à toi de jouer, il ne te reste plus qu’à trouver Kaori et ce type.
- Merci, l’Éléph, je te revaudrai ça.
- Si tu veux que je t’accompagne ...
- Non, c’est à moi de régler cette histoire. SEUL.
- Je serai quand même là si tu as besoin d’aide.
- Pff ! Tu ne me crois pas capable de m’en sortir tout seul ? Quel manque de confiance, je pensais que tu me connaissais mieux que ça ?
- Justement, je te connais, et tu es dans un tel état de colère - même si tu ne le montres pas - que tu es capable de tout.
- ...
Ryô s’éloigna en faisant un geste de la main semblant signifier « Ne t’inquiète pas pour moi, tout ira bien ! », geste que ne put bien évidemment pas voir Falcon mais dont il ressentit l’intention. Il reprit sa garde au pied du bâtiment en poussant un énorme soupir.
Ryô pénétra dans l’immeuble l’arme au poing, repensant aux paroles que lui avait dites Saeko avant qu’il ne quitte le Cat’s Eyes :
- C’est un tueur du nom de Dragon Rouge qui a enlevé Kaori. Il veut se faire une place dans le milieu en t’éliminant. D’après mes renseignements, il est assez dangereux, tu ferais bien de te méfier.
Tout en continuant sa progression prudente, Ryô soupira intérieurement :
- Décidément, ces tueurs ne sont vraiment pas originaux, ils ont tous les même idées !!!
Ryô avançait de plus en plus prudemment mais il ne rencontra personne. Il s’arrêta alors pour écouter s’il entendait le moindre bruit qui put le renseigner sur la présence de ses ennemis. En tendant l’oreille, il entendit des voix provenant du premier étage. Il emprunta l’immense escalier le plus silencieusement possible et déboucha dans un hall gigantesque.
La première chose qu’il vit était Kaori ligotée et bâillonnée au pied d’un mur au fond de la pièce. Elle était seule.
Ryô fit alors le tour de la salle du regard tandis que Kaori secouait énergiquement la tête pour lui intimer de ne pas s’approcher. Il fit pourtant quelques pas et sentit son sang se glacer dans ses veines en entendant un déclic dans son dos. Il eut tout juste le temps de plonger en avant tandis qu’une balle venait se fracasser à l’endroit même où il se tenait quelques secondes plus tôt. Ryô riposta aussitôt et deux balles lui suffirent pour abattre les deux complices de Dragon Rouge.
Ryô attendit un instant que ce dernier se montre mais devant le silence qui s’installait, il se dirigea lentement vers Kaori qui le regardait d’un air suppliant. Dès qu’il lui eut ôté son bâillon, elle l’implora de partir :
- Ne reste pas là, Ryô, c’est un piège !
Elle n’eut pas le temps de poursuivre, interrompue par un ricanement. Ryô se retourna immédiatement vers l’homme qu’il n’avait pas entendu arriver, se maudissant de son erreur qui aurait put leur être fatale, et se retrouva face au dénommé Dragon Rouge.
Les deux hommes se jaugèrent quelques instants du regard sans bouger.
- Tu vois, Dragon Rouge, je suis venu comme tu me l’avais demandé. Alors, permets-moi de libérer Kaori pour qu’elle puisse partir d’ici.
- Non, Ryô, ne fais pas ça !!!
- Ca ne servirait à rien parce que vous allez mourir tous les deux. Tu es tombé dans mon piège ! répondit le tueur d’un ton inquiétant.
- Pff, quelle originalité ! Si tu savais le nombre de types qui ont eu la même idée avant toi. Et tu vois, je suis toujours là. Tu subiras le même sort que les autres pour avoir osé t’attaquer à ma partenaire.
- C’est ce que tu crois, Saeba, ricana l’homme en pointant son arme sur Ryô.
Celui-ci réussit à éviter une nouvelle fois le tir en plongeant sur le côté. Mais surpris de ne pas entendre une nouvelle déflagration, il se retourna pour chercher où se trouvait son adversaire.
Ce qu’il vit alors le pétrifia sur place : l’homme avait maintenant son arme braquée sur Kaori et la fixait d’un air dément.
- NOOOONNNNN !!!
Fou de rage, Ryô s’élança pour s’interposer au moment même où la détonation se faisait entendre.
Kaori vit alors avec horreur Ryô s’écrouler à ses pieds dans une marre de sang ...

 

Chapitre 3

 

« Il est dans le coma ...»
Ces cinq mots résonnaient sans cesse dans l’esprit de Kaori. Depuis que Kazue lui avait appris la terrible nouvelle, Kaori restait prostrée sur une chaise, ses yeux fixant inlassablement le lit où reposait Ryô.
- Il est si beau, si paisible, on dirait qu’il dort ... songeait-elle amèrement.
Les yeux de Kaori s’embuèrent de larmes, mais elle se força à les refouler. Elle voulait se montrer courageuse, forte. Digne de City Hunter.
- Digne de City Hunter. Quelle ironie ! C’est à cause de moi, une fois de plus, que tout est arrivé. Si Falcon n’était pas venu à notre secours, nous serions sûrement morts à l’heure qu’il est. Il a non seulement réussi à tuer Dragon Rouge mais c’est lui qui nous a conduit ici, chez le Professeur. J’étais tellement choquée que j’étais incapable de réagir. Je suis vraiment trop nulle !
Son poing se crispa rageusement et elle essuya quelques larmes de colère et de désespoir qui avaient réussi à s’aventurer sur ses joues malgré tous ses efforts pour les retenir.
- Pourquoi ? Pourquoi ? Tout ça, c’est de ma faute ... Encore une fois. Sans moi, Ryô ne serait pas ici, sur ce lit d’hôpital. Sans moi, il ne serait pas ...
Les larmes coulaient maintenant ouvertement sur son visage, sans qu’elle cherche davantage à endiguer ses pleurs, sans même qu’elle ne s’en rende vraiment compte.
Même si tous ses amis ne cessaient de lui répéter qu’elle n’était pas responsable, Kaori ne pouvait s’empêcher de culpabiliser. Elle repensait à toutes les fois où elle avait été enlevée, toutes ces fois où Ryô était venu à son secours. Tous deux s’en étaient toujours plutôt bien sortis, avec seulement quelques blessures plus ou moins graves. Kaori avait souvent eu très peur mais Ryô était toujours là pour la protéger. Elle en était presque arrivée à le considérer comme invulnérable. Mais aujourd’hui ...
- Mon Dieu, je vous en supplie, faites qu’il vive ! Il ne peut pas mourir, il ne doit pas mourir. Je donnerais n’importe quoi pour être à sa place. Il a été blessé en voulant me protéger, c’est moi qui devrais être ici, sur ce lit. Je ne supporterai pas qu’il meure à cause de moi. Je vous en prie ! Je suis prête à tout pour le sauver ... S’il survit ... Je partirais. Oui, c’est ça, s’il finit par se réveiller, je m’éloignerai de lui définitivement. C’est pour me protéger qu’il risque sa vie depuis toutes ces années. Si je ne suis plus là, Ryô sera moins en danger. Alors oui, si ça peut le sauver, je partirai très loin. Pour toujours. Mais sauvez-le !
Elle avait prononcé ces dernières paroles à haute voix, comme pour leur donner plus de portée, comme pour être bien sûre que quelqu’un, la-haut, puisse les entendre.
Pendant son discours, elle avait saisi la main inerte de Ryô et elle la serrait convulsivement, espérant lui transmettre un peu de sa chaleur et de sa force. Mais devant l’absence de réaction de son partenaire, elle relâcha légèrement sa pression et se mit timidement à la caresser, en un geste d’affection qu’elle ne se serait sûrement pas permis en temps normal. Puis mue par une envie irrépressible, elle souleva délicatement la main de Ryô et approcha doucement ses lèvres des doigts glacés sur lesquels elle déposa un tendre baiser qui reflétait ses sentiments les plus profonds.
Epuisée par le désespoir et le remord, elle finit par s’endormir sans avoir lâché cette main si précieuse.

¤ ¤ ¤

- Elle veille Ryô jour et nuit, depuis deux jours, sans bouger. Je me sens tellement mal pour elle, j’aimerai tellement pouvoir faire quelque chose. Mais elle refuse mon aide ...
Kazue avait murmuré ces quelques paroles à Mick qui venait de lui poser tendrement une main sur l’épaule. Tous deux regardèrent par l’entrebâillement de la porte et virent effectivement Kaori sur une chaise près du lit, les épaules voûtées, ses yeux vides fixant Ryô sans plus le voir. Elle faisait tellement pitié que Mick fronça les sourcils. Il échangea un bref coup d’oeil avec Kazue et pénétra dans la chambre. Kaori l’entendant s’approcher leva vers lui un regard totalement inexpressif puis le reconnaissant, elle se replongea dans ses réflexions. Mick lui posa une main sur l’épaule et la sermonna doucement :
- Tu as l’air épuisée. Tu devrais aller te reposer.
Kaori secoua la tête sans même le regarder. Mick poussa un soupir et reprit :
- Ca ne sert à rien que tu tombes malade toi aussi. Va dormir un peu, je le veillerai à ta place.
Nouveau signe de négation et nouveau soupir. Mick se mit à marmonner :
- Je n’ai jamais vu pareille tête de mule. Alors tant pis pour toi. Puisque tu ne veux pas bouger d’ici, je vais employer les grands moyens.
Cette fois-ci, Kaori leva la tête, surprise. Mick avait sur le visage une expression indéfinissable, mélange de plaisanterie et du plus grand sérieux. Il profita de l’étonnement de Kaori pour la prendre dans ses bras malgré ses protestations. La jeune femme commença à se débattre faiblement mais dut se rendre à l’évidence : même convalescent, Mick restait beaucoup plus fort qu’elle. Et puis, elle devait bien se l’avouer, ce contact humain, cette chaleur, elle en avait vraiment besoin. Elle cessa alors lentement de bouger, ne souhaitant pas céder trop facilement et appuya timidement sa tête sur l’épaule de Mick en fermant les yeux. Celui-ci sourit devant cet abandon et rejoignit Kazue dans le couloir. Il n’avait pas encore franchi le seuil que Kaori s’était déjà assoupie ...

¤ ¤ ¤

- Tu dois te réveiller, Ryô, tu n’as pas le droit de partir. Pas maintenant. Kaori a trop besoin de toi, tu ne peux pas l’abandonner ... Pff, voilà que je deviens sentimental, ça ne me ressemble vraiment pas !
Comme promis, Mick était revenu veiller Ryô après avoir déposé Kaori endormie dans une autre chambre. Fatigué de rester assis sur cette chaise depuis des heures à ressasser les mêmes idées noires, il se leva pour se dégourdir les jambes et s’approcha de la fenêtre. Il appuya le front sur la vitre pour se rafraîchir un peu et calmer la valse désordonnée de ses sombres pensées. Au même moment, il lui sembla entendre un léger bruit provenant du lit. Il se retourna vivement pour constater que Ryô avait les yeux légèrement entrouverts.
- Kazue, Professeur, venez vite, je crois que Ryô est en train de se réveiller !!!
Les deux médecins entrèrent en trombe dans la pièce. Mick avait fait un pas en arrière pour ne pas les gêner et observait la scène le coeur battant. Au bout d’un temps qui lui sembla interminable, Kazue se tourna vers lui et lui fit un immense sourire, les yeux pleins de larmes de soulagement.
- Tu devrais aller chercher Kaori ...
Mick opina, le sourire aux lèvres et se précipita vers la chambre où reposait la jeune femme. Cette dernière dormait d’un lourd sommeil et ne l’entendit même pas entrer. Mick l’observa quelques secondes, rechignant un peu à la déranger. Mais il se souvint de la raison de sa propre présence et songea que Kaori ne lui en voudrait certainement pas de l’avoir réveillée. Il s’approcha du lit et la secoua doucement.
- Kaori ! Kaori !
L’interpellée finit par ouvrir les yeux et posa sur lui un regard quelque peu perdu, ne se souvenant probablement pas comment elle avait pu atterrir dans cette pièce.
Mick lui adressa un sourire rassurant et murmura pour ne pas trop la brusquer :
- J’ai une bonne nouvelle. Ryô vient de se réveiller ...
Kaori le fixa quelques secondes sans comprendre et brusquement son visage s’illumina tandis qu’un flot de larmes inondait ses joues.
- Merci ! Merci ! Merci !
Elle avait fermé les yeux de nouveau et répétait ce même mot inlassablement sans qu’il semble pourtant adressé à qui que ce soit en particulier. Elle finit quand même par se calmer un peu et regarda Mick avec reconnaissance.
- Je te remercie d’être venu me prévenir, Mick. Laisse-moi juste une minute pour reprendre mes esprits, je ne peux pas me présenter devant Ryô dans cet état ... Tu peux aller prévenir les autres que j’arrive, s’il te plaît ?
Elle bondit ensuite jusqu’au lavabo qui ornait la chambre et se passa de l’eau fraîche sur le visage tandis que Mick quittait la pièce en se moquant gentiment de la coquetterie des femmes. Dès qu’il fut sorti, le sourire de Kaori s’effaça aussitôt et elle fixa tristement mais avec résolution le miroir devant elle.

¤ ¤ ¤

- Vous pouvez nous laisser seuls ?
Kaori se tenait maladroitement sur le seuil de la porte, n’osant visiblement pas entrer. Tous se regardèrent avec un air entendu et un petit sourire. Kazue attrapa le Professeur et Mick chacun par une main pour les traîner hors de la pièce, ceux-ci ne semblant pas décidés à s’effacer pour leur laisser un peu d’intimité. Kaori la remercia d’un signe de tête. Elle attendit ensuite un instant que tous trois aient disparus à l’autre bout du couloir pour pénétrer dans la pièce. Elle referma la porte derrière elle le plus silencieusement possible, mais au lieu d’avancer, elle s’appuya contre le battant. Elle prit tout son temps pour observer Ryô, qui s’était rendormi vaincu par la fatigue et les calmants, comme si elle voulait imprimer son visage dans sa mémoire. Elle fit ensuite quelques pas, paraissant hésiter, et avisa la table basse qui jouxtait le lit. Elle se dirigea résolument vers elle et y déposa une enveloppe bien en évidence. Puis sans un regard, sans même se retourner, elle quitta la pièce aussi silencieusement qu’elle était entrée.

¤ ¤ ¤

Même s’il refusait de l’admettre ouvertement, Mick était vraiment soulagé du réveil de Ryô et il était impatient de recommencer leurs longues discussions « d’homme à homme ».
Estimant que Kaori avait passé assez de temps seule dans la chambre de Ryô, mais surtout curieux de savoir comment s’étaient passées leurs retrouvailles, le blond frappa résolument à la porte du convalescent et à son grand plaisir, ce fut celui-ci qui lui répondit faiblement. Il entra gaiement et fut un peu surpris de le trouver seul.
- Alors, mon vieux Ryô, tu nous as fait une de ces peurs !!! J’ai vraiment cru que tu allais y passer, cette fois ! Pfff ! Moi qui pensais que j’allais enfin avoir Kaori pour moi tout seul !!!
Mick faisait le pitre comme à son habitude mais son regard sérieux démentait ses propos. Les deux hommes se fixèrent silencieusement pendant quelques secondes, dialogue équivalent pour eux à un long discours. Puis constatant la bonne santé apparente de son ami et désireux d’en apprendre plus sur ce qui s’était passé à son réveil, Mick prit une chaise et s’installa à califourchon près du lit. Il regarda Ryô d’un air à la fois complice et curieux et demanda innocemment :
- Alors ?
- Alors quoi ? rétorqua Ryô en levant un sourcil. Il ne comprenait visiblement pas où Mick voulait en venir.
- T’es pas drôle. Je veux juste savoir ce que t’a dit Kaori lorsque tu t’es réveillé ... Elle nous a demandé de sortir de la chambre pour rester seule avec toi, je me doute qu’elle avait des choses très importantes à te dire, des choses que toi seul pouvait entendre ...
Un sourire lubrique était apparu sur les lèvres de Mick. Ryô fit la moue, vaguement énervé par la curiosité de l’Américain, d’autant plus qu’il ne voyait toujours pas de quoi il voulait parler, son cerveau encore nettement embrumé ne lui autorisant pas la moindre réflexion.
- Aucune idée, je ne l’ai pas vue, répondit-il un peu sèchement.
Mick le dévisagea un instant, se demandant si le brun se moquait de lui.
« Pff, quel égoïste, il veut tout garder pour lui sans même m’en faire profiter, moi, son meilleur ami, maugréa Mick intérieurement ».
Pourtant il fronça les sourcils en constatant que Ryô semblait très sérieux et même vaguement inquiet. Mick s’empressa alors de le rassurer :
- Bah, j’imagine qu’elle n’a tout simplement pas osé te réveiller. Elle a dû aller faire un tour et ...
Il remarqua à ce moment-là sur la table basse l’enveloppe sur laquelle était écrit un seul mot, « Ryô ». Il reconnut pourtant parfaitement l’écriture de Kaori. Mick s’interrompit aussitôt et questionna Ryô du regard. Les sentiments de peur et d’appréhension qu’il devina dans les yeux de ce dernier lui donnèrent froid dans le dos. Après un instant d’hésitation, Ryô tendit difficilement la main pour attraper la missive. Il la contempla quelques secondes en silence puis la tendit toujours sans dire un mot à Mick. Celui-ci comprit l’intention du Japonais et ouvrit l’enveloppe. Elle contenait une lettre très courte, que Mick lut à mi-voix :

« Ryô,
Cela fait des heures et des heures que tu es allongé inconscient sur ce lit, et je n’arrête pas de me dire que tout ça est de ma faute. Je me sens tellement coupable, j’aimerais tellement effacer tout ce qui est arrivé. Pourtant s’il est impossible de gommer le passé, il existe un moyen de modifier l’avenir. Je sais très bien que tant que je resterai à tes côtés, tu seras en danger à cause de moi. Je ne supporte plus cette idée, elle m’est devenue intolérable. Alors si tu te réveilles, je partirai loin de toi. Pour ne plus te causer de problèmes. Plus jamais.
Je t’en supplie, ne cherche surtout pas à me retrouver, je n’en vaux pas la peine.
Cette décision a été la plus difficile à prendre de toute ma vie, mais je ne la regrette pas. Parce que ... Je t’aime. Je voulais te le dire enfin, pour la première et dernière fois.
Adieu, Ryô.

Kaori »

La voix de Mick était devenue blanche au fur et à mesure de sa lecture, jusqu’à devenir presque inaudible. Il n’osait lever les yeux sur son ami, par peur de ce qu’il pourrait lire dans son regard. Au bout d’un moment, gêné, il se leva et toujours sans le regarder, s’apprêta à quitter la chambre. Pourtant, avant de sortir, il se retourna une dernière fois et demanda :
- Qu’est-ce que tu comptes faire ?

 

Lecteur, te voici maintenant devant un choix aussi difficile que celui de Ryô. Doit-il partir à la recherche de Kaori ou lui permettre de commencer une nouvelle vie loin de lui ? Choisira t-il le cœur ou la raison ?
Si tu optes pour la raison, rendez-vous au chapitre « Le choix de la raison » . Sinon, c’est « Le choix du coeur » qui t’attend.
Et n’hésite pas à me dire quelle fin tu préfères …

 

Chapitre 4 : Le choix de la raison

 

Note : Lecteur, tu as préféré suivre la voix de la raison. Je te souhaite une bonne lecture, en espérant que tu n’auras pas à regretter ton choix …

 

- Qu’est-ce que tu comptes faire ?
Ryô ne répondit rien, les yeux totalement perdus dans le vide, son cerveau peinant visiblement à enregistrer l’information qu’il venait d’entendre. Pourtant il finit par secouer la tête et leva vers son ami un regard vague et parfaitement inexpressif. Même Mick qui le connaissait depuis longtemps n’aurait pu dire quels sentiments l’habitaient à ce moment précis.
L’Américain, vaguement inquiet, fronça un sourcil, appréhendant la réaction du Japonais. Mais constatant que celui-ci ne semblait pas décidé à parler, il reprit la parole avec hésitation :
- Tu n’as pas une idée de l’endroit où elle peut être allée ? Ca doit faire à peine une petite heure qu’elle est partie, on pourrait rapidement la rattraper si on savait où elle se trouve …
Le regard de Ryô s’éclaira un bref instant à cette évocation mais retomba aussi vite dans sa torpeur précédente. Mick était pourtant persuadé que le brun savait parfaitement où était Kaori. Mais pour une raison ou pour une autre, il ne le lui dirait pas aussi facilement.
Il ré-attaqua alors avec une légère pointe d’irritation dans la voix devant l’absence de réaction de son ami :
- Ryô, si tu sais quelque chose, tu dois me le dire ... Tu ne peux pas laisser Kaori partir comme ça, sans rien faire, sans rien tenter, tu dois …
- Tu l’as pourtant lu comme moi, Mick, Kaori ne veut pas qu’on la retrouve.
Mick frissonna sous le ton glacial qu’avait employé Ryô. Ce genre de réponse et cette attitude pessimiste ne lui ressemblaient pas du tout, ce qui provoqua une moue perplexe chez le blond.
- Et depuis quand tu écoutes ce que te demande Kaori ? Ce serait bien la première fois que tu prendrais son avis en compte …
Mick avait énoncé ces quelques mots sous forme de boutade, espérant provoquer une quelconque réaction chez Ryô. Mais celui-ci paraissait toujours aussi amorphe, les yeux dans le vague et le visage fermé. Mick eut soudain une furieuse envie de lui sauter dessus pour le secouer. Mais il se rappela à temps que le Japonais sortait à peine du coma et il serra les poings de frustration et de colère. Cela ne l’empêcha pas de reprendre d’une voix vibrante d’exaspération contenue :
- Tu sais où elle est, n’est-ce pas, Ryô ? Ce n’est pas la peine de me mentir, je te connais très bien et toi aussi tu me connais, tu sais que je ne te lâcherais pas tant que tu ne m’auras pas dit quelque chose …
Ryô sembla hésiter quelques secondes, jaugeant probablement la portée de la menace à peine voilée, puis poussa un petit soupir, vaincu.
- Elle a souvent dit qu’elle aimerait partir à New York rendre visite à sa sœur Sayuri. J’imagine que c’est là-bas qu’elle a dû aller se réfugier.
Mick soupira, soulagé.
- Très bien. Donc je répète : qu’est-ce que tu comptes faire ? Puisque tu sais où est Kaori, il ne tient qu’à toi d’aller la rejoindre lorsque tu seras guéri.
- Laisse-moi seul, s’il te plaît.
La réponse laconique et inattendue, et plus encore le ton employé, firent une nouvelle fois se froncer les sourcils de l’Américain. Le brun remarqua ce signe évident de contrariété et expliqua d’une voix qu’il espérait suffisamment rassurante :
- J’ai besoin de réfléchir ...
Mick hésita un court instant, se demandant s’il était bien prudent de le laisser seul à un moment pareil. Mais comme pour couper court à toute nouvelle intervention de son ami, Ryô avait fermé les yeux, visiblement épuisé, et le blond quitta la pièce silencieusement.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Sur les conseils du Professeur, Mick avait laissé Ryô se reposer un temps qu’il jugeait interminable.
Cette situation l’angoissait au plus haut point, il appréhendait sérieusement la décision du Japonais. Quelque chose dans le comportement de ce dernier lui faisait en effet craindre la pire solution. Ryô lui avait semblé tellement … Il ne trouvait même pas de mots pour décrire exactement ce qu’il avait ressenti face à l’attitude du brun : hésitation, certitude, résignation, détresse et espoir se mêlaient indistinctement, conférant à la scène une dimension de souffrance intense.
Rongé par l’inquiétude, Mick décida finalement de passer outre les protestations de Kazue et entrebâilla doucement la porte de la chambre où dormait Ryô. Il n’avait pas vraiment l’intention de le réveiller, il voulait seulement vérifier que tout allait bien.
Jetant un œil dans la pièce, il trouva Ryô les yeux grand-ouverts, fixés sans le voir sur le plafond. Le blond émit un petit bruit pour signaler sa présence et répondant à l’invitation muette du malade, s’approcha du lit.
- Alors, tu te sens mieux ?
Il avait prononcé cette phrase par pure politesse, le visage de Ryô reflétant parfaitement sa douleur à la fois physique mais surtout mentale.
Après un long moment d’hésitation, Mick, conscient de son manque de tact mais n’y tenant plus, finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Tu as pris une décision ?
Cette fois-ci, Ryô fixa Mick droit dans les yeux, une lueur à la fois calme et étrangement déterminée dans le regard, avant de répondre résolument mais d’une voix faible, semblant provenir du plus profond de son âme :
- Avant que Makimura ne meure, il m’a demandé de veiller sur sa petite sœur adorée. Je n’ai jamais vraiment su ce qu’il entendait par là. Etait-ce garder Kaori auprès de moi et la protéger ? Ou au contraire lui permettre de reprendre une vie normale le plus rapidement possible ?
Il fit une légère pause, interrompu par ses réflexions et la fatigue qui en découlait.
- A l’époque, je ne savais pas ce qui était le mieux pour elle. Ou pour moi … Ou plutôt si, je le savais très bien, mais je refusais d’envisager cette solution. Alors dans le doute le plus complet sur la manière dont je devais agir, j’ai longtemps repoussé le moment de faire un choix, partagé entre mon cœur et ma raison. Et en définitive, après toutes mes hésitations, c’est finalement Kaori qui a résolu le problème en prenant elle-même la décision de partir. Je n’ai pas le droit de gâcher la seule chance qu’elle a de recommencer une nouvelle vie, loin d’ici … Loin de moi et du danger que je représente. Donc même si je devine où elle est, je n’irai pas la chercher. C’est la meilleure solution. Pour elle.
Mick sentit son cœur se serrer devant l’air profondément malheureux de Ryô et le désespoir qu’il sentait derrière ses paroles qu’il s’efforçait pourtant de rendre fermes et résolues. Cette longue confession arrachée si péniblement lui avait énormément coûté d’un point de vue physique et moral, et il avait fermé les yeux, tant pour récupérer un peu que pour masquer ses sentiments les plus profonds.
Même s’il n’approuvait pas totalement ce choix, l’Américain ne comprenait que trop bien les tourments qui agitaient l’âme de son ami et il savait à quel point une telle décision devait être difficile à prendre.
Pourtant Mick sentait au plus profond de lui-même que tout ne pouvait pas se finir ainsi, pas après tout ce qui s’était passé – même si ce n’était pas ouvertement - entre Ryô et Kaori. Il y avait trop de choses entre eux, trop de sentiments pour que Ryô renonce aussi facilement.
Mick réfléchit rapidement, cherchant les mots qui pourraient convaincre Ryô, mais il ne trouva rien de censé.
Il en vint alors à la conclusion qu’il valait mieux essayer d’abord de gagner du temps, pour envisager d’autres solutions ultérieurement. C’est pourquoi il reprit d’un ton qui se voulait volontairement enjoué :
- Tu dis ça sous le coup de la fatigue et des médicaments. Tu n’es pas réellement sérieux, tu n’as pas vraiment pris le temps de réfléchir sérieusement à la situation. Pour le moment, tu penses que c’est la meilleure solution, mais quand tu te seras un peu reposé, tu réaliseras rapidement que tu as fait une erreur. Kaori va vite te manquer, j’en suis sûr. Tu sais très bien que tu ne peux pas vivre sans elle, même si tu prétends le contraire. Tu l’aimes et …
Mick s’interrompit immédiatement devant l’expression extrêmement douloureuse qui avait envahi le visage de Ryô.
- Cela fait des années que je réfléchis à cette solution. Rien ne me fera jamais plus changer d’avis, ce n’est pas la peine d’insister, Mick.
L’Américain comprit aussitôt qu’il ne faisait que remuer inutilement le couteau dans la plaie. Malgré sa souffrance, Ryô avait pris sa décision il y avait de cela bien longtemps, même s’il avait longuement repoussé le moment de l’appliquer. Son choix était maintenant définitif et immuable.
Mick posa la lettre de Kaori sur le drap à portée de main et sortit de la pièce en silence. Il se retourna une dernière fois pour constater que Ryô avait pris la lettre et la serrait contre son cœur, une unique larme coulant lentement de ses yeux amèrement clos.

 

Chapitre 4 : Le choix du coeur

 

Note : Lecteur, tu as préféré suivre la voix du cœur. Je te souhaite une bonne lecture, en espérant que tu n’auras pas à regretter ton choix ...
Commentaire : Ryô est particulièrement OOC dans la première partie de ce chapitre (et un peu aussi à la fin) mais c’est totalement voulu. J’avais envie d’exagérer volontairement la phobie de Ryô pour donner une petite note humoristique comme sait si bien le faire Maître Hojo dans les moments dramatiques. J’espère seulement que c’est réussi ^^.

 

- OOOUUUIIINNNNNN !!! Au secours, je veux pas y aller !!! Au secours !!! AU SECOURS !!!!!!!!!!!!!
Ryô était devenu livide en découvrant l’avion sur la piste de décollage. Malgré tous ses efforts pour se contrôler et la honte que suscitait sa panique, la simple vue de l’appareil suffisait à le faire trembler de peur. Jugeant le déshonneur mille fois préférable à l’affrontement de sa phobie, il hasarda une fuite discrète; mais Mick, anticipant son geste, l’attrapa par son T-shirt et le traîna comme il le pouvait vers le grand oiseau blanc. Ryô se mit alors à gesticuler avec véhémence, beuglant à la mort et tentant de s’accrocher à tout ce qu’il trouvait : portes, poteaux, sièges et même le corps d’une jolie jeune femme qu’ils venaient de croiser. Mick fit une moue mi-désespérée mi-envieuse devant le spectacle d’un Ryô version ventouse tentaculaire se cramponnant désespérément aux hanches de la beauté d’abord étonnée puis furieuse.
- N’en profite pas, obsédé ! grommela Mick en décrochant avec jalousie la sangsue, tandis que la femme se mettait à hurler :
- SATYRE ! PERVERS ! AU VIOL !!!!!!
Un attroupement s’était formé autour d’eux en entendant ce cri, et contemplait maintenant la scène avec curiosité, réprobation ou moquerie.
Mick, atrocement confus et gêné d’attirer ainsi l’attention, ne savait plus où se mettre. Ryô quant à lui bénissait le ciel pour cet événement qui risquait de leur faire manquer leur vol.
Mais tous deux blêmirent en voyant des vigiles s’approcher immédiatement en courant. Redoutant de finir au poste, Mick chercha quels arguments pourraient convaincre la jeune femme qu’il ne s’agissait en fait que d’une terrible méprise et non d’une agression voulue. Il finit par s’adresser à elle avec son plus beau sourire :
- Pardonnez le comportement de mon ami, mademoiselle, mais il a une peur bleue des avions. Dès qu’il en voit un, il se met dans tous ses états et il est impossible de lui faire entendre raison. Dans ces moments-là, il agit véritablement comme un enfant paniqué, mais ce n’est pas de sa faute, il n’y peut rien. Je sais qu’à son âge, c’est pitoyable mais …
- Non mais qu’est-ce que tu racontes ??? éructa Ryô piqué au vif, la vexation et la fureur l’emportant sur ses craintes. Il se dressa de toute sa hauteur, bombant le torse, le visage cramoisi par la honte et la colère. La foule impressionnée recula légèrement tandis que les vigiles se frayaient difficilement un passage jusqu’à eux. Tu voudrais insinuer que moi, le grand Ryô Saeba, j’aurais peur d’une simple machine volante ?
Son air empreint d’humiliation et d’irritation contrastait tellement avec sa précédente attitude craintive que Mick le dévisagea quelques secondes sans rien dire, stupéfait d’un changement si fulgurant. Mais sa moue perplexe se transforma bien vite en sourire narquois.
- Si tu n’as pas peur, tu peux m’expliquer pourquoi tu redoutes tellement de prendre l’avion ?
Le visage de Ryô se décomposa et il se mit à bégayer en se repliant légèrement sur lui-même :
- Ce n’est pas ça, c’est juste que … Et bien, c’est … Enfin, c’est à dire que … tenta t-il d’expliquer maladroitement, sans parvenir à trouver d’excuse valable. Oh, et puis, zut ! Je n’ai pas à me justifier devant toi ! acheva t-il ensuite en se redressant de nouveau, défiant Mick du regard.
- Peut-être pas devant moi, mais devant eux, oui, répliqua le blond en désignant la jeune femme, les bras croisés sur sa poitrine d’un air outré, et les deux vigiles qui observaient la scène, prêts à passer à l’offensive si nécessaire
Ryô pâlit sous leurs yeux scrutateurs et accusateurs, et baissa piteusement la tête:
- C’est vrai, je ne supporte pas les avions … admit-il à contrecœur d’une toute petite voix, s’avouant vaincu pour éviter une interpellation.
Mick, mi-compatissant mi- goguenard, approuva cet aveu en secouant vivement la tête, se délectant intérieurement de la défaite du Japonais et de sa propre supériorité en cet instant : la vision d’un Ryô en état de faiblesse et d’infériorité n’était pas pour déplaire à son ego.
Il se tourna ensuite vers la jeune femme, son plus beau sourire charmeur sur les lèvres et la prit par le cou pour lui confier plus intimement :
- Vous devez nous croire, mademoiselle, ce n’est pas intentionnellement qu’il vous a sauté dessus. En fait, il cherchait juste un moyen d’échapper au départ en se raccrochant à tout ce qu’il trouvait. Mais je dois bien reconnaître en passant que cette fois-ci, son choix a été excellent. Mais je vous rassure, habituellement, ses techniques de drague ne sont pas aussi mauvaises, même si dans ce domaine il ne m’arrive pas à la cheville. D’ailleurs, si vous avez un peu de temps, nous pourrions aller prendre un verre tous les deux et je vous montrerai que …
- VOUS N’ETES QUE DES OBSEDES !!!! hurla la femme au comble de la fureur.
Elle se dégagea de l’étreinte trop familière de Mick en lui écrasant sauvagement le pied et l’assomma à moitié d’un coup de sac à main sur la tête. Puis elle s’éloigna le plus rapidement qu’elle put, maudissant à très haute voix les hommes et leur goujaterie, faisant ainsi s’écarter prudemment sur son passage les représentants du dit sexe.
Mick se releva laborieusement en se tenant le crâne et lança un regard meurtrier à Ryô qui se tordait de rire, jubilant de la vexation subie par le séducteur, le dédommageant ainsi de sa précédente humiliation.
Furibond, l’Américain empoigna le railleur par le col de son T-shirt et ils se défièrent quelques secondes silencieusement, yeux bleus furieux et vexés contre yeux noirs moqueurs et vengeurs.
Mais ils furent brutalement ramenés à la réalité par une voix qui s’éleva, inquiétante :
- Dites-donc, vous deux, vous allez vous calmer un peu et nous suivre bien gentiment …
Les concernés blêmirent et se tournèrent en même temps vers les vigiles qu’ils avaient complètement oubliés. Ces derniers se tenaient à deux pas d’eux, menaçants, prêts à intervenir.
Mick, qui n’avait pas lâché le T-shirt de Ryô, attrapa celui-ci par l’épaule et le serra amicalement en rigolant bruyamment. Le brun en fit autant et tous deux déclarèrent d’une même voix forte, un immense sourire aux lèvres :
- Ce n’est pas la peine de vous énerver comme ça, messieurs. Si on ne peut même plus plaisanter entre copains ^^. Ah, ah, ah, ah, ah …
Et ils détalèrent à toute vitesse, mettant la plus grande distance possible entre eux et les vigiles qui les regardèrent s’éloigner, dubitatifs.
Essoufflés par leur course effrénée, ils finirent par s’arrêter et jetèrent un coup d’œil en arrière, pour vérifier qu’ils avaient bien semé leurs poursuivants. Rassurés, ils s’assirent un instant, reprenant péniblement leur respiration.
Ryô, les yeux fermés, paraissait épuisé mais surtout très inquiet. Mick l’observa discrètement, réalisant soudain que la phobie démonstrative du Japonais, relative au drame qui s’était déroulé dans son enfance, n’était pas une façade mais le résultat d’une peur extrêmement profonde, et ne disparaîtrait probablement jamais. Mais Ryô devait être capable de la surmonter, il le fallait.
Le blond se réprimanda vertement d’avoir profité lâchement de la situation et tenta de se faire pardonner un peu sa maladresse en rassurant son ami :
- Je suis vraiment désolé, Ryô. Mais l’avion est quand même le moyen de transport le plus rapide et le plus sûr pour rejoindre New-York.
Puis, espérant provoquer une réaction, il reprit d’un ton détaché en fixant le plafond :
- Mais si tu ne veux plus retrouver Kaori, libre à toi. Il est encore temps de renoncer et de faire demi-tour …
Après un long temps d’hésitation, Ryô poussa finalement un soupir à fendre l’âme :
- Pff ! Quelle idiote ! Elle n’aurait pas pu trouver un abri accessible autrement qu’en avion …
Mick songea intérieurement que si effectivement Kaori avait choisi de se réfugier à New-York chez sa sœur Sayuri, c’était justement à cause de la distance et de l’interminable vol à effectuer. Connaissant parfaitement Ryô et sa phobie de l’avion, elle devait sûrement penser qu’il ne viendrait jamais la chercher aussi loin. Et elle n’avait pas totalement tort.
Mais Mick ne dévoila pas ses pensées, craignant de décourager encore plus le brun. Il avait l’air suffisamment démoralisé comme ça. L’Américain savait très bien que Ryô souhaitait plus que tout au monde rejoindre Kaori mais ce long trajet à parcourir le paniquait vraiment.
Ce n’est qu’en entendant la voix suave d’une hôtesse dans les haut-parleurs que Mick réalisa soudain que leur avion n’allait pas tarder à décoller. Il se leva d’un bond, faisant sursauter son ami par son geste brusque.
- On va vraiment finir par rater notre vol si on continue comme ça. Allez viens, on y va !
Mick vit une expression d’horreur intense s’afficher sur le visage de Ryô. Ce dernier secoua la tête vivement.
- Ecoute, Mick, ce n’est peut-être pas une bonne idée. Rien ne prouve que Kaori soit vraiment à New-York, alors si on rentrait ?
Le ton plein d’espoir de Ryô exaspéra le blond au plus haut point. Il se mit à siffler d’une voix menaçante :
- Ryô, je crois que tu as passé l’âge de faire un caprice comme un gamin. Alors dépêche-toi de venir ou je vais vraiment m’énerver …
L’avertissement n’eut aucun effet sur Ryô qui attrapa fermement le siège sur lequel il était assis.
- Tu n’arriveras pas à m’entraîner plus loin, je ne bougerai pas d’ici, annonça t-il, buté.
Mick sembla alors littéralement exploser. Il lui sauta dessus, le saisit une nouvelle fois par le col de son T-Shirt et entreprit de le décoller violemment de son fauteuil. Mais Ryô commença à se débattre, gesticulant dans tous les sens, tentant désespérément de se raccrocher au banc qui représentait son dernier espoir. Il finit cependant par lâcher prise et se retrouva une fois encore traîné derrière Mick. Mais résolu à se battre jusqu’au bout, ses ongles s’agrippaient fermement aux moindres aspérités du sol.
Mais en vain. Ryô était encore convalescent, il se remettait à peine de sa terrible blessure. Et Mick se révélait bien plus fort et encore plus têtu que lui. Visiblement, l’Américain n’avait pas l’intention de laisser le brun gâcher sa dernière chance de revoir Kaori.
Nombreux étaient les usagers étonnés qui se retournaient sur leur passage. En effet, tous deux formaient un spectacle détonant, Mick grommelant tout bas, rendu écarlate par la colère et l’effort intense qu’il était obligé de fournir, tirant derrière lui Ryô qui hurlait comme un putois en se débattant.
Malgré tout, après une dernière ligne droite épique et périlleuse, pendant laquelle Ryô se cramponna successivement à la rampe de l’escalier, à la porte de l’appareil puis à chacun des sièges, ils parvinrent enfin à leurs places. Immensément libéré, le blond s’empressa cependant de boucler la ceinture du Japonais afin de prévenir toute tentative de fuite.
Coincé entre Mick et le hublot, Ryô ne pouvait raisonnablement plus faire marche arrière et finit par abandonner. Il se cala tout au fond de son fauteuil et ferma les yeux, apparemment résigné.
Mais au fur et à mesure que l’heure du décollage approchait, le brun passa alternativement par toutes les couleurs possibles et imaginables, sa coloration reflétant sans doute les sentiments contradictoires qui s’agitaient dans son esprit. Parmi toutes ces sensations, la peur l’emportait sûrement sur toutes les autres.
Et au moment exact où l’appareil se mit en marche, Ryô devint blanc comme un linge et s’évanouit.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤
Le voyage avait semblé interminable au Japonais, qui n’avait pas osé bouger de son siège. Il s’était tenu immobile, les yeux clos, respirant difficilement.
Mick était plus que soulagé de le voir aussi calme. Il avait craint par avance d’autres accès de panique, s’imaginant déjà lui courir après à travers tout l’appareil pour le faire tenir tranquille. Mais le vol s’était en définitive relativement bien passé.
Une fois l’atterrissage effectué, les passagers commencèrent docilement à descendre les uns après les autres.
Mick se secoua, s’étira avec délectation et s’apprêta à sortir lui aussi quand il remarqua que Ryô ne se levait pas de son siège. Il semblait totalement tétanisé, les yeux hagards. Un peu inquiet, Mick le remua doucement :
- Eh, Ryô, on est arrivés !
L’interpellé leva vers lui un regard surpris, semblant analyser difficilement ses paroles. Petit à petit, pourtant, la terreur qui l’habitait laissa place à une expression d’immense espoir puis de soulagement intense.
- A … A … Arrivés ???
Ce simple mot fit l’effet d’une bombe. Ryô sauta d’un bond de son siège … et se mangea lamentablement le fauteuil devant lui, ayant oublié que sa ceinture était encore attachée.
Mick secoua la tête en poussant un soupir désabusé et se dirigea lentement vers la sortie, dépassé aussitôt par une flèche brune qui jaillit de l’appareil et se mit à embrasser le sol avec béatitude.
- Ah, la terre ferme, enfin !!!
L’Américain se prit la tête à deux mains, désespéré par l’attitude de Ryô :
- Non mais qui m’a fichu un pitre pareil !?!?
Brusquement cependant, Ryô se leva, redevenant extrêmement sérieux par la même occasion. Son regard était grave, résolu.
- C’est maintenant que tout va se jouer …

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Une longue course à travers les rues de New-York plus tard, le taxi s’arrêta devant un immeuble moderne et accueillant.
Les deux amis sortirent du véhicule avec soulagement et s’arrêtèrent un instant devant la porte d’entrée.
L’Américain en profita pour jeter un coup d’œil discret à Ryô pour juger de son état d’esprit. Le brun fixait sans rien dire les fenêtres du quatrième étage, où se situait l’appartement de Sayuri. Son visage reflétait seulement une grande anxiété mêlée de nervosité et un sérieux que le blond ne lui avait que rarement vu.
Suite à un long moment d’hésitation, le Japonais finit par pénétrer résolument dans le bâtiment, suivi comme son ombre par son compagnon.
L’ascenseur les déposa en douceur au quatrième étage. L’appartement de Sayuri se trouvait à présent juste en face d’eux.
Après un dernier instant d’indécision, Ryô appuya sur la sonnette et la porte s’ouvrit sur une charmante jeune femme qui n’était autre que la sœur aînée de Kaori, Sayuri. Cette dernière poussa un petit cri de surprise en le reconnaissant :
- Ryô !?!?
Son exclamation fut aussitôt suivie d’une autre, provenant de Mick :
- Wow, jolie !
Sayuri n’eut que le temps de sortir une massue énorme pour se protéger de l’assaut du blond qui sous l’effet du coup extrêmement violent alla s’écraser pitoyablement contre les portes de l’ascenseur.
Celui-ci s’ouvrit un instant après sur Kaori, les bras chargés de courses. Sous l’effet de la surprise en découvrant les visiteurs, elle lâcha son sac de provisions qui tomba sur la tête de Mick, toujours gisant sur le sol. Celui-ci se releva péniblement en se massant le crâne qui s’ornait déjà de trois belles bosses, et grommela entre ses dents :
- Elles veulent ma mort, ma parole !
Mais personne n’entendit sa protestation, couverte par la voix stupéfaite de Kaori :
- Mick ? Ry … ? Ryô ???
Le temps sembla se figer brusquement, les quatre acteurs se dévisageant alternativement, Mick et Sayuri suspendus à la réaction de Ryô et Kaori.
Ceux-ci restaient face à face sans rien dire, immobiles, à peine séparés par la seule largeur d’un couloir, à la fois très proches et étrangement lointains.
Ryô sentait son cœur battre à se rompre. Durant toute sa longue convalescence, il avait préparé toutes sortes de discours, tour à tour enflammés, sérieux, courtois ou accusateurs. Mais maintenant qu’il se trouvait devant la personne qui hantait ses jours et ses nuits depuis si longtemps, il demeurait bouche bée, ses beaux discours envolés. Seule subsistait une timidité inhabituelle chez lui, doublée d’une sorte de gêne, de pudeur.
Le visage de Kaori ne laissait transparaître aucun des sentiments qui devaient immanquablement s’agiter dans son esprit, ce qui ne facilitait pas vraiment la tâche de Ryô. Celui-ci ne savait pas du tout comment s’y prendre, se sentant particulièrement gauche …
Cette scène étrange aurait pu s’éterniser encore un bon moment sans un petit bruit provenant de Mick. Celui-ci commençait visiblement à s’impatienter, estimant sans doute qu’ils n’avaient pas fait un si long chemin pour se retrouver au milieu d’un couloir.
Se souvenant enfin des raisons de sa présence en cet endroit et conscient du soutien discret de son ami, Ryô se sentit brusquement comme ragaillardi. Il fit un pas en avant, déterminé, et respira profondément :
- Kaori, je suis venu pour …
- Tu n’as rien à faire ici, va t-en !
Ryô resta sans voix devant la brutalité de la réponse. Il s’y attendait un peu à vrai dire, il se doutait bien que Kaori ne changerai pas d’avis aussi facilement. Mais une telle expression était passée dans son regard en prononçant ces mots, son visage reflétait une telle détermination … Ryô en eut froid dans le dos et ne su quoi répondre.
Satisfaite de son effet et pour couper court à toute discussion, la jeune femme traversa alors résolument le couloir, passa devant Ryô sans un geste ni un regard, et s’apprêta à pénétrer dans l’appartement quand elle fut arrêtée par son ancien partenaire qui lui avait saisi le bras.
Elle se tourna vers lui, furieuse et prête à s’emporter une fois encore, mais ce faisant elle croisa les yeux du Japonais et ce qu’elle y lut la bouleversa. Ryô la regardait d’une manière qu’elle ne lui connaissait pas, mélange de bonheur et de souffrance, d'incertitude et de détermination, d’entendement et d’incompréhension.
Kaori en fut extrêmement gênée et détourna la tête pour ne plus voir cet air douloureusement grave et sérieux qui lui brisait le cœur.
Elle sentait en outre que sa résolution, prise si difficilement, ne tiendrait pas longtemps si elle ne s’éloignait pas au plus vite, et elle tenta de se dégager. Mais Ryô resserra fermement son étreinte et l’obligea à lui faire face.
Sans plus aucune possibilité de fuite, en proie à des émotions contradictoires, Kaori sentit alors les larmes lui monter aux yeux et tenta vainement de les retenir.
- Va t-en, s’il te plaît, murmura t-elle faiblement.
Mais Ryô secoua la tête.
- Pas maintenant, pas avant que tu n’aies écouté ce que j’ai à te dire. Après tu seras libre de faire selon tes désirs …
Ne pouvant rien faire d’autre, la jeune femme opina doucement et Ryô desserra un peu sa pression, sans toutefois la relâcher totalement. Il avait besoin de ce contact pour se donner un peu du courage dont il avait tant besoin. Etrangement, il constatait que c’était toujours au moment où ils étaient les plus nécessaires qu’il n’arrivait pas à trouver les mots qu’il désirait.
Conscient de perdre du temps inutilement, il finit par prendre une profonde aspiration et se lança maladroitement :
- Je sais que je n’ai jamais été un grand romantique, et je n’ai jamais été très doué pour les longs discours. Mais je voulais te dire que … En fait, je voulais te demander de … de revenir avec moi … Parce que …
Kaori l’interrompit aussitôt, craignant de ne pas pouvoir résister très longtemps si le brun parvenait à se montrer trop persuasif :
- Je ne rentrerai pas à Tokyo, annonça t-elle fermement. Ma décision est irrévocable, et rien de ce que tu pourras dire ou faire ne me fera changer d’avis !
- Tu ne pourrais pas me laisser finir, non ? s’emporta Ryô, furieux d’avoir été une nouvelle fois coupé, et de voir son inspiration s’envoler un peu plus. Si tu crois que c’est facile pour moi … ajouta t-il ensuite à voix plus basse, pour lui-même. Il poussa un soupir à fendre l’âme et enchaîna néanmoins : Kaori, j’ai très bien compris les raisons de ton départ. Durant tout le temps où nous sommes restés ensemble, j’ai été tenté très souvent d’agir de la même façon que toi. Mais … Fuir n’arrange rien, bien au contraire. Tu as préféré la fuite à l’affrontement de tes problèmes. Et tu peux constater que rien n’est résolu …
Kaori baissa la tête, honteuse. Elle devait bien reconnaître que Ryô n’avait pas totalement tort. Tous deux se retrouvaient à nouveau face à face après très peu de temps et tout, sa décision, son départ, ses desseins, tout s’avérait déjà compromis.
Pourtant, désireuse de ne pas montrer à quel point ces paroles l’avaient ébranlée, elle reprit aussitôt :
- Ryô, tu dis que tu comprends mes motivations, alors respecte-les, s’il te plait. Tu … Tu ne peux pas imaginer ce que j’ai enduré pendant toutes ces années … Ce terrible sentiment de culpabilité … Depuis que l’on se connaît, je ne t’ai attiré que des ennuis. Tu as été confronté au danger un nombre incalculable de fois par ma faute, tu as même été gravement blessé à cause de moi. Alors je me suis promis que si cette fois tu t’en sortais, je m’éloignerais définitivement de toi. Parce que … Parce que je ne vaux pas la peine que tu perdes la vie pour moi … Et c’est ce qui arrivera immanquablement si je reste auprès de toi …
- Et moi je ne suis pas d’accord ! Le jour de la mort de ton frère, j’aurai très bien pu refuser de m’occuper de toi. J’ai accepté … pour Makimura … pour toi … et pour moi. Je l’ai fait … parce que c’était mon choix, même s’il était d’abord égoïste. Mais même si tout n’a pas toujours été très facile, malgré toutes mes hésitations, je n’ai jamais vraiment regretté cette décision … Parce que … Parce que …
Kaori s’apprêta à ouvrir la bouche pour protester encore mais Ryô cette fois-ci l’en empêcha :
- Non, attends, laisse-moi finir. Ce que j’essaye aussi difficilement de te dire, c’est que … C’est …
Devant le regard empli d’incompréhension volontaire et bornée de la jeune femme, et encore plus furieux de ne pas parvenir à s’exprimer clairement, il se mit à hurler :
- NON MAIS QU’EST-CE QU’IL FAUT QUE JE FASSE POUR QUE TU COMPRENNES ENFIN ? JE VIENS D’EFFECTUER TRES EXACTEMENT 10954 KILOMETRES EN AVION POUR TE RETROUVER ALORS QUE JE DETESTE PROFONDEMENT CES ENGINS, TU NE CROIS PAS QUE C’EST UNE PREUVE SUFFISANTE DE MON AMOUR POUR TOI ET DE CE QUE JE SUIS PRET A FAIRE UNIQUEMENT POUR TOI ?
Conscient d’avoir pour la première fois avoué aussi explicitement ses sentiments, qui plus est devant des témoins stupéfaits et ravis, Ryô devint écarlate, atrocement gêné, et se recroquevilla sur lui-même.
Kaori, elle, écarquilla les yeux, bouleversée. Venant de Ryô, de l’homme qu’elle aimait plus que tout au monde, cette déclaration insolite était effectivement la plus belle et la plus probante qu’elle aurait pu imaginer. Cela faisait tellement longtemps qu’elle l’attendait et la redoutait en même temps.
Une quantité incommensurable d’émotions contraires s’affrontaient dans son esprit, regrets, désespoir, joie et appréhension s’agitaient en une danse folle.
Mais bientôt, une seule subsista, immense : le bonheur. Ryô lui avait enfin avoué son amour. Distinctement. Devant leurs amis. Et c’était au moment présent la seule chose qui comptait. Dépassés, oubliés, les raisons de son départ, ses doutes, ses angoisses. Dorénavant, elle se sentait de taille à affronter tous les problèmes, tous les risques, puisqu’elle n’était plus seule. Non, ils n’étaient plus seuls, isolés chacun de leur côté. Ils étaient enfin ensembles. Plus forts.
- Ry … Ryô … fut la seule réponse qu’elle fut capable de prononcer tellement elle était émue.
Comme elle l’avait tant redouté, toutes ses résolutions s’écroulèrent. Laissant enfin libre cour à un flot de larmes qu’elle retenait depuis trop longtemps, Kaori se jeta dans les bras de Ryô.
Celui-ci fut tout d’abord un peu surpris d’un tel revirement de situation. Mais bien vite, oubliant toute gêne, il referma son étreinte. Il avait tant rêvé de ce moment où il pourrait enfin serrer la jeune femme dans ses bras, ouvertement, sans avoir à faire semblant, sans avoir à cacher ses sentiments …
Il avait enfin laissé tomber son masque et montré son vrai visage …
Ryô finit par soulever légèrement le menton de Kaori et déposa sur ses lèvres un doux baiser timide.
Même si cela avait été difficile, tous deux étaient à présent intimement convaincus d’avoir finalement effectué le bon choix.

 

FIN