Retour au site ChibiSayana

 

Titre : Un cercueil pour Quatre
Auteur : Sayana
Base : Gundam Wing ( + "Starsky et Hutch" !!!)
Genre : yaoi, UA, OOC de (presque ?) tous les personnages, enquête policière, torture de Quatre, angoisse de Trowa ...
Disclamer : Les personnages de GW appartiennent à leurs auteurs (je ne me souviens jamais de leurs noms) et l’univers de "Starsky et Hutch" appartient à Spelling et compagnie ! J’ai choisi de rajouter une chanson, "Without You", au chapitre 7, parce que j’adore cette chanson de City Hunter (je j’écoute en boucle) et que je trouve qu’elle va très bien avec le ton de mon chapitre.
Note de l’auteur : L’autre jour, en rangeant de vieilles K7 vidéos, je suis tombée sur un épisode de "Starsky et Hutch" (ben oui, j’étais fan de cette série, surtout de Starsky ^^ ;; ) ; je me suis amusée à le regarder et certaines scènes entre Starsky et Hutch m’ont vraiment fait penser à une relation yaoi (quel esprit pervers, quand même !) : deux beaux mecs (suivant les critères de l’époque), d’une amitié presque louche (surtout dans cet épisode), il n’en faut pas plus pour donner des idées à une fanficeuse tordue comme moi ! Du coup, j’ai récupéré l’idée de base du scénario, quelques dialogues qui m’ont bien plus, j’y ai apporté pas mal de modifications et ça donne ... ça.
Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos impressions !
PS : Par certains aspects, ma fic ressemble beaucoup à "Devil Never Cry" de Shinji ; mais même si j’aime beaucoup sa fic, les similitudes sont totalement involontaires. Donc pour les réclamations, prière de s’adresser aux scénaristes de "Starsky et Hutch" !!!

 

Un cercueil pour Quatre

 

Chapitre 1

 

- Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !!!!!
Il faisait très sombre dans la chambre, à peine éclaircie par un faible rayon de lune. En dépit de l’obscurité et du bas qui déformait son visage, Quatre Raberba Winner sentait toute l’animosité qui se dégageait de l’intrus. Mais malgré toute sa volonté, Quatre se sentait incapable de bouger, sans arriver à comprendre pourquoi. Il parvenait juste à suivre du regard les déplacements de l’homme qui s’approchait de lui, une seringue à la main. Avec une certaine angoisse, il le vit s’arrêter au bord du lit et se pencher sur lui avec une lenteur exagérée, presque sadique. Quatre eut tout loisir d’observer les gestes lents de l’inconnu ; celui-ci leva sa seringue sous le rayon de lune qui fit miroiter les quelques gouttes de liquide échappées de l’aiguille. L’homme prit le bras de Quatre, incapable de se protéger, et enfonça brutalement la pointe sous la peau fine du garçon, qui sursauta sous la douleur. L’homme se redressa, regardant fixement sa cible et éclata de rire à nouveau, un rire entêtant, inquiétant. Un rire de fou.
- Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !!!!! Tu n’as plus que 24 heures à vivre, mon grand. Compte-les et profites-en bien ! Tu as 24 heures ... Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !!!!!
L’homme sortit aussi mystérieusement qu’il était entré, sans plus se préoccuper de sa victime.
Rassemblant toutes ses forces, Quatre parvint à s’agripper au lit, ce qui lui permit de se rapprocher du bord du matelas. Il s’appuya péniblement sur un coude et envoya l’autre main pour tenter d’atteindre le téléphone posé sur la table de nuit. Mais son bras trop faible ne put le soutenir et il chuta lourdement au sol. Un instant groggy, il réussit néanmoins à attraper le fil du téléphone et le tirer à lui. Il eut toutes les peines du monde à composer le numéro et c’est avec un immense soulagement qu’il entendit une voix à l’autre bout du fil.
- Allô ! Allô !
Quatre essaya de parler mais les mots se bloquèrent dans sa gorge et il ne put que souffler avec difficulté :
- Trowa ... Trowa ... Au ... secours ......

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

- Bonjour, petit !
Trowa Barton était entré dans la salle d’hôpital en souriant mais la vue de Quatre entouré de plusieurs médecins s’affairant autour de lui le figea sur le seuil. Quatre semblait respirer difficilement et transpirait abondamment malgré les soins d’une infirmière qui lui épongeait régulièrement le front. Toutefois, en apercevant son coéquipier pénétrer dans la pièce, le petit blond lui dédia un de ses doux sourires. Encouragé par cette marque d’attention, Trowa s’approcha du lit où reposait Quatre. Il reconnut alors le docteur Sally Pô qui examinait les différents moniteurs.
- Votre rythme cardiaque est encore précipité. Nous allons vous emmener là-haut pour d’autres examens. En attendant, vous pouvez vous détendre quelques instants.
Trowa attendit que le personnel médical sorte et s’approcha de Sally.
- Docteur, il faut que je lui parle.
- Dans une minute. Mais il faut d’abord que je vous pose quelques questions.
Surpris et légèrement inquiet, Trowa suivit le médecin dans le couloir, non sans avoir auparavant lancé un petit signe de tête en direction de Quatre pour lui signifier qu’il revenait très vite. Sally fixa gravement le châtain, ne sachant visiblement pas par où commencer. Trowa fronça les sourcils, ce qui sembla décider la jeune femme à se lancer.
- Je crois avoir compris que vous faites équipe avec votre ami Quatre depuis longtemps, maintenant ?
- Oui, c’est vrai.
- Il dit que vous êtes son meilleur ami.
- Docteur, qu’est-ce que vous essayez de m’expliquer ? demanda t-il avec un peu d’emportement.
Sally poussa un soupir.
- Je ne pense pas qu’il puisse s’en remettre.
Trowa écarquilla les yeux avec incrédulité et colère.
- Mais bien sûr qu’il va s’en remettre ! Il semble fragile comme ça mais il va s’en remettre !
Plus que n’importe quelles paroles, le regard fixe et voilé de tristesse du médecin lui fit comprendre la gravité de la situation. Trowa ferma les yeux un bref instant, comme pour fuir la réalité.
- Il ... Il est au courant ? murmura t-il avec peine.
- Il m’a demandé de vous le dire. Il a horreur des larmes pour les adieux.
- Oui, c’est vrai ... répondit-il plus pour lui-même que pour le docteur.
Tous deux échangèrent un regard qui en disait long sur les sentiments de tristesse et d’impuissance qui les animaient. Puis Trowa se décida à retourner dans la salle où l’attendait Quatre. Avant de pénétrer dans la pièce, il se composa un visage qu’il voulait serein pour ne pas inquiéter davantage son ami. Il redressa les épaules et poussa la porte avec entrain.
- Alors, petit, comment te sens-tu ? demanda t-il avec un enthousiasme qui ne lui était pas habituel.
Quatre comprit l’effort que faisait le Français pour ne pas montrer son abattement et lui en fut extrêmement reconnaissant. Il le remercia d’un pâle sourire qui se voulait rassurant et lui répondit de la même façon :
- En pleine forme !
Trowa ne fut pas dupe, l’air fatigué de Quatre suffisait à démentir ses propos. Mais pour éviter de se laisser envahir par l’accablement, le châtain reprit ses habitudes professionnelles.
- Le type qui t’a fait ça, tu n’as rien à me dire sur lui ?
Quatre réfléchit un instant et secoua la tête.
- Rien du tout. Mais je n’étais pas très en forme, le docteur dit que j’avais déjà été un peu drogué. J’aurais avalé quelque chose qui m’avait mis dans un état comateux.
- Mais tu étais assez lucide pour savoir ce qui se passait ?
- Oh, je ne sais pas qui a fait ça mais il avait envie de s’amuser ! constata amèrement Quatre.
- Et à propos de sa voix, tu n’as rien ? Tu n’as rien remarqué de bizarre ?
- Eh bien, je n’ai jamais entendu quelqu’un rire comme ça ! Ce rire, j’ai l’impression de l’entendre toujours, il résonne dans mes oreilles, sans cesse ...
Le petit Arabe s’était bouché les oreilles de ses mains et remuait la tête comme pour tenter de chasser ce rire entêtant. Trowa, ne sachant pas trop comment le réconforter, posa la main sur son épaule. Quatre se calma lentement et reprit, les yeux dans le vague, perdu dans ses souvenirs :
- J’ai l’impression que c’est quelqu’un que je connais ...
Trowa fronça les sourcils et se tourna vers le médecin :
- Docteur Pô, et pour ces 24 heures, c’est vrai ?
- Oui, c’est un poison à effet progressif, cette échéance est parfaitement plausible. Le sang prélevé à coté de l’endroit où on lui a fait cette piqûre indique un composé venimeux. Probablement du groupe d’un chloryde organique. Et malheureusement, ça peut-être l’une des cinquante autres variétés. On ne peut pas prescrire d’antidote sans avoir de certitude. Il nous faut connaître la composition exacte. Ca vous suffit ?
Quatre avait écouté avec attention l’exposé de la jeune femme et poussa un soupir résigné. Trowa, lui, se mit à faire les cent pas dans le cabinet, se saisissant de livres qu’il reposait aussitôt, bousculant des éprouvettes vides.
- C’est quand même incroyable que vous ne puissiez rien faire ?
Sally secoua la tête et répondit avec lassitude :
- Malheureusement, je ne peux indiquer pour le moment qu’une série d’examens, c’est tout. Nous pourrons peut-être déduire quelque chose des changements physiologiques de votre corps, ajouta t-elle en regardant Quatre.
Celui-ci la gratifia d’un sourire reconnaissant.
- Ecoutez, docteur, je vous remercie de votre aide mais maintenant, c’est à mon coéquipier et à moi d’agir et ...
- Toi, tu ne vas nulle part !
Le ton vif et autoritaire de Trowa surprit Quatre qui leva vers son ami un regard chargé d’incompréhension et de tristesse. Trowa regretta aussitôt son emportement et tenta de s’excuser :
- Je ... Je suis désolé, je ne voulais pas te parler ainsi, c’est juste que ...
-Ce n’est rien, ne t’inquiète pas, le rassura Quatre de son doux sourire habituel, si réconfortant. Puis l’air décidé :
- Ecoute, tu penses la même chose que moi, on recherche un malade qui a un rire dément et qui savait exactement ce qu’il y avait dans l’ampoule.
- Oui, mais ...
- Bon. Eh bien, pendant que je tiens encore le coup ...
- ... On le retrouve et on lui demande, termina Trowa à sa place.
- Je ne peux pas vous l’interdire mais ce n’est pas très malin, tempéra Sally.
Quatre la regarda d’un air extrêmement sérieux.
- Docteur, merci du conseil mais tout se résume à une question et une seule : vous pouvez me garantir que si je reste ici, vous serez capable de trouver une réponse en temps voulu ?
Devant le ton décidé de Quatre et le regard interrogatif de Trowa, le médecin fut incapable de mentir et ne répondit rien.
Quatre jeta un coup d’oeil à l’horloge murale, qui indiquait 8h20, puis réfléchit un instant.
- D’accord, je vais tenter ma chance et si je n’ai rien à ... mettons 22 heures ce soir, je reviendrais vous donner l’occasion de prouver votre valeur.
Une fois de plus, Sally ne sut que répondre et regarda les deux hommes s’éloigner sans même tenter de les arrêter.

 

Chapitre 2

 

De retour à la voiture, Quatre se mit machinalement au volant. Trowa se demanda un instant si le petit blond était en état de conduire après ces derniers évènements, autant d’un point de vue physique que mental. Mais le châtain se rappela que Quatre détestait par dessus tout la pitié et qu’il n’aimerait sûrement pas que Trowa le traite en malade. Il s’installa donc coté passager et se saisit de la CB pendant que Quatre démarrait.
- Allô ! Ici GW 03, passez-moi le fichier !
Un grésillement se fit entendre à l’autre bout du fil.
- Allô ! Ici Lady Une, je vous écoute, 03.
- Lady Une, ici Trowa. Ressortez-moi vite toutes les affaires dont on s’est occupé depuis cinq ans, Quatre et moi, et qu’elles soient sur notre bureau quand on arrive, d’accord ?
- Faut pas rêver, Trowa. Vous vous rendez compte du travail que c’est ?
- Vous avez 20 minutes, c’est tout ce qu’on peut vous accorder, Lady Une.
Une fois encore, le ton sec et cassant de Trowa fit sursauter Quatre qui tourna la tête vers son coéquipier et le sermonna calmement :
- Ne la bouscule pas trop, elle ne peut pas savoir ce qui se passe.
Devant l’air réprobateur de son partenaire, Trowa eut honte de son énervement et reprit la CB.
- On compte sur vous, Lady Une, c’est très important. Le capitaine Yui confirmera. Demandez-lui d’appeler l’hôpital et de se renseigner sur Quatre. Merci.
Trowa raccrocha la CB et se cala au fond de son siège. Mais il ne put s’empêcher de jeter un coup d’oeil discret sur son camarade. Comme à son habitude, Quatre conduisait tranquillement, le regard fixé sur la route, et n’importe qui aurait pu se laisser abuser par son air calme et concentré. Mais Trowa connaissait le petit Arabe depuis longtemps et certains de ses gestes, que seul le châtain pouvait décoder par la force de l’habitude, trahissaient la nervosité du conducteur.
Le silence commençait à devenir pesant et Trowa, pourtant peu bavard, se décida à le rompre.
- Pas de regret d’avoir quitté l’hôpital ?
Légèrement surpris par l’intervention inattendue de son ami, Quatre demanda sans détourner les yeux :
- Pourquoi, toi, tu en aurais ?
- Oh, j’ai peut-être tort. Mais moi, demain, je suis sûr d’être debout, répliqua Trowa d’un ton qu’il voulait humoristique mais qui sonna horriblement faux.
Sa tentative de détendre un peu l’atmosphère ayant tourné court, Trowa replongea dans son mutisme habituel. Il en profita pour remettre un peu d’ordre dans ses pensées. Pourquoi diable s’était-il emporté de la sorte, et ce pour la deuxième fois de la journée ? Bien sûr, il était inquiet pour son coéquipier, non, pour celui qu’il avait fini par considérer comme son ami, lui le solitaire froid et réservé. Mais cette inquiétude légitime suffisait-elle à justifier son comportement ?
Il en était là de ses réflexions quand Quatre poussa un petit cri.
- Tiens, ce n’est pas Howard, là-bas ?
Effectivement, il s’agissait bien de leur informateur préféré, facilement repérable grâce à ses éternelles chemises hawaïennes et ses lunettes de soleil, même en plein hiver. Dans un crissement de pneus, Quatre stoppa le véhicule à la hauteur du vieil homme et les deux policiers le rejoignirent rapidement.
- Eh ! A quoi vous jouez, tous les deux ? plaisanta Howard avec un grand sourire, qui s’effaça aussitôt devant les visages fermés de ses compagnons.
- On a un boulot pour toi. Tu n’as pas entendu parler d’un règlement de comptes ? demanda Trowa d’un ton brusque qui fit hausser les sourcils de ses amis - réprobation de la part de Quatre et surprise pour Howard. Mais ce dernier ne se laissa pas démonter et enchaîna par une nouvelle question.
- Et contre qui ?
- Moi, répondit Quatre d’un air désabusé. Je vais t’épargner les détails mais un type s’est introduit chez moi ce matin et il m’a injecté quelque chose.
- Oh, allez, vous me faites marcher ? tenta Howard sans trop y croire.
- Lui, il veut me faire marcher vers le cimetière.
Quatre avait lâché cette répartie avec un grand sourire, totalement démenti par son regard résigné. Devant le peu d’impact de sa plaisanterie, il reprit avec sérieux :
- Il faut que tu m’aides.
Impressionné malgré lui, Howard répondit en se grattant le crâne :
- Je vais essayer. Je poserai des questions partout et j’obtiendrai bien des réponses.
Trowa le remercia d’un hochement de tête, tandis que Quatre se contentait d’un pâle sourire.
Tous deux remontèrent ensuite dans leur véhicule et reprirent la route vers le commissariat.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Le capitaine Heero Yui était assis à son bureau, le nez plongé dans les dizaines de dossiers qui jonchaient la table. Face à lui, installés dans des fauteuils, Trowa et Quatre consultaient eux aussi méthodiquement les documents posés sur leurs genoux. Devant le peu de résultats de leurs recherches respectives, Heero poussa un soupir.
- Voyons, Quatre, vous devez forcément vous rappeler de quelques détails, ses yeux, ses cheveux, sa carrure ...
Quatre leva les yeux de sa feuille et son regard se perdit dans le vague.
- Voyons, réfléchissons, je vois un homme blanc, 25 à 40 ans, pas très grand et plutôt mince.
Heero poussa un nouveau soupir.
- Bon, ce n’est pas grand chose mais c’est déjà ça. On va rentrer tout ça dans l’ordinateur, ce qui permettra déjà d’éliminer plusieurs suspects.
Quatre et Trowa échangèrent un regard entendu : le capitaine était un mordu d’informatique et ne jurait que par son ordinateur favori, alors que ses hommes, eux, préféraient de loin leurs investigations classiques. Heero quitta la salle au moment où entrait une jeune femme blonde qui appela discrètement Trowa. Celui-ci se leva en silence et la rejoignit dans la pièce attenante, laissant Quatre se replonger dans la pile de papiers amassée devant lui.
- Relena, qu’est-ce que vous avez ? s’informa Trowa en désignant le dossier que tenait l’infirmière dans les mains.
- C’est le rapport des analyses que l’hôpital a faites depuis tout à l’heure, répondit-elle en lui tendant les documents.
Trowa y jeta un rapide coup d’oeil.
- Traduisez-moi tout ça, s’il vous plaît.
Relena prit une profonde inspiration, semblant chercher comment aborder le sujet, puis se lança.
- Les fonctions du corps dépendent de notre centre nerveux qui transmet automatiquement les impulsions qu’on lui commande : pour voir, pour respirer, pour transpirer, avaler, tousser ... Je vais simplifier encore, précisa t-elle devant l’air un peu perdu de son interlocuteur. Certains poisons à effet progressif attaquent ce centre et finissent par bloquer ces impulsions.
- Et qu’est ce qui se passe ? demanda Trowa, incertain.
- On a des difficultés de respiration, des troubles de la vision, des troubles de la coordination de certains mouvements et au bout du compte ...
Relena n’eut pas besoin de terminer sa phrase, cette fois le jeune homme avait parfaitement saisi.
- Quand ça ira mal, je pourrai peut-être soulager la douleur mais ...
L’infirmière s’interrompit de nouveau devant l’extrême pâleur de Trowa. Mais celui-ci se ressaisit très vite, peu enclin à laisser s’exprimer ses sentiments, et la questionna d’un ton plus neutre :
- Je crois qu’il a besoin des meilleurs spécialistes qu’il existe dans la ville. Vous en êtes où avec votre père ?
Relena comprit que Trowa tentait d’alléger un peu l’atmosphère en changeant plus ou moins de sujet. C’était également un moyen détourné de s’enquérir de ses nouvelles et elle lui en fut reconnaissante.
- Il n’a pas très envie de me voir, j’ai l’impression, avoua t-elle tristement. Ni moi ni personne.
- Mais vous croyez qu’il vous aiderait ?
L’insistance de Trowa l’aurait probablement irritée en temps normal, mais en ces circonstances dramatiques, elle concevait parfaitement l’angoisse et le désespoir du Français. C’est pourquoi elle répondit d’un air déterminé :
- J’ai déjà essayé, il ne m’a pas rappelée. Mais d’accord, j’irais jusque chez lui s’il le faut.
- Merci, murmura Trowa avec gratitude.
Puis estimant qu’il avait assez perdu de temps, il retourna rapidement auprès de Quatre. Celui-ci n’avait pas bougé d’un pouce depuis sa sortie, étudiant précisément chaque feuille pour y déceler un indice quelconque. Trowa reprit sa place au moment même où Heero revenait, suivi de Lady Une. Le capitaine agitait une feuille d’un air triomphant.
- Vingt possibilités réduites à trois. Les voilà.
Trowa se saisit vivement du papier, sur lequel étaient effectivement marqués trois noms qu’il lut à haute voix :
- Duo Maxwell ; Chang WuFei ; Treize Khushrenada.
Les quatre officiers se mirent à fouiller fébrilement les différentes piles de documents pour trouver ceux correspondant aux noms cités. Lady Une finit par mettre la main sur celui de WuFei, qu’elle tendit à Trowa.
- Chang WuFei. Je m’en souviens très bien, nota Trowa en observant la photo jointe au dossier. Il s’attaquait à des femmes pour les voler et il se justifiait en prétendant qu’elles auraient très bien pu se défendre si elles n’avaient pas été aussi faibles.
- C’était un malade et lui il ne m’aimait pas, constata amèrement Quatre.
Lady Une avait continué ses recherches et présenta un autre dossier à Quatre.
- Voilà Treize Khushrenada.
Le blond prit une minute pour jeter un coup d’oeil au papier, puis il hocha la tête pensivement.
- Oui, c’est une possibilité. Je l’ai arrêté alors qu’il écoulait des produits stupéfiants. Il avait monté une combine qui était presque parfaite.
- Et il a promis de nous faire payer cette affaire. Un génie de la chimie, lui aussi complètement malade, compléta Trowa.
- Et enfin Duo Maxwell, termina Heero. C’est un petit voleur qui a fait les quatre cent coups. Il est surtout spécialisé dans le trafic des armes à feu.
- Nous n’avons pas d’adresse pour lui mais nous finirons bien par le trouver, intervint Lady Une. Mais Khushrenada se fait discret depuis plusieurs mois, tout comme Maxwell.
- La seule adresse que nous ayons, c’est celle de WuFei, remarqua Heero en parcourant les trois dossiers.
- Eh bien, nous allons commencer par lui, conclut Trowa en quittant la pièce, suivit de près par Quatre qui remercia son supérieur d’un petit mouvement de tête.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Quatre arrêta la voiture au pied d’un immeuble vétuste de cinq étages, WuFei habitant au troisième sans ascenseur.
Les deux policiers commencèrent l’ascension des marches en courant mais Trowa remarqua bien vite que Quatre transpirait énormément, très essoufflé après avoir atteint seulement le premier palier. Trowa fronça les sourcils, signe chez lui d’une grande contrariété, et lui lança un regard à la fois interrogatif et inquiet. Quatre le rassura d’un petit sourire et ils purent continuer leur progression.
Arrivés au troisième niveau, ils se placèrent de chaque coté de la porte menant à l’appartement numéro 05, armes à la main. Ils se concertèrent du regard et Trowa cria avec force :
- Ouvrez la porte, police !
Une voix étouffée lui répondit :
- Oui, une minute !
Jugeant le délai trop long, Trowa enfonça la porte d’un coup de pied et tous deux se jetèrent dans la pièce en brandissant leurs armes. Mais ce qu’ils virent les stoppa net dans leur élan ...

 

Chapitre 3

 

L’homme qui se tenait au milieu de la pièce était bien Chang WuFei, objet de leur visite. Mais ce qui les surprit était le fauteuil roulant dans lequel se tassait WuFei, tentant de protéger son visage avec ses mains. Et la raison de sa présence dans cette chaise était sans aucun doute possible le plâtre qui ornait sa jambe droite.
- Ne tirez pas, j’avais dit une minute !
Les deux policiers baissèrent lentement leurs armes, abasourdis. De toute évidence, Chang, cloué dans ce fauteuil, ne pouvait être l’agresseur de Quatre.
Une femme sortit vivement de la salle de bain, une serviette enroulée autour des cheveux.
- WuFei ? Qu’est-ce qu’il se passe ? jeta t-elle affolée.
- Je n’en ai aucune idée, demande-leur ! répondit l’intéressé, mi-inquiet mi-agressif, en désignant les inspecteurs.
Ceux-ci fixaient toujours la jambe plâtrée, hébétés. Trowa fut néanmoins le premier à se secouer. Il se tourna vers la jeune femme qui les regardait, apeurée, et lui demanda par acquis de conscience :
- Il est comme ça depuis longtemps ?
- Ca fait quatre semaines, pourquoi ?
Trowa poussa un soupir désabusé, rangea son arme et fit une dernière fois le tour de la pièce du regard. Ses yeux se posèrent sur WuFei, qui du fond de sa chaise les toisait maintenant avec hostilité et un léger air de supériorité ; ils glissèrent sur la femme qui ne présentait plus aucun intérêt pour lui, et stoppèrent sur Quatre. Le petit blond avait lui aussi rangé son arme et observait la scène sans bouger. L’expression de son visage, où l’on pouvait lire désespoir et résignation, fit mal à Trowa, qui se rendit compte aussitôt qu’ils perdaient du temps inutilement. Il fit donc demi-tour, en murmurant un « Désolés ! » sans conviction et se dirigea vers la porte, suivi par son coéquipier. La jeune femme, reprenant confiance, leur lança avec indignation :
- Eh ! A quoi vous jouez, là ?
- On joue à qui perd gagne, lui répondit Quatre d’un ton las en refermant la porte derrière lui.
Tous deux se mirent à redescendre les escaliers sans échanger un mot, perdus dans leurs pensées. Sa réflexion ne le menant nulle part, Trowa sortit de sa méditation pour demander :
- Qu’est-ce que tu penses de lui ?
Quatre ne put répondre car il trébucha sur une marche et fut rattrapé de justesse par Trowa avant de tomber. « Trouble de l’équilibre ...» pensa le châtain avec un pincement au coeur en se remémorant les paroles de Relena. Il prolongea son étreinte plus que nécessaire, attendant que Quatre ait retrouvé ses esprits, et rompit ensuite le contact avec regret.
- Tu veux que je conduise ? proposa t-il en tentant de masquer son inquiétude.
- J’ai glissé, ça peut arriver à tout le monde, non ? rétorqua Quatre avec un sourire désarmant et qui n’admettait aucune réplique.
Arrivés au pied de l’immeuble, Quatre contourna la voiture et s’installa d’office au volant, sans laisser le temps à son équipier de l’en empêcher. Trowa resta un moment sur le trottoir à fixer le véhicule où venait de monter son ami avec un sourire rassurant.
« C’est bien lui, ça. Il pense toujours aux autres avant de penser à lui. Il a tenté de me le cacher pour que je ne m’inquiète pas mais c’était bien un malaise ...».
Mais il fut rappelé à l’ordre par Quatre qui s’impatientait dans la voiture. Réalisant qu’il perdait encore du temps, il se hâta de monter lui aussi dans le véhicule et se saisit de la CB.
- Allô ! Ici GW 03, passez-moi le capitaine Yui !
A ses cotés, Quatre en sueur tentait de défaire discrètement sa chemise mais son geste n’échappa pas à Trowa, qui surveillait son ami du coin de l’oeil sans en avoir l’air. « Troubles de la transpiration ...» remarqua t-il intérieurement avec un nouveau pincement au coeur. Un grésillement reporta son attention sur l’appareil.
- Heero , j’écoute !
- Rayez Chang WuFei, lâcha laconiquement Trowa.
Il put entendre distinctement le soupir déçu du capitaine à l’autre bout du fil. Mais celui-ci reprit très vite, comme pour regonfler un peu leur moral :
- Relena a réussi à localiser quatre pharmacies qui fournissent le composant principal du poison. J’ai envoyé des équipes sur place.
- Très bien. Et pour Maxwell et Khushrenada ?
- Toujours rien, avoua piteusement Heero.
- MAIS QU’EST-CE QUE VOUS FICHEZ, ENFIN ? VOUS DORMEZ OU QUOI ?
Pour la troisième fois de la journée, Trowa, d’habitude si calme et si maître de lui, venait de s’emporter. Quatre, grâce à son don d’empathie, sentait très bien qu’il était la cause de cet énervement et il s’en voulait de perturber à ce point son camarade. Il posa la main sur celle de son partenaire pour le calmer, ce contact ayant immédiatement l’effet escompté ; il en profita ensuite pour se saisir de la CB à travers laquelle on pouvait entendre les reproches du capitaine :
- Mais qu’est-ce qu’il vous prend, sergent Barton ? Vous êtes malade ou quoi ?
- Une minute, je n’ai pas fini, protesta Trowa en tentant de reprendre l’appareil.
- Non, s’il te plaît, laisse-moi faire, le pria doucement Quatre.
Conscient de ne plus être en état de dialoguer calmement, Trowa finit par lui abandonner le récepteur. Le petit Arabe le remercia d’un sourire et tenta de justifier la réaction de son ami :
- Capitaine, il faut lui pardonner, il est un peu sur les nerfs. Mais il s’excuse ...
- Oui, bien sûr. Vous pouvez lui dire que moi aussi.
Trowa hocha la tête pour signifier à son coéquipier qu’il avait entendu et qu’il approuvait. Ce dernier, soulagé d’avoir désamorcé le conflit, s’adressa de nouveau à son chef :
- Vous avez une idée de ce que nous pouvons faire maintenant ?
Après un silence indiquant que Heero réfléchissait, celui-ci sembla soudain avoir une illumination :
- Si je ne trompe pas, Maxwell avait une fiancée, la belle Dorothy. Vous devriez avoir son adresse ...
- Oui, j’ai bien une adresse ... hésita Quatre.
- J’aurais dû y penser, très bonne idée, chef ! acquiesça Trowa en signe de réconciliation en raccrochant le combiné.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

La belle Dorothy, comme tout le monde l’appelait, habitait au rez-de-chaussée d’un immeuble luxueux. Les deux policiers, parvenus au bout du couloir, frappèrent à la porte de son appartement en criant distinctement « Ouvrez, police ! ».
Après un instant, la porte s’ouvrit sur une jeune femme aux très longs cheveux blonds qui s’effaça pour laisser entrer les visiteurs.
- Tiens, mais c’est le beau Trowa Barton ! minauda t-elle en se pendant au cou du châtain.
Puis s’écartant légèrement pour apercevoir le deuxième arrivant :
- Et voilà le beau Quatre Raberba Winner ! C’est gentil de venir me voir, vous voulez prendre un verre ? demanda t-elle en jetant des regards énamourés aux deux inspecteurs.
Après quelques efforts, Trowa réussit à se libérer de son étreinte pendant que Quatre répondait poliment :
- Désolé mais nous n’avons pas le temps.
- Mais alors, qu’est-ce que vous êtes venus faire ici ? Oh ! Je vois, vous cherchez quelqu’un ? souffla la jeune femme d’un air de conspiratrice.
- Et si vous nous parliez de Duo Maxwell ? la questionna Trowa du même ton.
Dorothy eut un petit sursaut, regarda tour à tour ses interlocuteurs et soupira dédaigneusement.
- Ah ! Mon Dieu, le temps passe et très sincèrement je le déteste aujourd’hui.
- Alors, ça ne vous ennuie pas de nous dire où il est ? poursuivit Trowa.
Dorothy réfléchit un instant, paraissant peser le pour et le contre, et sembla se décider :
- A condition qu’il ne sache pas que c’est moi qui l’ai donné à la police ?
- Juré, la rassura Quatre en souriant comme il savait si bien le faire.
- D’accord. Il a crée une petite affaire avec une bande appelée Sweepers. Il a acheté un bateau qui se trouve quelque part sur le port. Vous n’aurez aucun mal à le trouver.
- Merci Dorothy.
Quatre tourna les talons, suivi par Trowa. Dorothy les accompagna jusqu’à l’entrée en leur tournant autour.
- Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Attendez, qu’est-ce qu’il a fait, j’aimerais savoir ! Encore ses petits larcins, j’imagine.
- Pas tout à fait, concéda Trowa sans un regard en ouvrant la porte.
Légèrement vexée du peu d’intérêt que lui portait le jeune homme, Dorothy se tourna vers Quatre. Elle l’observa un court instant.
- Ca ne va pas bien, Monsieur Winner, vous êtes tout en sueur, vous êtes souffrant ? finit-elle par demander candidement.
Quatre repoussa ses mèches blondes, collées à son front par la transpiration puis fixa avec étonnement ses doigts humides.
- Ah, oui, c’est vrai ... répondit-il avec détachement, les yeux toujours rivés sur sa main.
Il sortit de la pièce lentement, les épaules basses, sous le regard de plus en plus inquiet de son partenaire.

 

Chapitre 4

 

Comme le pensait Dorothy, les deux policiers n’avaient eu aucun mal à trouver dans le port le bateau appartenant à Duo Maxwell. C’était un vieux rafiot qui n’inspirait aucune confiance, mais sans doute suffisant pour les desseins peu avouables de son propriétaire.
- Deathscythe. La faux de la mort ... Drôle de nom pour un bateau ... , remarqua Quatre en observant l’embarcation devant eux.
- Pas tellement quand on pense que c’est le bateau d’un trafiquant d’armes à feu, armes de mort, rétorqua Trowa en se dirigeant vers la passerelle d’embarquement.
Arrivés sur le pont du navire, ils furent un peu surpris de constater qu’il était désert. Néanmoins, ils en firent prudemment le tour et ne rencontrèrent personne. Ils se résolurent donc à pénétrer à l’intérieur.
Mais au même moment, Quatre s’écroula brusquement au sol, pris de violentes convulsions. Trowa se précipita vers lui, horrifié.
- Quatre ! Quatre ! Attends, je vais t’aider ... dit-il en le redressant délicatement pour le prendre dans ses bras. Là, doucement ... Doucement, petit, doucement ... murmurait le châtain alors que Quatre s’agrippait désespérément à sa jambe, chaque convulsion le poussant à resserrer douloureusement sa prise.
- Mon ... estomac ... ne m’a ... jamais ... fait ... aussi ... mal ... réussit à articuler le petit blond en tentant de reprendre son souffle entre deux spasmes.
- Doucement, décontracte-toi, décontracte-toi ... répétait Trowa en berçant tendrement son compagnon. Ca va aller, ça va aller ! Ca va aller, je te dis ...
Cette douce litanie ainsi que les gestes affectueux finirent par calmer un peu Quatre, qui commença à se détendre légèrement. Les convulsions s’espacèrent petit à petit et l’Arabe put enfin se remettre debout, soutenu par son coéquipier. Encore chancelant, une épaule appuyée sur le torse de Trowa qui lui caressait doucement le dos, Quatre essayait de reprendre sa respiration et de calmer les battements de son coeur.
- Tu me donnes une minute ? demanda t-il péniblement.
- Là, là ... chuchota Trowa en continuant ses caresses.
Au bout de quelques minutes, Quatre put à nouveau tenir debout tout seul et se libéra légèrement de l’étreinte de son partenaire. Leur regard se croisa une seconde, intense, miroir de leurs émotions, et Quatre remercia son ami d’un sourire dans lequel il mit toute sa reconnaissance. Trowa en fut touché.
- Tu es sûr que ça va aller ?
Quatre acquiesça d’un signe de tête, toujours agrippé à la veste de Trowa. Celui-ci attendit encore quelques instants, puis jugeant Quatre suffisamment remis, il relâcha son étreinte, continuant néanmoins à le soutenir par le bras.
- Allez, viens, ne perdons pas de temps ! dit-il en l’entraînant vers l’une des portes du bâtiment.

¤ ¤ ¤

Duo Maxwell, seul, était en train d’inspecter sa cargaison quand il entendit arriver les deux inspecteurs. Les reconnaissant aussitôt, il tenta de s’enfuir mais fut rattrapé par Trowa qui se mit à le secouer brutalement en le tenant par les épaules.
- Où étiez-vous ce matin à 4h00 ?
Devant l’air agressif de Trowa qui le remuait toujours, Duo se mit à bégayer :
- Mais ... Qu’est-ce qu’il y a ... Vous êtes malades ou quoi ? ... Il y a un problème ? ...
- Je vous demande juste de répondre à ma question, reprit Trowa de plus en plus menaçant.
- Je ... J’étais au large avec le bateau, en train d’effectuer une ... livraison, répondit Duo en hésitant. Vous allez m’arrêter ?
- Pour l’instant, votre trafic ne nous intéresse pas, précisa Quatre. Nous voulons juste être sûrs que vous n’étiez pas en ville ce matin à 4h00.
- Mais puisque je vous dis que j’étais en mer ! protesta Duo en tentant de se dégager.
- Trowa, calme-toi ! intervint Quatre en voyant que son partenaire avait recommencé à secouer le trafiquant.
Puis, comme traversé par une idée soudaine :
- Ecoutez, Maxwell, je vais vous demander quelque chose d’un peu curieux : je voudrais juste que vous riiez.
L’intéressé ouvrit de grands yeux éberlués, tout comme Trowa qui fronça les sourcils.
- C’est une blague, hein ? C’est une blague ?
- Justement, faites comme si vous aviez entendu une blague et mettez-vous à rire. Allez, vite ! ordonna Trowa qui avait fini par comprendre les desseins de Quatre.
Toujours incrédule, Duo regardait tour à tour les deux policiers, aussi sérieux l’un que l’autre, avec cependant une lueur très agressive dans les yeux de Trowa. Duo comprit qu’il lui valait mieux s’exécuter et il se mit à rire, d’un rire nerveux et peu convaincant.
- Allez, riez, Maxwell, riez plus fort et faites-moi peur ! l’incita Trowa d’un ton menaçant.
- Vous êtes complètement fous, tous les deux, complètement cinglés ! constata Duo en s’esclaffant de plus en plus fort, d’un rire confinant à l’hystérie.
En entendant ce rire, qui n’avait rien à voir avec celui de son agresseur, le visage de Quatre se voila et il hocha la tête avec découragement.
- Malheureusement, ce n’est pas ça ...
Trowa relâcha la prise sur sa victime, qui continuait à rire comme un fou, et l’abandonna là sans plus lui accorder le moindre regard, pour suivre sans un mot son coéquipier qui se dirigeait vers la sortie.

¤ ¤ ¤

De retour sur le pont du bateau, Quatre s’assit sur une caisse qui traînait là et poussa un soupir. Il semblait abattu, autant par la fatigue que par l’accablement. Trowa s’approcha de lui en hésitant, ne sachant pas trop quoi dire.
- Ca fait déjà douze heures ... finit-il par remarquer d’un ton neutre, incapable de trouver autre chose.
Quatre soupira de nouveau, les yeux rivés au sol.
- Oui ... Le pessimiste dit que la bouteille est à moitié vide, l’optimiste dit qu’elle est à moitié pleine ... énonça t-il avec détachement et sans un regard pour son compagnon.
Ne sachant toujours pas quoi répondre, Trowa s’assit à coté de lui, juste assez proche pour que son ami sente sa présence et comprenne qu’il n’était pas seul.
- Oh, si tu savais comme ça fait mal, ça fait un mal de chien ... avoua Quatre les larmes aux yeux.
- Oui, je sais ... répondit Trowa en passant timidement un bras autour des frêles épaules.
Quatre, épuisé, se laissa aller contre le torse de son compagnon qui hésita un instant et finit par entourer de ses bras le petit blond et le serra de toutes ses forces. Quatre se blottit un peu plus contre lui et se mit à sangloter doucement.
- Ne t’inquiète pas, je suis là, petit, je suis là ... murmura Trowa à l’oreille de son ami, une main caressant tendrement les mèches dorées.
Puis mû par une impulsion irrésistible, il enfouit son visage dans les doux cheveux blonds et resta comme ça un long moment, immobile, attendant que les sanglots se calment.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

L’horloge du laboratoire marquait 21h03. Relena s’affairait au milieu de nombreux tubes à essai et éprouvettes tandis que Trowa faisait les cent pas nerveusement. Quatre, quant à lui, était assis sur un lit, les yeux dans le vague. Trowa s’approcha de lui et lui demanda doucement pour ne pas trop le surprendre :
- Comment tu vas ?
Quatre sursauta légèrement et tourna vers lui un regard vide et perdu, qui serra le coeur du châtain.
- J’ai peur, Trowa, souffla le blond en baissant la tête honteusement.
Cet aveu inquiéta Trowa, peu habitué à une telle démonstration de vulnérabilité de la part de son partenaire. Il entreprit donc de le rassurer.
- Je ne vois vraiment pas pourquoi tu as peur, enfin, il nous reste encore sept heures ...
- Oui, c’est vrai ... répondit Quatre sans conviction.
Désireux de détourner la conversation, Trowa reprit après réflexion :
- Bon, on sait que ce n’est pas Duo Maxwell, on sait que ce n’est pas Chang WuFei, donc tout ce qu’il nous reste à faire, c’est de trouver Treize Khushrenada.
- Oui, mais il est bien caché ...
- Mais on va le trouver ! insista Trowa.
- Je t’assure, toute la police fouille toute la ville dans tous les coins et il est introuvable ...
Devant l’air totalement abattu de Quatre, Trowa tenta de lui remonter le moral avec tout l’entrain dont il était capable :
- C’est parce qu’on ne fouille pas les rues avec eux. Dès qu’on y retournera, tu verras qu’on le retrouvera ! Ce gars-là, il n’a aucune chance !
Quatre acquiesça silencieusement mais traversé par une vague de douleur plus intense, il ferma les yeux et grimaça en s’appuyant sur le mur à coté de lui.
- Putain, c’est pas vrai ! jura le Français entre ses dents en détournant son regard pour ne plus voir l’expression douloureuse du petit blond.
- Relena, je vous en prie, faites un effort ! supplia Trowa d’une voix brisée.
La jeune femme s’approcha rapidement, une seringue à la main et remonta délicatement sa manche.
- Tenez, ça va vous aider, déclara t-elle en lui injectant le produit.
Quatre sursauta sous l’injection, ce qui amena un geste réconfortant de la part de Trowa.
- Ca va, tu tiens le coup ?
Devant l’air inquiet de Trowa, Quatre tenta de le rassurer avec humour :
- Je vais très bien. L’extérieur n’est pas très beau à voir mais à l’intérieur c’est parfait.
- Je ne peux rien vous donner de plus fort sans vous rendre inconscient, précisa Relena.
- C’est bon, merci, on va s’arrêter là, la remercia Quatre avec son pâle sourire qui lui était si devenu habituel, avant de se crisper à nouveau sous la douleur.
Cette vision préoccupa Trowa qui se remit à arpenter la pièce nerveusement.
- Mais quel intérêt tous vos bouquins, tous vos gadgets et toutes vos affaires, là, si ça ne sert à rien ? tempêta t-il en désignant les objets autour d’eux. Mais qu’est-ce que vous faites ici, alors ?
- Rien de très bon, soupira la jeune femme.
- Non, Relena, ce n’est pas vrai, vous faites tout ce que vous pouvez, la consola Quatre gentiment.
- Je suis allée au campus, mon père était occupé et il n’a pas pu sortir. Il n’a pas dû vouloir ...
- Mais qu’est-ce qu’il lui arrive ? Et comment se fait-il que vous passiez votre temps à l’excuser ? s’énerva Trowa en tapant du poing sur une table.
- Doucement, essaye de ne pas agresser ceux qui peuvent encore me sauver ! le gronda doucement Quatre.
- Mon père fait ce qu’il peut. Il a envoyé son assistant pour ouvrir son laboratoire et faire un spectrographe de la lamelle de l’hôpital. Il connaît son boulot mais il dit que même s’il trouve la composition, ça n’avancera pas si on ne connaît pas les proportions. Il n’y a aucun moyen de les découvrir d’après la lamelle.
- Rien de bien rassurant, en somme, constata Quatre avec amertume.
- Bon, eh bien, ça nous ramène à notre dernier espoir : Treize Khushrenada ! conclut Trowa.
Les deux policiers récupérèrent leurs blousons en remerciant l’infirmière et repartirent vers le commissariat avec dans leurs coeurs un mélange d’espérance et de lassitude.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Les deux inspecteurs étaient le nez plongé dans le dossier de Khushrenada depuis déjà plusieurs minutes quand le capitaine Yui pénétra dans la pièce, l’air abattu. Tous deux levèrent simultanément la tête et interrogèrent leur supérieur du regard. Celui-ci secoua la tête.
- Pas la peine de vous fatiguer, on a retrouvé le troisième suspect possible.
- Khushrenada ?
- Oui. Il est mort depuis quatre jours. Crise cardiaque.

 

Chapitre 5

 

Heero secoua la tête d’un air désolé. Il savait à quel point l’annonce de la mort de Treize Khushrenada était dure pour ses deux amis, qui se raccrochaient à ce dernier espoir comme à une bouée de sauvetage. Treize mort, plus personne à présent ne semblait en mesure de sauver Quatre.
Sous le coup de la nouvelle totalement inattendue, Trowa était resté hébété, la bouche légèrement ouverte, sans plus savoir quoi penser ou faire. Il finit néanmoins par se tourner vers Quatre, attendant sa réaction.
Celui-ci ferma les yeux comme pour s’isoler un bref instant. Mais devant le mélange de sentiments qu’il ressentait chez ses compagnons - gêne, déception, tristesse, pitié, et bien d’autres encore - et pour éviter aussi qu’ils ne devinent son propre désarroi, il préféra quitter la pièce. Trowa esquissa un geste pour le retenir mais ne sachant quoi lui dire, sa main retomba, comme bloquée dans son élan. Il se tourna de nouveau vers Heero, échangeant avec son supérieur un regard qui en disait long sur leurs émotions respectives, et rejoignit Quatre dans la salle adjacente.
Le blond s’était écroulé dans un fauteuil, totalement effondré, les yeux perdus dans le vide. Cette vision serra le coeur de Trowa qui prit une chaise et s’installa à côté de son ami en silence, incapable, plus encore que d’habitude, de trouver les mots appropriés à une telle situation. Quatre ne sembla même pas s’apercevoir de sa présence, plongé qu’il était dans de sombres pensées.
A ce moment-là, une femme entre deux âges pénétra dans la pièce et demanda doucement :
- Détective Barton ?
- Oui ... murmura machinalement l’interpellé, sans lever ses yeux rivés sur Quatre.
- Excusez-moi de vous déranger mais je suis ici parce qu’on doit me montrer des photos ...
- Lady Une, vous pouvez vous occuper de madame, s’il vous plaît ? répliqua Trowa sans même regarder la femme.
- Mais ... C’est que je devais m’adresser à vous, monsieur Barton, protesta t-elle timidement. Je travaille à la pharmacie du quartier et j’étais absente quand vos collègues sont passés pour me présenter les photos de je ne sais plus quels suspects.
- Lady Une, vous avez toujours les photos, dans le coin ? demanda avec lassitude le châtain à sa collègue en se levant sans trop y croire.
Se saisissant des clichés, il les tendit à la pharmacienne en lui présentant une chaise.
-Tenez, asseyez-vous là, madame. Voilà.
Puis, sans plus se préoccuper d’elle, il retourna s’asseoir auprès de Quatre, toujours absorbé dans ses pensées. Le petit blond semblait tellement perdu que Trowa ne put s’empêcher de prendre sa main et de la serrer d’un geste bienveillant et réconfortant. Surpris par ce contact, Quatre sursauta comme tiré d’un cauchemar et croisa le regard empli d’affection de son partenaire. Ils restèrent ainsi un long moment les yeux dans les yeux, aigues-marines découragées et résignées contre émeraudes tendres et tristes, avant que Quatre ne murmure :
- Tu es mon ami, Trowa.
Cette déclaration toute simple bouleversa Trowa à tel point qu’il dut détourner la tête pour que Quatre ne voie pas les larmes qu’il sentait poindre.
- Monsieur ?
Il fut brusquement ramené à la réalité par l’intervention de la femme qui s’était approchée d’eux sans bruit, n’osant probablement pas interrompre ce moment d’intense émotion.
Trowa tourna vers elle un regard las, ne se sentant pas le courage de l’affronter maintenant.
- Ecoutez, Madame, je ... Je suis vraiment débordé, mentit-il maladroitement. Lady Une, occupez-vous de Madame, s’il vous plaît.
Cependant, la femme brandit ostensiblement une des épreuves sous les yeux du Français.
- Mais cette photo, je veux dire cet homme, je le reconnais ! protesta t-elle en agitant le cliché.
Trowa se leva vivement, se saisissant de la photo.
- Ce monsieur ? Chang WuFei ? Vous avez vu ce monsieur venir à la pharmacie et acheter des médicaments ?
- Ah non, pas des médicaments, c’est ça qui est étrange justement, c’est pour ça que je me le rappelle si bien. Il voulait m’acheter le matériel nécessaire pour faire un plâtre à une jambe ...
Quatre redressa la tête, comme traversé par un électrochoc. Les deux hommes échangèrent un rapide coup d’oeil montrant qu’ils pensaient la même chose. Le blond se leva d’un bond et se précipita vers la porte aussi rapidement que la douleur et la fatigue le lui permettaient, tandis que Trowa remerciait précipitamment la femme.
- Merci, merci du fond du coeur, Madame ...

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Incapable de conduire, Quatre avait dû se résoudre à laisser le volant à son coéquipier. Celui-ci conduisait comme un fou, refusant les priorités, grillant les feux, pour finalement s’arrêter dans un retentissant crissement de pneus au pied de l’immeuble où habitait WuFei. Trowa jaillit de la voiture et se précipita vers les escaliers. Mais réalisant qu’il était seul, il se retourna pour voir Quatre sortir du véhicule avec tant de difficultés qu’il fut obligé de revenir sur ses pas et de soutenir son ami pour qu’il ne s’écroule pas. Trowa adossa légèrement le petit blond épuisé sur la portière.
- Je vais m’en occuper, reste ici ... lui intima t-il fermement.
- Non, c’est notre seule piste ! Et je ne veux pas te laisser tout seul ... répliqua Quatre en dardant son regard déterminé sur son partenaire.
Malgré sa faiblesse évidente, l’Arabe semblait décidé à l’accompagner et Trowa ne put faire autrement que céder.
Ils commencèrent à grimper les escaliers à vive allure mais après seulement un étage, Quatre s’écroula, exténué et visiblement incapable d’avancer plus. Trowa revint une nouvelle fois sur ses pas, inquiet, et s’agenouilla auprès de son ami.
- Tu devrais vraiment rester ici, tu es bien trop fatigué pour continuer, lui reprocha t-il doucement.
- Je te l’ai déjà dit, il est hors de question que je te laisse affronter cet homme tout seul. Il est dangereux, rétorqua Quatre en tentant de reprendre son souffle.
Trowa fronça les sourcils devant l’entêtement de son partenaire. Mais sachant trop bien qu’il ne parviendrait pas à lui faire changer d’avis, il poussa un soupir résigné et se résolu à saisir Quatre par la taille, passant un des bras du blond autour de ses épaules. Et soutenant ainsi son ami, ils reprirent leur ascension.
Ils parvinrent tant bien que mal au troisième étage, mais à travers la porte grande ouverte de l’appartement 05, ils ne trouvèrent que la compagne de WuFei, debout seule au milieu du domicile.
Trowa appuya délicatement Quatre au chambranle et fonça dans le salon en criant « Où est-il ? » en ouvrant toutes les portes.
La jeune femme semblait tellement effrayée qu’elle ne parvenait pas à articuler le moindre son.
Après avoir fouillé vainement toutes les pièces, Trowa revint vers la femme et la fixa avec agressivité :
- Je - ré - pè - te - Où - est - il ? demanda t-il en détachant toutes les syllabes d’un ton menaçant.
- Je ne voulais pas mentir mais il m’a obligée ... finit-elle par couiner plaintivement.
Trowa la saisit par le bras et se mit à la secouer en hurlant :
- OU EST-IL ?
- Sur le toit, réussit-elle à souffler péniblement.
Trowa se précipita aussitôt hors de la pièce et en passant devant Quatre toujours appuyé au chambranle, il lui ordonna d’un ton autoritaire et qui n’admettait aucune réplique :
- Reste ici !
Incapable de bouger, Quatre se contenta de hocher la tête pendant que son partenaire reprenait l’ascension des marches en courant.
Mais l’empathe fut tout à coup pris d’un horrible pressentiment et il s’adressa à la jeune femme, toujours droite au milieu du salon et qui le regardait haineusement :
- Il est armé ?
- Oui, lâcha t-elle froidement.
Quatre sentit son sang se glacer dans ses veines. Trowa s’était jeté sans réfléchir à la poursuite de l’Asiatique et il était dans un tel état nerveux que Quatre eut brusquement peur pour la vie de son partenaire.
Rassemblant avec difficulté ses dernières forces, il se mit lui aussi à gravir les escaliers, moitié rampant, moitié s’appuyant sur les murs, se maudissant de sa faiblesse physique qui l’empêchait de se porter au secours de son ami.
- Il prend tous ces risques pour moi, il fait tout ça pour moi, ne cessait de se reprocher Quatre avec un terrible sentiment de culpabilité.

¤ ¤ ¤

Arrivé sur le toit, Trowa se cacha derrière un conduit de cheminée, le coeur battant la chamade sous les effets conjugués de l’effort physique, de l’angoisse et de la peur. Il tenta pourtant de calmer sa respiration pour entendre les éventuels bruits que pourrait faire son adversaire, incapable de le repérer dans l’obscurité profonde de la nuit.
Celui restant silencieux, le policier se décida finalement à l’apostropher :
- Chang ? Il n’y a pas eu de meurtre pour l’instant ... Qu’est-ce qu’il y avait dans l’ampoule ? Chang, parlez-moi !
N’obtenant pas de réponse, il se résolut prudemment à faire quelques pas, appelant toujours le Chinois, quand soudain il sentit qu’on lui tirait dessus. Il sauta vivement derrière une verrière pour se mettre à l’abri. Il se mit à tirer lui aussi quelques coups de feu, espérant par là localiser les tirs de l’autre. L’échange dura peu, WuFei comprenant sans doute très vite la tactique de son ennemi. D’ailleurs, jugeant probablement sa cachette peu sûre, l’Asiatique bondit vers un autre refuge. Sentant cela, Trowa visa dans la direction d’où venait le mouvement mais hésita à appuyer sur la gâchette, laps de temps qui permit à son adversaire de disparaître de nouveau dans le noir.
- Qu’est-ce qu’il se passe, Barton, on est un peu lent ? Ah, ah, ah, ah, ah !
Trowa ne put s’empêcher de frissonner en entendant ce rire sardonique. Le châtain comprenait maintenant pourquoi ce rire avait tellement marqué Quatre.
- On a peut-être peur de tirer ? se moqua WuFei.
L’homme s’était indubitablement aperçu de son hésitation.
Trowa cherchait d’où pouvait provenir la voix tandis que WuFei, conscient de sa supériorité, continuait à le narguer :
- Tuez-moi et vous tuez aussi votre ami, on est bien d’accord ?
Trowa sentit son sang se glacer devant cette terrible réalité énoncée si froidement. WuFei avait percé à jour les raisons de son hésitation.
De sa nouvelle cachette, le Chinois recommença à tirer, faisant voler en éclat une des vitres de la verrière. Trowa se jeta à l’abri, mais malheureusement pour lui, son mouvement de repli l’empêcha de voir que WuFei avait lui aussi quitté son refuge pour se rapprocher. Le châtain se maudit intérieurement d’avoir à nouveau perdu sa trace. Tous les sens aux aguets, il essayait de repérer où se trouvait son adversaire quand soudain :
- Adieu, Barton ! entendit-il avec effroi dans son dos, en même temps que se faisait entendre une déflagration.
Surpris que la balle ne l’aie pas atteint, Trowa se retourna et vit WuFei près de lui, étendu par terre, en sang. Trowa regarda avec surprise dans la direction d’où provenait le coup de feu ; Quatre se tenait en haut des escaliers, les yeux mi-clos, les deux mains crispées sur son arme encore fumante.
Trowa se pencha sans beaucoup d’espoir vers WuFei et le trouva mort.
Il revint alors lentement vers Quatre et lui prit l’arme des mains pour le soulager.
- Merci, petit ... murmura t-il avec reconnaissance. Mais qu’est-ce que tu as fait ? C’était le seul type qui savait, c’était ton dernier espoir ... Notre dernier espoir ... ajouta t-il tout bas.
- Oui, je sais, répondit Quatre avec un pâle sourire, les larmes aux yeux. Mais je ne pouvais pas te laisser te faire descendre sans réagir ! Il allait te tuer ...
Puis à bout de forces, il s’évanouit dans les bras de son coéquipier.

 

Chapitre 6

 

Trowa ne pouvait détacher son regard du petit corps allongé sur ce lit d’hôpital. Quatre semblait encore plus fragile que d’habitude sous son masque à oxygène, ses yeux fermés crispés sous la douleur malgré la présence d’une infirmière qui tentait de le soulager un peu en lui épongeant régulièrement le visage. Trowa se tenait un peu en retrait à l’entrée de la salle, n’osant s’approcher de peur de gêner le personnel médical, mais se refusant également à sortir, désireux plus que tout de rester auprès de son ami. Il se sentait tellement triste et inquiet, tellement impuissant, inutile.
Sally s’approcha du blond, lui fit une piqûre puis se tourna vers Trowa.
- Excusez-moi mais il faut qu’on l’emmène la-haut, maintenant. Si son sablier est juste, il lui reste à peine deux heures.
Trowa hocha la tête silencieusement et s’avança vers Quatre. Il le contempla quelques secondes sans rien dire puis se pencha au-dessus de lui et lui murmura doucement :
- Eh, petit, il faut que j’y aille, maintenant.
- Je sais ... souffla Quatre d’une voix presque inaudible en entrouvrant péniblement les yeux.
Trowa lui caressa tendrement les cheveux en un geste de réconfort, désirant prolonger ce contact le plus longtemps possible. Mais Sally le rappela à l’ordre et Trowa s’apprêta à partir quand Quatre l’appela faiblement. Il s’inclina à nouveau et tendit l’oreille pour lui éviter de trop gros efforts.
- Trowa ...
Quatre, visiblement, rassembla ses dernières forces pour lui offrir son plus beau sourire et murmura en regardant son compagnon dans les yeux :
- Je t’aime.
Puis il laissa retomber ses paupières, vaincu par la souffrance, la fatigue et les calmants.
Trowa était resté bouche bée près du lit, n’arrivant pas à croire ce qu’il venait d’entendre. Quatre était si faible, sa voix était à peine audible sous le masque à oxygène ... Il avait dû se tromper.
Non. Quatre avait mis ce qui lui restait de forces dans ce sourire magnifique, et ses yeux, malgré le voile de douleur et de lassitude qui les recouvrait, exprimaient ses sentiments mieux que n’importe quelles paroles.
Trowa ne se rendait même pas compte que ses joues étaient inondées de larmes, bouleversé par cet aveu qui sonnait comme un adieu.
- S’il vous plaît !
Ce n’est qu’avec l’intervention de Sally que Trowa réagit. Il s’écarta machinalement du lit, regardant d’un air hagard les infirmiers soulever le petit corps inerte pour le déposer délicatement sur un lit roulant et l’emmener à l’étage des soins intensifs. Il suivit le lit des yeux le plus longtemps possible, son regard glissant ensuite mécaniquement vers l’horloge murale qui indiquait 02h03.
Trowa, ne sachant plus où il en était, sortit dans le couloir où l’attendait Heero. Il s’arrêta sans même sembler le voir près de son capitaine qui lui posa une main réconfortante sur l’épaule. Trowa lui lança alors un regard tellement hébété et perdu que Heero sentit son coeur se serrer. Depuis qu’ils travaillaient ensemble, c’était la première fois qu’il voyait une telle démonstration de chagrin et de désespoir dans les yeux du Français, lui d’habitude si maître de ses émotions. Il en comprenait pourtant parfaitement la raison, lui-même se sentant très triste même s’il ne l’avouait pas. C’est pourquoi il se contenta de pester entre ses dents :
- C’est l’impasse !
- Non, pas question ! s’emporta Trowa qui avait parfaitement entendu.
Il se dégagea de la pression de son supérieur et se mit à faire les cent pas dans le couloir, dans un tel état de nervosité qu’Heero en fut inquiet. Celui-ci, ne sachant comment le calmer, ne put que lui rappeler raisonnablement :
- Mais il ne reste que deux heures.
- Et même s’il ne restait que deux minutes, je n’abandonnerai pas ! rétorqua Trowa en s’arrêtant brusquement devant son capitaine, lui décochant un tel regard que Heero ne put s’empêcher de frémir.
Trowa se remit ensuite à arpenter le couloir, accompagnant sa réflexion de gestes d’énervement.
- On a loupé quelque chose, on a fait tellement vite qu’on a loupé quelque chose. Et quelque chose d’important.
Heero le regardait s’agiter, essayant de garder son calme pour conserver toute sa lucidité.
- Nous avons mis deux cent noms dans l’ordinateur, il en est ressorti vingt possibles et trois probables. Ce n’est pas de notre faute si ça n’a rien donné.
- Non, ce n’était pas complètement négatif, Chang était dans le coup, c’est lui qui a fait la piqûre ...
Trowa s’interrompit en fronçant les sourcils, une pensée semblant s’insinuer petit à petit dans son esprit. Heero le laissa réfléchir quelques secondes puis le relança du regard pour qu’il reprenne.
- Chang, il savait à peine lire, il n’aurait jamais été assez malin pour monter un coup comme ça tout seul.
- Vous croyez qu’on aurait pu l’engager ? demanda Heero pensivement, prouvant par cette question qu’il suivait le même raisonnement.
- Absolument. Pas vous ?
- Oui, approuva Heero en hochant vivement la tête.
-Et je sais qui nous dira par qui, conclut Trowa en courant vers l’ascenseur.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

- Je suis désolée, je suis désolée ... ne cessait de répéter la jeune femme en sanglotant, plus par peur que par réel repentir.
Trowa avait débarqué chez la compagne de Chang WuFei comme un fou et s’était mis à fouiller tous les recoins de l’appartement à la recherche de documents susceptibles de lui fournir le plus infime indice. La femme (il avait appris qu’elle s’appelait Meiran) le regardait faire, se contentant de le suivre sans esquisser le moindre geste.
- Je sais que c’est terrible pour votre ami et je suis vraiment désolée ...
Elle essayait de se montrer convaincante et sincère mais n’y parvenait nullement. Trowa en fut écoeuré.
- Ca va, j’ai compris, j’ai compris ! maugréa t-il en passant dans la chambre, vidant tous les tiroirs, retournant le moindre papier.
Il jeta un coup d’oeil à une petite pendule qui marquait 02h21. Sa fouille ne donnait toujours rien et tout ce temps perdu le rendait malade. Frustré par cette vaine recherche, et de plus en plus énervé par les jérémiades de la jeune femme, il finit par se planter devant elle et la menaça du regard.
- Chang n’était pas assez malin pour monter cette affaire tout seul, on a dû l’aider. Dites-moi qui !
- Je n’en sais rien !
- Qui a monté le coup ? s’impatienta Trowa en se rapprochant d’elle, de plus en plus menaçant.
- Je ne sais pas ! répéta Meiran d’un ton peu probant.
- DITES-LE-MOI ! hurla le châtain, la saisissant par les épaules et la secouant.
- Je vous jure que je ne le connais pas ! lâcha t-elle enfin, poussée par la peur.
A bout de nerfs, ne se maîtrisant plus, il la jeta sur le canapé.
- DITES-MOI QUI C’EST !
- Il a engagé WuFei ...
- MAIS QUI ? insista Trowa, furieux devant tant de réticence.
-Tout ce que je sais, c’est qu’il a un rapport avec l’université ... finit par avouer Meiran, terrorisée.
Trowa écarquilla les yeux, tout d’abord incrédule. Mais la lumière se fit petit à petit dans son esprit et il sentit son sang se glacer dans ses veines, horrifié.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Relena se tenait devant la porte depuis déjà plusieurs minutes, n’osant sonner par crainte de l’accueil que lui réserverait son père. Elle finit par se décider enfin, estimant le but de sa visite plus important que son appréhension. Un vieil homme aux longs cheveux gris et aux lunettes étranges vint lui ouvrir. Il parut surpris et légèrement contrarié en reconnaissant sa visiteuse.
- Bonsoir, Relena. Il est 02h40, je te signale.
- Excuse-moi papa, il est tard, mais il fallait que je te parle.
L’homme sembla hésiter puis soupira.
- Ca fait longtemps, déjà. Enfin, entre.
- Merci.
Relena pénétra dans le petit salon et s’assit sur le canapé, son père prenant place dans un fauteuil face à elle. Ils se regardèrent quelques secondes sans parler puis Relena se décida à le questionner prudemment :
- Je peux savoir pourquoi tu ne voulais plus me voir ? Est-ce que tu m’en veux toujours beaucoup pour Zechs ?
- Ton frère est mort, paix à son âme ! lâcha son père sans même la regarder.
- Non, dis-moi, c’est très important pour moi, TU es très important pour moi.
La jeune femme s’était levée pour se rapprocher du vieil homme et, accroupie à côté de lui, elle avait appuyé sa dernière phrase d’un geste affectueux. Son père lui caressa machinalement le visage, son regard accusateur tranchant pourtant avec son attitude presque tendre.
- Je ne peux m’empêcher de penser ... Quand tu as tout dit à la police, c’est toi qui as tout déclenché.
Relena se redressa légèrement, les paroles de son père la blessant profondément même si elle avait fini par s’habituer à ses reproches.
- Zechs se livrait à toutes sortes de trafics sur le campus. Et je voulais l’aider, tout bêtement. Je voulais l’aider, rien de plus.
- Le pauvre Zechs était un bon garçon ... s’obstina l’homme, muré dans ses souvenirs et son chagrin.
La sonnette de la porte retentit dans le silence qui s’était de nouveau installé, les faisant sursauter tous les deux. Relena alla ouvrir.
- Trowa, qu’est-ce que vous faites ici ? s’étonna t-elle tandis que le policier pénétrait rapidement dans la pièce.
- Relena, j’ai besoin de vous, il faut que je parle à votre père !
Le vieil homme avait tressailli à l’évocation de ce nom et ne put s’empêcher de déclarer froidement :
- Détective Barton, vous n’êtes pas le bienvenu dans cette maison.
- Nous n’en sommes plus là, Professeur J.
Les deux hommes se jaugèrent du regard quelques secondes avec animosité. Surprise, Relena s’approcha d’eux.
- Mais, pourquoi, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Demandez-le à votre père, il sait. Je viens de parler à la veuve de Chang.
- De Chang WuFei ? répéta Relena avec étonnement.
- L’homme pour qui travaillait votre frère quand il a été tué, commenta Trowa en regardant la jeune femme qui écarquillait les yeux, stupéfaite.
- Si vous ne quittez pas ma maison immédiatement, je vais devoir faire appel à la police ! menaça le Professeur en contournant son bureau où se trouvait le téléphone.
Nullement impressionné par l’avertissement, Trowa s’approcha à son tour et posa ses deux mains sur le meuble, comme pour donner plus de poids à ses paroles.
- Désolé, elle est occupée, Professeur, elle est occupée à forcer la porte de votre laboratoire.
- Mais pourquoi ? réitéra le jeune femme.
- On recherche le poison qui a été injecté à Quatre, Relena. Votre père est l’homme qui veut le tuer.
- Mais c’est insensé ! protesta t-elle, refusant d’y croire.
- Oui, je trouve aussi.
Puis devant l’air incrédule de son amie, il précisa, sans quitter J du regard :
- Voilà toute l’histoire. Votre père a contacté Chang WuFei il y a quelques semaines à sa sortie de prison. Ils avaient tous les deux une dent contre Quatre et moi. Vous avez formé une belle équipe, Professeur.
- Je t’en prie, dis-lui que ce n’est pas vrai, dis-lui, s’il te plait ! supplia Relena, les yeux pleins de larmes.
- Oui, Professeur, dites-le-moi ! l’encouragea Trowa d’un geste.
Le Professeur les dévisagea tour à tour et un sourire indescriptible fleurit sur ses lèvres.
- Dites-moi où j’ai commis mon erreur ?
Relena posa une main devant sa bouche pour réprimer un cri d’horreur. Cette simple question venait d’anéantir ses derniers espoirs en l’innocence de son père.
Nullement surpris, Trowa expliqua :
- Dans la composition de ce produit. Il était bien trop compliqué pour un non-scientifique comme Chang.
Le Professeur esquissa un nouveau sourire, semblant examiner la pertinence de l’accusation. Satisfait et sûr de lui, il lâcha d’un ton supérieur :
- Vous ne trouverez rien dans mon laboratoire, rien du tout !
Sans se laisser démonter, Trowa fit des yeux le tour de la pièce, accompagnant son regard d’un grand mouvement circulaire :
- Alors, ils vont venir ici, ils casseront tout ! Tout, Professeur ! Alors, où est le produit ?
L’accusé secoua la tête d’un air narquois, ce qui énerva Trowa au plus haut point.
- Ne vous moquez pas, vous en avez fait assez pour nous tuer tous les deux, Quatre et moi.
- Oh non, je t’en prie, c’est ridicule, c’est impossible ! s’exclama Relena, bouleversée et refusant toujours d’y croire, en posant une main sur le bras de son père.
- TOI, LA FERME ! hurla J en se dégageant brutalement tandis qu’elle fondait en larmes. Tu ne peux vraiment pas te taire ?
Attristé par la douleur de la jeune femme, Trowa détourna son regard de la scène une seconde et ses yeux tombèrent sur une horloge indiquant 02h54. Il eut un sursaut qui n’échappa pas au Professeur. Celui-ci, conscient d’être en position de supériorité, tenta de gagner du temps :
- Vous avez tout deviné, alors ?
- Oui ... répondit machinalement Trowa.
- Mais pourquoi ? répéta une fois encore Relena, attendant des explications de son père.
- Parce qu’ils ont tué mon fils, cracha J haineusement. Parce qu’ils ont tué Zechs.
Trowa fronça un sourcil devant cette accusation à laquelle il ne s’attendait pas.
- Professeur, vous ne pensez pas ça, vous ne croyez pas qu’on a voulu tuer votre fils ?
- J’ai lu le rapport de police ... se défendit le vieil homme.
- Justement, papa, Trowa a essayé de te protéger dans son rapport. Zechs était malade à ce moment-là ...
- Ce sont des histoires ! rétorqua J en secouant la tête.
- Il n’était plus capable de discerner quoi que ce soit, il était fichu ! tenta de le convaincre Trowa.
- NON ! hurla le Professeur en se prenant la tête à deux mains pour se boucher les oreilles et ne plus entendre ce qu’il qualifiait de mensonges.
- Nous avons essayé de le calmer, nous avons essayé de le ramener chez vous, c’est dans le rapport. Il a attrapé l’arme de Quatre et le coup est parti accidentellement. Ce n’est pas de sa faute, il était malade !
Au fur et à mesure de ces paroles, J s’était mis à sangloter en se laissant tomber sur sa chaise de bureau.
- Ca suffit ! gémit-il faiblement.
Comprenant qu’il était en train de céder, Trowa tenta de profiter de son avantage :
- Professeur, je vous le demande, je vous en supplie, aidez-moi. Aidez-moi avant qu’il ne soit trop tard !
J releva la tête et fixa son interlocuteur d’un air fou.
- Mon petit a été tué. C’était un brave garçon ...
Trowa ne savait plus comment convaincre le vieil homme perdu dans sa douleur, qui ne cessait de répéter, les yeux dans le vague :
- Il est mort, il est mort ...
Le châtain jeta un nouveau coup d’oeil à l’horloge. 02h59. Il ne restait plus qu’une heure.
Le coeur serré, cherchant au plus profond de lui-même les mots les plus aptes à convaincre cet homme, Trowa ferma brièvement les yeux ; quand il les rouvrit, on pouvait y lire tous les sentiments qui habitaient son âme - tristesse, émotion, espoir, chagrin, douleur se mélangeaient, donnant à son regard une expression bouleversante.
- Je vous demande de sauver Quatre, Professeur. Vous savez que c’est mon meilleur ami ...
Il s’interrompit un instant pour essuyer ses yeux embués de larmes.
- C’est ... L’homme que j’aime ... avoua t-il dans un souffle, réalisant en même temps qu’il les prononçait la signification de ses paroles.
Devant la détresse de cet homme d’habitude si fort et si maître de lui, le Professeur sembla hésiter. Il avança sa main vers l’un des tiroirs du bureau, l’ouvrit et fouilla sans regarder pendant quelques secondes pour finalement en sortir une seringue qu’il pointa d’un air menaçant vers Trowa.
Celui-ci approcha lentement la main, suppliant :
- Professeur, donnez-la-moi. Donnez-la-moi !
- Papa, je t’en prie ...
J se recula dans sa chaise, la seringue toujours pointée vers l’avant. Mais devant les larmes qui coulaient maintenant sans discontinuer sur les joues de Trowa, il sembla vaincu et déposa doucement la seringue dans la main toujours tendue. Trowa s’en saisi précipitamment et sortit en courant sans même prendre la peine de refermer la porte derrière lui.
J éclata à son tour en sanglots et Relena s’approcha doucement de lui. Elle prit son père dans ses bras et se mit à le bercer affectueusement en lui murmurant à l’oreille, comme on le fait pour un jeune enfant que l’on veut consoler :
- Chut ... C’est fini, papa, c’est fini maintenant ...

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Trowa se précipita à l’hôpital, priant intérieurement pour qu’il ne soit pas déjà trop tard. Dès son arrivée au service des soins intensifs, il confia la précieuse seringue à Sally pour qu’elle en analyse le contenu. La jeune femme le remercia d’un mouvement de tête mais préféra le mettre en garde :
- Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne peux rien vous promettre ...
Trowa acquiesça silencieusement puis s’installa sur une chaise à côté du lit où reposait Quatre, relié à toutes sortes de machines. Trowa enfouit sa tête dans ses mains, perdu dans de sombres pensées mêlées de brefs éclairs d’espoir.
Au bout d’un temps qui lui sembla avoir duré des siècles, il vit enfin Sally s’approcher du malade pour lui faire une piqûre.
- J’ai fait tout ce qu’il était médicalement possible de faire, mais il est très faible et je ne sais pas s’il supportera le coup du contre-poison. Maintenant, c’est à lui de décider s’il a envie de vivre ou pas. Il va devoir se battre contre lui-même. Tout dépendra de sa volonté ...

 

Chapitre 7

 

Once in a lonely lifetime
I found a love that's true
How could I go on living
Without you ?

You take away my sorrow
With everything you do
How could I face tomorrow
Without you ?

« Tout dépendra de sa volonté ...».
« Je ne sais pas s’il supportera le coup du contre-poison ...».
« Il va devoir se battre contre lui-même ...».
« Il est très faible ...».

Depuis plusieurs heures, Trowa restait prostré sur une chaise, la tête entre ses mains, sans un geste, sans un regard. Le ballet des infirmières qui entraient et sortaient régulièrement de la salle de soins intensifs le laissait maintenant totalement indifférent. Au début, il avait bien suivi d’un oeil hagard le moindre de leurs mouvements, guettant sur leur visage un signe d’amélioration de l’état du patient, l’indication d’un changement positif ou même négatif, enfin tout ce qui pourrait briser cette attente insupportable. Mais rien.
Trowa sentait qu’il était en train de devenir fou d’angoisse. Les paroles de Sally ne cessaient de s’entrechoquer dans son esprit en une folle sarabande, et il aurait donné n’importe quoi pour faire cesser cette danse macabre. Mais, presque malgré lui, chacune de ses pensées revenait sans relâche vers celui qui reposait sur le lit tout proche.
« C’est ... l’homme que j’aime » avait-il avoué au Professeur J - et à lui même.
Ces mots qu’il avait prononcés quelques heures plus tôt le hantaient. Il se demandait encore comment il avait pu ignorer si longtemps les sentiments qu’il portait à Quatre. Il le considérait comme son meilleur ami, presque un petit frère. Cette amitié si forte était-elle vraiment de l’amour ? Où s’arrêtait réellement l’amitié et où commençait l’amour ? Avait-il le droit d’éprouver de tels sentiments envers ... un autre homme ?
Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête sans qu’il puisse y apporter de réponses satisfaisantes. Il était de toute façon bien trop fatigué, et surtout bien trop angoissé pour réfléchir efficacement. Il se laissait maintenant totalement submerger par toutes ces émotions qu’il avait enfouies au plus profond de lui-même pendant si longtemps. Il n’en avait pas l’habitude.
Sans qu’il sache trop comment ni pourquoi, son esprit commença lentement à dériver dans ses souvenirs. Chaque instant passé avec Quatre lui revenait maintenant en mémoire, moments de simple bonheur mais auxquels à l’époque il n’avait pas accordé assez de valeur. Il revoyait Quatre tour à tour sérieux, souriant, intimidé ou résolu, chaque image le faisant paraître plus vivant aux yeux de Trowa. Le corps du blond reposait toujours sur son lit mais son âme emplissait désormais la pièce, l’illuminait de sa présence. Trowa avait l’impression diffuse de voir Quatre évoluer dans la chambre. Mais ce n’était bien sûr qu’une illusion.
Alors pour échapper à cette vision, Trowa se replongea plus avant dans ses souvenirs, repensant avec un pincement au coeur à leur première rencontre.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Without you in my life
Who'd be there to hold me tight ?
Without you in my life
Who'd be there to kiss goodnight ?

- Trowa Barton, je vous présente votre nouvel équipier, Quatre Raberba Winner.
Trowa, légèrement surpris, dévisagea pendant quelques secondes le jeune homme qui se tenait à côté de son supérieur : il était blond, pas très grand, avec d’immenses yeux bleus qui scintillaient autant que son sourire.
- Mignon. Non, trop mignon. Et trop frêle. Il n’a rien à faire ici, pensa Trowa en fronçant les sourcils.
Comment quelqu’un à l’apparence aussi fragile pouvait-il être policier ? Et efficace dans un métier aussi dur ? Il n’en avait visiblement pas la carrure.
Trowa s’apprêtait à ouvrir la bouche pour faire part de ses réflexions à son chef quand celui-ci, devinant probablement ses hésitations, lui jeta un regard froid et imposant alors qu’il lui assénait d’un ton autoritaire et qui n’admettait aucune réplique :
- Vous faites équipe à partir de maintenant.
Trowa poussa un soupir imperceptible tandis que Quatre le regardait amicalement, son grand sourire n’ayant pas déserté ses lèvres. Trowa se sentit alors mal à l’aise et légèrement coupable sans trop savoir pourquoi.
Le capitaine quitta la pièce, les laissant seuls pour leur permettre de faire connaissance.
- Je suis ravi de te rencontrer, déclara aimablement Quatre en agrandissant encore son sourire.
Mais celui-ci s’effaça immédiatement, laissant place à un visage extrêmement sérieux. Le jeune Arabe fixa son nouveau partenaire droit dans les yeux et déclara gravement :
- Je sais que tu as des doutes sur mes capacités mais je te demande juste de me laisser quelques jours pour te montrer ce que je vaux.
Trowa leva un sourcil d’étonnement : Comment avait-il pu deviner ses réticences ? Le Français s’était fait une règle de toujours cacher ses émotions mais ce petit blond venait de le percer à jour en quelques secondes. Il allait devoir se méfier ...
Cependant, Quatre n’avait pas détourné ses yeux et la détermination qui se lisait dans son regard donna envie à Trowa de lui faire confiance.
Et il avait eu raison. Au cours des mois, Quatre révéla tout ce dont il était capable. Sa relative faiblesse physique était largement compensée par ses capacités intellectuelles, son esprit d’analyse et de déduction. Trowa appréciait de plus en plus de travailler à ses côtés, ils formaient une bonne équipe tous les deux, ils étaient très complémentaires.
Au fil des semaines, cette complicité s’était peu à peu transformée en amitié sincère. Ils passaient énormément de temps ensemble, pendant leur travail mais aussi en dehors, Quatre essayant de « dégeler » un peu son ami.
Il était donc logique dans ce cas que des liens très forts se soient tissés entre eux.
Mais de là à imaginer que cette profonde amitié puisse se transformer en amour ... Aucun des deux n’avait envisagé cette solution. L’évolution s’était faite petit à petit, sans qu’ils ne s’en aperçoivent, et cette situation aurait pu durer encore longtemps s’il n’y avait eu ce dramatique révélateur.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

I would cry
If you said goodbye
Can't live my life
Without you

I'd be blue
If you said we're through
What would I do
Without you ?

Trowa leva la tête vers le petit corps inerte. Quatre était tellement pâle, il semblait encore plus fragile, perdu sur ces draps blancs.
Le Français remarqua qu’une mèche de ses doux cheveux blonds avait glissé sur ses yeux et il l’écarta du bout des doigts. Il laissa ensuite ceux-ci dériver avec hésitation, caressant le front qui lui sembla étonnement soyeux. Il effleura tendrement la joue, remontant délicatement vers les yeux dont il frôla doucement les paupières.
Si Quatre avait été éveillé, le châtain ne se serait jamais permis un tel geste de tendresse. Pas si ouvertement. Mais justement, malheureusement, Quatre ne pouvait pas le voir.
Trowa en profita pour admirer inlassablement ce visage qu’il trouvait si beau. Mis à part lors de leur première rencontre où il avait jugé Quatre incroyablement mignon, il ne s’était plus autorisé à éprouver une telle admiration. Chaque fois qu’il y pensait, il s’empressait de détourner ses pensées, les trouvant immorales. Comment pouvait-il se permettre de trouver un homme, qui plus est son partenaire, mignon ? Il n’en avait pas le droit. Et pourtant, il le prenait maintenant librement. Maintenant qu’il était peut-être trop tard ...

You give my life a meaning
A reason to believe
Now what would I believe in
Without you

You are the sun each morning
You are the air I breathe
How could my world keep turning
Without you ?

Son coeur se serra à cette évocation. Quatre était en train de mourir. Chaque minute qui passait le rapprochait inexorablement de la mort.
Trowa sentit des larmes poindre au coin de ses yeux. Non, il ne voulait pas que Quatre meure, pas avant qu’il ne lui ait dit tout ce qu’il avait au fond de son coeur. Mais comment faire ?
Trowa pensa alors au don qu’avait le petit Arabe, cette sorte d’empathie qui lui permettait de ressentir les émotions de ses proches. S’il ne l’entendait pas avec ses oreilles, il l’entendrait peut-être avec son coeur, avec son âme.
Le châtain se traita mentalement d’idiot de se raccrocher à un tel espoir. Mais il avait besoin de parler, peu importait après tout que Quatre l’entende ou pas, il voulait ouvrir son coeur. Pour la première fois de sa vie.
Il décida donc de faire comme si Quatre pouvait effectivement l’entendre. Il rapprocha sa chaise du lit et se saisit de la main glacée de son ami. Il se pencha légèrement vers lui et après avoir pris une profonde inspiration, il se lança.

Without you in my life
I would never be the same
Without you in my life
I would never dream again

- Quatre, tu sais que je n’ai jamais été très doué pour les discours. J’ai toujours eu énormément de mal à exprimer ce que je ressens. Toi, je sais que tu acceptes et mieux encore que tu respectes cet état de fait, même si tu m’encourages souvent à me livrer plus. Il n’y a d’ailleurs qu’avec toi que j’arrive à parler aussi librement. Peut-être parce ce que je te fais confiance. Je n’ai jamais été aussi proche de quelqu’un de toute ma vie. Et cette proximité me rassure et me fait peur tout à la fois. Je n’ai pas l’habitude ...
Mais aujourd’hui, je veux enfin te dire ... ce que je ressens. Pour toi. Quand tu m’as avoué ton amour, hier au soir, je n’ai pas su quoi te répondre. J’avais besoin de réfléchir. Pas vraiment au sujet de mes sentiments mais à propos de ce que ça implique. C’est trop nouveau pour moi.
Je retourne tout ça dans ma tête depuis ce matin et je crois que j’y vois enfin un peu plus clair.
Tu es la seule personne qui arrive à me comprendre, qui me respecte comme je suis. Je me sens tellement proche de toi, et en même temps pas encore assez ...
J’aimerais ... J’aimerais passer le reste de ma vie avec toi. Parce que je t’aime. Oui, je t’aime, même si j’ai mis des années à me l’avouer. Tu es la personne la plus importante à mes yeux, sans toi je ne suis plus rien.
Alors je t’en supplie, ne m’abandonne pas, ne me laisse pas tout seul. Maintenant que j’ai compris à quel point tu es essentiel pour moi, je me rends compte aussi que je ne suis plus rien sans toi. Sans toi, je n’existe plus.

I would cry
If you said goodbye
Can't live my life
Without you

I'd be blue
If you said we're through
What would I do
Without you ?

Les larmes coulaient maintenant sans discontinuer sur son visage. Il était exténué d’avoir ainsi puisé au plus profond de son âme.
Pendant tout son discours, il n’avait pas lâché la main de Quatre, la serrant fermement, comme pour faire sentir sa présence à son compagnon, lui donner un peu de sa propre force.
Trowa ne quittait maintenant plus Quatre du regard, guettant inconsciemment sa moindre réaction. Il aurait donné n’importe quoi pour admirer encore une fois ses splendides prunelles aigues-marines.
Tout comme un instant auparavant, il eut l’impression d’être victime d’un nouveau mirage, un éclair bleuté ayant semblé illuminer un bref instant le visage du blond. Trowa ferma les paupières une seconde pour mettre fin à ce cruel espoir.
Quand il les rouvrit, il posa de nouveau son regard sur Quatre ... Et croisa deux saphirs qui, malgré le voile de brume qui les recouvraient, le regardaient tendrement. Trowa fut tellement surpris qu’il resta sans voix un long moment. Puis un flot de joie incommensurable le submergea, l’entraînant dans un tourbillon de rires et de pleurs mélangés.
Incapable de parler pour le moment, Quatre exerça une faible pression sur la main de son ami, pour lui assurer qu’il ne rêvait pas. Il tenta un petit sourire qui fut pour Trowa la plus belle chose qu’il avait jamais vue. Ce sourire qu’il croyait avoir perdu à jamais était pour lui. Rien que pour lui.
Tellement ému qu’il avait peine à parler, Trowa murmura doucement :
- Je t’aime, Quatre, je t’aime du plus profond de mon coeur. Alors je t’interdis de me laisser. Parce que j’ai enfin découvert que sans toi, ma vie n’a plus aucune raison d’être. Je ne peux même plus imaginer ma vie sans toi. Je t’aime.

Oh ... Hoo ... Without you

 

FIN