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Titre : Maïté
Auteur : Sayana
Commentaire : Encore une vieille histoire poussiéreuse que j’ai ressortie de mes tiroirs, et retravaillée un tout petit peu. Elle n’a pas grand intérêt, sauf pour moi qui m’étais bien amusée à l’écrire après un délire avec des copines ^^.
Disclaimer : Maïté a vraiment existé, je n’ai fait que changer son prénom. Les autres personnages sont totalement inventés, ainsi que la situation ^^.
Voilà, bonne lecture et n’hésitez surtout pas à me dire ce que vous en avez pensé !

 

Maïté

 

- Il n’en finira donc jamais, ce cours !?!?!
Je regarde ma montre pour la énième fois de la matinée en poussant un grand soupir. Encore pratiquement trois quarts d’heures à tenir, je n’y arriverai jamais !
Si seulement nous étions à notre place habituelle, Alexandre et moi, nous pourrions au moins bavarder discrètement pour tuer le temps. Mais un accident sur l’autoroute nous a beaucoup retardés, le matin-même, et lorsque nous sommes arrivés en cours, passablement en retard, notre place au fond de l’amphithéâtre était déjà occupée. Nous avons donc été obligés de descendre jusqu’au premier rang, là où se trouvaient les uniques places libres.
Résultat, je me retrouve assis juste en face de la prof, à deux ou trois mètres d’elle à peine. Je dois donc me tenir tranquille si je ne veux pas attirer son attention, car elle ne manquerait sûrement pas de me faire une remarque, du style « Eh bien, mon petit Nicolas, je t’ai connu plus sage que ça ! Tu me déçois beaucoup ! ».
Je regarde à nouveau discrètement ma montre, puis Alex. Il a la tête penchée sur son classeur et prend des notes rapidement. Je me demande ce qu’il peux bien trouver de si captivant à écrire ...
Il est vrai qu’en temps normal, ce cours de civilisation espagnole n’est pas dénué d’intérêt.
Mais ce n’est malheureusement plus le cas depuis quelques temps : notre professeur, la gentille Madame Sanchez, est partie en congé maternité, et nous avons une remplaçante depuis trois semaines.
Je me souviens encore de ma surprise le premier jour, lors de l’arrivée de la suppléante dans la salle de TD.
J’avais devant moi Maïté Garcia, ma prof d’Espagnol de Terminale.
Mon pire cauchemar.
Lorsque j’avais eu mon bac, j’avais été extrêmement soulagé de quitter le lycée et ses profs.
Et surtout Madame Garcia !
Et voilà que pour mon plus grand malheur, je la retrouvais à l’université !
J’avais probablement dû faire une drôle de tête quand je l’avais vue, car Alex m’avait demandé si tout allait bien. Je lui avais donc raconté mon année de Terminale avec « Maïté », et « l’enfer » que j’avais vécu à cause d’elle. Elle avait un petit faible pour moi, et me citait toujours en exemple devant toute la classe :
- Nicolas est un élève excellent, vous devriez tous travailler aussi bien que lui ! J’aimerais que tous mes élèves lui ressemblent, mais ce n’est malheureusement qu’un rêve …
Ce qui en passant faisait bien rire mes copains. Ils me taquinaient souvent à ce sujet, et lorsqu’ils évoquaient Madame Garcia, ils disaient toujours « ton amoureuse ».
J’avais cru lui échapper en arrivant à l’université, mais tous mes espoirs s’étaient effondrés en la voyant pénétrer dans la salle.
Car non seulement elle allait assurer les TD de grammaire, mais aussi les cours magistraux de civilisation espagnole, ce qui signifiait que l’on aurait quatre heures de cette chère Maïté par semaine.
L’horreur suprême pour moi !
Je sentais à mon grand désespoir qu’elle allait encore me torturer pendant le reste de l’année scolaire.
Après avoir posé ses affaires sur son bureau, elle avait jeté un coup d’œil à ses nouveaux élèves, et avait finalement posé son regard sur moi.
- Nicolas, ça me fait très plaisir de te revoir. J’espère que tu seras sérieux et travailleur comme à ton habitude !
J’avais marmonné un « Oui, Madame » un peu honteux et gêné alors qu’elle me souriait ouvertement. Son œil droit me regardait avec approbation, tandis que l’autre se perdait quelque part au plafond.
Ses yeux dissymétriques amusèrent et déconcertèrent la classe pendant une bonne semaine : quand elle s’adressait à quelqu’un, on ne savait jamais si c’était à l’élève en face d’elle ou à son voisin.
Moi, j’y étais habitué depuis longtemps, et elle ne m’impressionnait plus.
Mais comme je le redoutais tant, elle recommença le même manège qu’au lycée. Elle passait le cours à m’interroger et à me féliciter, conseillant aux autres élèves de tout faire pour me ressembler, ce qui me valut pas mal de moqueries, et même quelques inimitiés.
Que ce soit en amphi ou en TD, elle ne manquait jamais une occasion de me faire remarquer.
J’aurai donné n’importe quoi pour lui échapper.
Mais elle semblait me poursuivre partout, même en dehors des cours.
Si je décidais d’aller prendre un café à la machine, elle s’y trouvait immanquablement, et me disait avec un grand sourire :
-Décidément, nous avons les mêmes envies au même moment …
Lorsque je me rendais au parking pour récupérer ma voiture et rentrer chez moi, son véhicule était systématiquement garé à côté du mien.
J’en avais parlé plusieurs fois à Alex, mais celui-ci me répondait que c’était seulement une pure coïncidence, et il se mettait à rire.
Un jour, même, alors que je l’avais emmené au cinéma voir un film espagnol en rapport avec le programme de notre première année de LEA, Maïté s’y trouvait également. J’avais essayé de fuir discrètement, mais elle m’avait remarqué au milieu des dizaines d’autres étudiants et était venue s’asseoir juste à côté de moi.
- Je suis ravie de constater que mon élève préféré a suivi mes conseils, et qu’il est venu voir le film que j’avais recommandé.
Je lui avais poliment répondu que je suivais toujours ses bons conseils, puis j’avais lancé un regard désespéré à Alexandre qui se retenait pour ne pas éclater de rire.
Toute cette histoire l’amusait effectivement beaucoup et il me répétait sans cesse :
- Tu es complètement parano, mon vieux ! Je suis sûr que tu te fais des idées. Ou alors, elle te plait, et tu imagines des scénarios où elle te poursuit avec assiduité …
Et devant mes protestations véhémentes, il enfonçait le clou :
- Tu es un vrai sex-symbol, pas étonnant que toutes les femmes te courent après …
Il ne me prenait bien évidemment pas au sérieux, et se moquait gentiment de mes angoisses.
Mais moi, je sentais que je ne tiendrais pas à ce rythme là jusqu’à la fin de l’année …
 
¤ ¤ ¤
 
Je contemple une nouvelle fois ma montre. Il ne s’est écoulé que dix petites minutes depuis la dernière fois où j’ai regardé l’heure.
Je ne m’étais encore jamais autant ennuyé pendant un cours.
Maïté est en train d’évoquer l’économie de l’Espagne en se promenant de long en large sur l’estrade, comme à son habitude.
Je profite du fait qu’elle me tourne le dos un moment pour fermer brièvement les yeux, dans l’espoir de faire un instant le vide dans mon esprit.
Mais un silence surprenant me ramène soudain à la réalité, et j’entrouvre les yeux avec un peu d’appréhension.
Maïté se tient devant moi, les mains posées sur ma table.
- Mon petit Nicolas, je te vois bâiller depuis tout à l’heure, et scruter ta montre toutes les deux minutes. Tu n’as pas l’air de beaucoup apprécier mon cours, aujourd’hui. Mais je sais comment le rendre un peu plus intéressant …
Elle retourne à son bureau et ôte sa veste. Elle apparaît vêtue d’un petit chemisier blanc, légèrement transparent.
A ma grande surprise (je devrais plutôt dire que j’étais horrifié), elle se met à avancer vers moi en déboutonnant lentement son corsage et en balançant sensuellement les hanches.
Elle arbore un sourire qui se veut provocant et qui n’en est que plus terrible.
Son oeil droit me dévisage avec passion, tandis que l’autre fixe un point indéterminé
Elle est ridicule mais en même temps particulièrement effrayante.
Toutes les conversations se sont interrompues dans la salle, et je sens les regards stupéfaits des autres étudiants posés sur nous.
Mais cela ne semble pas gêner le moins du monde Maïté. Je constate avec horreur que l’espace situé entre nous se réduit dangereusement.
Mais je me sens bizarrement pris au piège, comme si j’étais tétanisé et dans l’incapacité de fuir, comme si elle était un fauve prêt à bondir sur sa proie.
Moi en l’occurrence.
Elle finit par arriver à ma table et s’y appuie négligemment. Sa chemise entrouverte laisse apparaître une grande partie de son soutien-gorge, mais cette vision n’a rien de très agréable.
Maintenant, c’est elle qui me déshabille avidement du regard, un sourire carnassier aux lèvres.
Heureusement que la table l’empêche de s’approcher d’avantage de moi …
Elle se penche encore un peu, et pose une main sur mon visage.
- Tu sais, depuis l’année dernière, je meurs d’envie de t’embrasser, mais tu étais un peu trop jeune. Maintenant que tu es majeur, il n’y a plus d’obstacle à notre amour …
Mon sang se glace dans mes veines en entendant cette phrase terrifiante.
J’avais donc raison, je ne m’étais pas trompé sur ses intentions. Pour mon plus grand malheur, mon pressentiment était exact.
Mais personne ne m’avait cru, même mon meilleur ami s’était moqué de moi, me traitant de paranoïaque.
Il devait bien le regretter, maintenant.
Mais il était malheureusement trop tard.
Maïté allait assouvir ses fantasmes là, dans cet amphi, devant près de deux cent étudiants peu désireux d’intervenir.
C’était impossible, elle ne pouvait pas faire ça …
- Madame, voyons, calmez-vous !
- Tu pourras dire tout ce que tu voudras, maintenant tu es à moi ! Ah, ah, ah, ah, ah !!!
Je me mets à remuer sur ma chaise pour tenter de lui échapper, à tel point que je glisse de mon siège en hurlant.
- Ahhhhhhhhhhhhh !!!
BOUM !!!
- Eh bien, Nico, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
J’ouvre péniblement les yeux et j’aperçois une centaine de regards posés sur moi. Je tourne un peu la tête et découvre Madame Garcia, tranquillement assise à son bureau, me dévisageant avec étonnement et réprobation.
Horriblement mal à l’aise, je m’empresse de remonter sur ma chaise, et je tente de me faire tout petit.
- Mais que s’est-il passé, Alex ?
- Ca, c’est à toi de me le dire. Tu t’es endormi en plein milieu du cours, puis tu t’es mis à gesticuler dans tous les sens et tu es finalement tombé de ton siège en poussant un grand cri.
Je me souviens alors brusquement de mon rêve, ou plutôt de mon cauchemar : Maïté Garcia tentant de m’embrasser ! Rien que d’y repenser, j’en ai encore des frissons d’horreur dans tout le corps.
- Eh bien, Nicolas, non seulement tu t’endors pendant mon cours, mais en plus, tu te fais remarquer par tout le monde. Ton comportement est tout à fait indigne d’un bon élève. Tu n’as pas honte ?
J’ai effectivement honte, mais pas vraiment pour ce à quoi elle pense.
Elle me perturbe tellement que j’en viens à rêver d’elle !
Et ce n’était pas n’importe quel genre de rêve !
Beurk !
« Non, mais je suis malade de faire des rêves comme ça. Quelle horreur ! »
Le cours reprend ensuite à peu près normalement, et tout le monde semble oublier l’incident.
Sauf Maïté et moi.
Elle me jette de temps à autre un regard à la fois indigné et désespéré, semblant dire :
« Pourquoi m’as-tu fait ça à moi, qui t’appréciais tellement ? »
Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon je serais mort ce jour-là …
Mais au moins, grâce à cette histoire, Maïté va me laisser tranquille pendant un bon moment ! 

 

FIN