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Titre : Deep and Dark
Auteur : Sayana
Base : Les Vacances de l'Amour
Genre : one-shot, songfic, suite alternative, un peu OOC, mention de sentiments hétéro mais surtout yaoi !
Situation : Jeanne est en prison, Hélène a disparu en mer, Audrey poursuit Nicolas de ses assiduités et celui-ci ne sait plus du tout où il en est ...
Note : Cette histoire est la séquelle indépendante de Skywriter, donc vous n'êtes pas obligés d'avoir lu la première pour comprendre celle-ci. Toutes les citations sont d'ailleurs tirées de "Skywriter" et vous en donnent un petit aperçu.
Commentaire : Cela faisait un moment que j'avais envie d'écrire cette fic, mais j'attendais de voir les inédits pour essayer de caser cette scène à un moment approprié. Mais je n'ai pas vraiment trouvé, donc je me contente de reprendre la situation sans chronologie particulière.
Disclaimer : Comme d'habitude, les personnages ne sont pas à moi mais à JLA and Co. Je ne fais que les emprunter pour poursuivre mon petit délire scénaristique ^^. La chanson "Deep and Dark" est tirée de l'album "Imbreakable" des Scorpions.
Voilà, bonne lecture et n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de cette petite histoire !

 

Deep and Dark

 

Down, I am down
On the ground, sad and tired
I'm down, it's over now
Yes, I'm down, should I like it

Cela faisait des heures et des heures que Nicolas se tenait là, assis sur le sable devant sa cabane, admirant le manège incessant des vagues qui venaient inlassablement se briser à ses pieds.
Et pourtant, malgré ce spectacle familier et apaisant, il sentait son esprit toujours aussi embrouillé, ses idées aussi confuses.
Le jeune homme n'avait pas réussi à fermer l’œil de la nuit, remuant de trop sombres pensées pour parvenir à dormir, et dès les premières lueurs de l'aube, il était venu se réfugier sur la plage.
Il sentait qu'il avait besoin de réfléchir sérieusement, et comme à chaque fois, il lui semblait que la mer pourrait se révéler une alliée précieuse qui lui porterait conseil.
Mais cette fois-ci, son amie s'était montrée muette et Nicolas ne se trouvait pas plus avancé.
Il poussa un profond soupir et ramena ses genoux sous son menton, laissant ses doigts dessiner machinalement des arabesques sur le sable.
Il se sentait seul. Excessivement seul.
Et même la présence de ses meilleurs amis n'arrivait pas à le sortir de sa solitude, plus morale que physique à vrai dire. Toute la bande l'entourait constamment d'attentions et veillait sur lui à chaque minute, mais il avait l'impression que personne ne pouvait le comprendre vraiment, comprendre ce qu'il ressentait au plus profond de son cœur.
Qui pourrait connaître ce qu'il éprouvait réellement, d'ailleurs ?
Cet horrible sentiment d'abandon, lui seul était capable de savoir ce que cela représentait.
Oui, il avait été abandonné, comme livré à lui-même.
Hélène avait disparu en mer depuis plusieurs jours. José s'obstinait à penser qu'elle était toujours vivante, mais personne ne pouvait survivre aussi longtemps dans l'eau, et Nicolas ne se faisait plus beaucoup d'illusions. Elle était probablement morte noyée, maintenant.
Il n'y avait plus aucun espoir.
Le jeune homme s'en voulait terriblement de ne pas avoir été là le jour de sa disparition. Il aurait peut-être pu l'aider, la sauver. Ou du moins être présent, tout simplement.
Mais il était ailleurs à ce moment-là, préoccupé par un autre problème tout aussi grave à ses yeux.
Jeanne était en prison à Paris.
Et même plusieurs mois après, il ne parvenait toujours pas à comprendre ce qu'il était réellement arrivé. Jeanne avait un lourd passé, soit, mais elle avait changé depuis son arrivée sur l'île et leur rencontre.
Du moins, c'était ce que Nicolas s'était toujours efforcé de croire, conforté par son affection sans bornes.
Mais il avait cependant des doutes. Non pas sur ses actes, mais sur son obstination à nier la vérité.
Pour lui, elle était maintenant coupable. Coupable d'avoir refusé son aide et renoncé à lutter.
Car si elle avait été réellement innocente, l'aurait-elle repoussé comme elle l'avait fait ?
Non, elle se serait battue. Au moins pour lui.
Parce que lui aurait été prêt à l'attendre, même cinq ans. Même toute sa vie. Il savait son amour assez fort pour résister à une séparation même interminable.
Mais à quoi bon une longue attente, une telle fidélité, si Jeanne ne voulait plus de sa présence ?
Elle n'avait donc clairement plus besoin de lui.
C'était dur à admettre, mais c'était comme ça.
Il n'y avait plus d'espoir de ce côté-là non plus.
En fait, Nicolas ne savait pas vraiment si c'était la disparition d'Hélène ou l'emprisonnement de Jeanne qui le rendait le plus triste. Tout ce dont il était sûr, c'est qu'il avait perdu en peu de temps les deux femmes qui avaient tant compté dans son existence.
Mais au même moment, heureusement ou malheureusement pour lui, une autre personne avait décidé de s'immiscer dans sa vie.
Audrey.
Nicolas devait bien reconnaître qu'elle était très belle, très séduisante, et très ... désirable.
Mais le jeune homme se sentait coupable d'éprouver de telles pulsions, une telle attirance pour cette diablesse. Il savait qu'il aurait dû se refuser à elle, repousser ses avances, mais il n'y parvenait pas.
Il se sentait particulièrement faible devant elle.
Il se reprochait d'avoir cédé une première fois à son chantage, puis de fléchir à chaque fois.
Et d'y éprouver un certain plaisir.
Oui, il aimait faire l'amour avec Audrey, il devait bien le reconnaître. Il aurait dû la détester pour son odieux chantage, puis pour ses poursuites assidues.
Mais en réalité, c'était lui-même qu'il détestait de céder à chaque fois. Et d'apprécier.
C'était surtout pour cela qu'il se sentait sale. Il se dégoûtait même parfois.
Mais cependant, à d'autres moments, il sentait un vent de révolte le parcourir.
Il avait l'impression d'avoir passé toute sa vie à faire ce que l'on attendait de lui, sans en retirer la moindre récompense.
Que lui avaient rapporté toutes ces années de bonne conduite et de moralité ?
Rien. Il avait au contraire la sensation que l'on s'était toujours servi de lui et de ses sentiments.
Et maintenant, il se retrouvait seul.
Pourtant, lui aussi était un homme, il avait des envies, des pulsions sexuelles, comme tout le monde.
Alors, quand une femme superbe se jetait dans ses bras, que devait-il faire ? La repousser ?
Il éprouvait du désir pour Audrey, il le reconnaissait volontiers, il lui semblait donc normal de céder à ses avances.
Quel mal y avait-il à cela, après tout ?
Car il était parfaitement conscient qu'Audrey profitait de lui, de sa faiblesse, mais en retour, il était bien décidé à se servir également d'elle et à en tirer un plaisir certain.
Il en ressentait à chaque fois de la honte, mais en même temps y trouvait aussi une certaine consolation.
Car dans ces moments intimes, la jeune femme lui permettait d'apercevoir un bref instant celle qu'il pensait être la véritable Audrey, petite fille perdue en quête d'amour, maladroite et touchante malgré son comportement de garce manipulatrice.
Et il avait la certitude qu'il était le seul à avoir jamais vu ce qu'il considérait comme son vrai visage.
Cette sensation le réconfortait un peu et lui faisait oublier un bref moment la situation peu glorieuse dans laquelle il se trouvait.
Mais surtout, elle lui permettait de combler un peu sa terrible solitude.
Nicolas poussa un nouveau soupir. Il était encore revenu à son point de départ, il n'avançait décidément pas.
Dans l'espoir de se changer un peu les idées et de penser à autre chose, il songea que José n'était pas rentré de la nuit, une fois de plus. Il avait probablement rencontré une fille, avec laquelle il avait dû passer un bon moment, comme à son habitude.
Le blond enviait son ami de vivre ainsi, au jour le jour, sans se poser de questions existentielles comme il le faisait lui-même trop souvent.
Il avait beau essayer d'adopter le même comportement avec Audrey, il n'en retirait que des remords.
Mais c'était plus fort que lui.
A cet instant-là, une idée insolite traversa son esprit sans qu'il sache vraiment pourquoi : entre un fantôme, une voleuse et une nymphomane, il y avait de quoi être dégoûté des femmes à tout jamais et virer homo !
Ainsi, il serait débarrassé définitivement de ses peines de cœur actuelles et de sa difficulté à comprendre les femmes ... Car seul un autre homme pouvait savoir ce qu'il ressentait vraiment et partager ses pensées les plus profondes sans le juger ...
C'était peut-être cela, la solution à tous ses problèmes ...
Nicolas secoua la tête en pouffant. Cette pensée était particulièrement saugrenue, mais elle avait au moins eu le mérite de le faire sourire un bref instant.
Le manque de sommeil lui donnait quand même vraiment de drôles d'idées !
Il se sentait brusquement très fatigué, à présent, et il pensa qu'un bon bain de mer lui ferait sûrement du bien.
Il ôta donc rapidement ses chaussures mais resta habillé. Il se sentait sale, tant mentalement que physiquement, et se baigner avec ses vêtements lui donnait l'impression de pouvoir purifier son corps et certaines de ses pensées, comme si les vagues avaient eu la capacité de chasser le trouble qui avait envahi son esprit.
Le jeune homme pénétra dans l'eau avec délice. La mer était chaude et rafraîchissante à la fois, apaisante et salvatrice.
Lui qui avait la sensation de nager dans un océan de confusion depuis des mois plongea sa tête sous l'eau et y resta un long moment, noyade symbolique lui permettant d'oublier tous ses soucis un bref instant.

It's deep and dark
Deep down in my heart
It's deep and dark
Since we've been apart

Après ce bain, Nicolas se sentit nettement mieux, un peu comme si les vagues avaient eu effectivement le pouvoir de laver réellement son corps et son esprit. Il serait bien resté immergé comme cela encore un bon moment, mais il songea à regret qu'il lui fallait se rendre au bureau, n'ayant déjà que trop traîné. José allait être furieux de son retard, même si cela était exceptionnel de sa part.
Le blond se décida donc enfin à sortir de l'eau en soupirant, mais très lentement, profitant de ces derniers instants de répit. En passant, il récupéra les chaussures qu'il avait abandonnées sur le sable et retourna vers la cabane, ses vêtements trempés ruisselant sur son corps. Il les ôta prestement sur le seuil, se sécha rapidement et enfila un caleçon puis un short qu'il dénicha dans un tiroir de sa commode. Mais il ne put y trouver de T-Shirt propre.
Pestant contre son manque de prévoyance qui lui avait fait repousser la corvée de lavage du linge, Nicolas se résolut donc à ouvrir la partie du meuble réservée aux affaires de José. Avec un peu de chance, celui-ci aurait sûrement un vêtement à sa convenance, même si les goûts vestimentaires du brun étaient assez différents des siens.
Cependant, le jeune homme se sentait étrangement mal à l'aise de fouiller sans permission des affaires qui ne lui appartenaient pas, même si c'étaient celles de son meilleur ami et qu'il agissait ainsi seulement pour lui emprunter un vêtement. José n'avait sûrement rien à cacher, mais la bonne éducation de Nicolas lui disait que cela ne se faisait pas d'être aussi indiscret.
Le blond chercha donc rapidement dans la pile de T-Shirts qu'il avait découverte et finit par se décider pour un haut entièrement blanc qu'il trouva tout au fond.
Il sortit le vêtement avec précaution, veillant à ne pas trop déranger le reste de la pile, puis il le déplia d'un geste énergique.
Quelque chose tomba alors à ses pieds.
Il s'agissait d'une enveloppe blanche, à première vue dépourvue de toute inscription, mais qui ne paraissait pas être vide, étant donné le bruit mat qu'elle avait provoqué en touchant le sol.
Nicolas en fut extrêmement intrigué.
Quel besoin José avait-il eu de dissimuler cet objet en ce lieu plutôt inattendu et insolite ? Car à l'origine, il s'agissait visiblement bien d'une cachette, assez difficile à découvrir sauf par le fruit du hasard, comme à cet instant précis.
José avait décidément de drôles d'idées, parfois.
Mais Nicolas ne chercha pas à en savoir davantage, cela après tout ne le regardait pas le moins du monde. Il ramassa l'enveloppe, la remit au fond du tiroir exactement là où il l'avait trouvée, soigneusement cachée sous un autre T-Shirt, en espérant que son ami ne remarquerait pas sa découverte.
Car le jeune homme était fermement décidé à ne pas avouer à José qu'il avait bien involontairement fouillé dans ses affaires. Il se doutait bien que si son ami avait pris la peine de dissimuler cette missive à cet endroit, il n'apprécierait sûrement pas d'apprendre que quelqu'un avait mis au jour sa cachette, même par hasard.
Il s'apprêta ensuite à refermer le tiroir, mais sans qu'il sache pourquoi, quelque chose arrêta son geste, une sorte de pressentiment qui lui disait confusément que ce n'était pas vraiment un hasard s'il avait découvert cette lettre, qu'il devait y avoir une bonne raison.
Cette idée était totalement ridicule, il le sentait bien, mais elle s'imposa à lui sans qu'il ne puisse rien y faire.
Nicolas s'en voulut pourtant de penser des choses semblables, une telle indiscrétion ne lui ressemblait pas du tout.
Mais cependant, sa curiosité fut la plus forte.
Il se saisit donc de nouveau de l'enveloppe, gêné de forcer ainsi l'intimité de son meilleur ami mais le cœur battant à tout rompre sous le coup de l'excitation mêlée d'un sentiment d'interdit.
Après un instant d'hésitation pendant lequel sa conscience faillit reprendre le dessus, il ouvrit avec précaution le rabat non cacheté et découvrit ce qui lui sembla être plusieurs dizaines de morceaux d'une lettre.
Etait-ce José qui avait déchiré ainsi ce courrier ? Si oui, que pouvait-il contenir de si important ou de si compromettant pour l'avoir mis en morceaux de cette façon ? Car la personne qui avait procédé avec autant de soins ne tenait visiblement pas à ce que quelqu'un d'autre ne lise ce pli. Mais dans ce cas, pourquoi José conservait-il ces morceaux si précieusement, comme une chose très importante, un peu comme un trésor ?
C'était vraiment étrange.
Devant toutes ces questions sans réponses, Nicolas était tiraillé entre la volonté de refermer l'enveloppe et de la remettre à sa place, se reprochant d'avoir déjà été trop curieux, et le désir d'essayer malgré tout de savoir ce que contenait cette lettre.
Après quelques secondes de réflexion, il finit par adopter un compromis, et prit uniquement l'un des pans déchirés, pour y reconnaître l'écriture un peu brouillonne de José, aggravée par des irrégularités qui lui semblèrent causées par des mouvements involontaires.
Nicolas tourna un peu le morceau entre ses doigts et y déchiffra, entre autres, ces quelques mots, difficilement lisibles : "vrai José ... sentiments les plus profonds ... de nouveau se cacher le plus profondément possible".
José dissimulait donc un secret !
Un secret si important qu'il l'avait couché sur le papier pour tenter de s'en libérer. Puis il avait probablement essayé d'effacer les traces de ses aveux sans parvenir à s'y résoudre totalement.
Nicolas en fut profondément intrigué.
Il n'était pourtant pas particulièrement curieux de nature, mais ces quelques mots, et le secret qu'ils laissaient à peine transparaître avaient aiguisé son intérêt.
Tout en ayant l'impression de trahir son ami et de forcer son intimité, Nicolas se dirigea vers le lit et ouvrit en grand l'enveloppe.
Une soixantaine de fragments de papier de tailles différentes tombèrent sur les draps.
Saisi d'un sentiment confus, mélange de culpabilité et d'excitation, il s'installa sur le lit, les morceaux épars devant lui. Il mourait d'envie de reconstituer cette lettre, ces lambeaux de feuilles l'attiraient irrésistiblement.
Le jeune homme jeta donc un coup d’œil rapide aux papiers mais il se refusa à les lire entièrement. Quelque chose dans sa conscience l'empêchait encore d'aller réellement plus loin. Il sentait confusément qu'il n'en avait pas le droit.
Et pourtant, sans qu'il le veuille vraiment, ses yeux tombèrent sur quelques mots, au hasard.
"Béné", "souffrance", "amour" ...
Nicolas ressentit un petit pincement au cœur en déchiffrant presque malgré lui ces quelques termes.
José avait sûrement dû écrire cette lettre pour Bénédicte, peu après leur rupture. Mais par fierté, ou pour toute autre raison inavouée, il ne s'était probablement jamais décidé à la lui donner.
Nicolas savait en outre que si son ami était revenu sur l'île après tant de temps, c'était pour tenter de reconquérir la jeune femme. Mais la présence de Jimmy à ses côtés et l'annonce de sa grossesse avaient dû lui laisser penser, à raison, que le moment était définitivement mal choisi pour de tels aveux. Le brun avait donc probablement décider de déchirer cette lettre malvenue, pour ne pas être tenté de la donner quand même et risquer ainsi de tout gâcher. Mais néanmoins, il ne s'était visiblement pas résolu à la jeter, peut-être par superstition ou par sentimentalisme, et la conservait presque religieusement.
En y réfléchissant bien, un comportement aussi décalé était assez surprenant de la part de José, qui en temps normal, montrait rarement ses pensées les plus profondes et les cachait même soigneusement aux yeux du monde.
Alors, adopter une attitude aussi ... romantique, c'était plutôt étrange et déroutant ...
Conscient d'avoir délibérément trahi le secret de son ami et d'en savoir déjà trop, pris de remords, Nicolas commença à réunir délicatement les morceaux de papier pour les glisser dans l'enveloppe, tels qu'il les avait trouvés, essayant de ne pas les froisser. Mais l'un des fragments glissa alors de ses doigts et retomba sur le lit en tourbillonnant. Le jeune homme tendit aussitôt la main pour le saisir, mais son geste s'arrêta brusquement, suspendu à quelques centimètres du bout de papier.
Sur le petit fragment blanc, son regard déchiffra avec stupéfaction : "Je t'aime, Nicolas."
Ces mots semblèrent se détacher du papier et se mirent à danser devant ses yeux en une folle sarabande désordonnée.
"Je t'aime, Nicolas."
Cette phrase, écrite par José, il ne pouvait y croire, ce devait être une erreur, il y avait forcément une explication plausible. C'était impossible autrement.
Ou alors, il avait probablement tout simplement mal lu.
Et pourtant non.
"Je t'aime, Nicolas."
C'était bien ça, l'écriture de José, une phrase qui semblait sortir du plus profond de son cœur malgré la simplicité de cette formule.
Nicolas sentit ses doigts se crisper légèrement sur le papier.
Sa conscience lui hurlait de remettre ce dernier morceau avec les autres et de tout ranger à sa place initiale.
Le contenu de cette lettre était personnel, privé, il n'avait aucun droit de la lire, agir ainsi équivaudrait à une sorte de viol. C'était exactement comme s'il s'apprêtait à violer l'intimité de son meilleur ami.
Mais en même temps, son cœur lui martelait qu'il devait absolument découvrir ce que contenait exactement cette missive.
Car après tout, elle semblait le concerner, lui, elle recelait a priori quelque chose d'important à son sujet.
Son choix fut enfin fait.
Il voulait savoir.
Il devait savoir, tout simplement.
Fébrilement, Nicolas refit tomber tous les morceaux sur le lit et les éparpilla tout autour de lui. A première vue, cela devait correspondre en tout à trois ou quatre feuillets écrits recto-verso. Cela ne serait sûrement pas facile de reconstituer ce puzzle, d'autant plus que son esprit devenait confus, embrouillé par toutes les pensées contradictoires qui se bousculaient dans sa tête.
Le jeune homme inspira plusieurs fois, très fort, espérant ainsi calmer un peu les battements désordonnés de son cœur. Il savait pertinemment qu'il ne parviendrait à aucun résultat en étant aussi tendu, et tenta de concentrer toute son attention sur la lettre.
Il commença par séparer délicatement tous les morceaux pour qu'ils soient bien visibles devant lui, plus aisément identifiables. Puis il isola ceux dont les bords étaient lisses de ceux qui lui semblaient appartenir au milieu des feuilles. Il entreprit ensuite de les assembler, s'appuyant sur les formes des déchirures, sur les fragments de phrases qu'il tentait de faire correspondre.
Petit à petit, à force de patience et de tentatives infructueuses, le puzzle se reconstituait sous ses yeux, lentement, difficilement.
Mais Nicolas se refusait toujours à déchiffrer les phrases qui se dessinaient devant son regard, comme si son esprit rechignait à les lire réellement, comme s'il était bloqué par des bribes de conscience, et une certaine appréhension de ce qu'il allait probablement découvrir.
Au bout d'un long moment, pourtant, et sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, ses gestes avaient machinalement fini de mettre en ordre les trois feuillets de la lettre.
Nicolas les fixait maintenant sans plus vraiment les voir. A présent qu'il avait terminé sa reconstitution, sa conscience tentait de reprendre le dessus.
Devait-il vraiment lire cette lettre ? En avait-il réellement le droit, même - et surtout - si elle semblait le concerner ? Que dirait José s'il venait à l'apprendre ?
Et pourtant, avant même qu'il n'ait eu vraiment le temps de trouver des réponses claires à ses interrogations, ses yeux avaient commencé leur lecture, comme s'ils avaient agi par eux-mêmes, de leur propre volonté.
Et finalement, tant pis si sa raison lui hurlait qu'il avait tort, qu'il n'avait pas le droit.
Il devait absolument savoir.
Mais au fur et à mesure de sa lecture, Nicolas sentit son esprit se vider à nouveau, et son corps entier fut empli d'une vague glacée qui le submergea.

Is this love that comes around
That takes me up light years higher
'Cause I wanna feel love once again

"Ne plus avoir à mentir, à me cacher tel un coupable infâme, pouvoir parler sans crainte ou sans honte ..."
"Bien sûr, mon amour pour toi n'a rien de répréhensible, bien au contraire, il s'agit de sentiments sincères même s'ils ne sont pas naturels aux dires de personnes à l'esprit étroit."
"Etre amoureux de son meilleur ami ... Amoureux d'une homme lorsque l'on est soi-même du sexe identique ..."
"Faire croire que j'étais un coureur de jupons pour cacher mon amour et ma fidélité envers un seul homme, voilà l'étrange paradoxe de toute ma vie."
"Mon monde qui gravitait autour de toi, dont tu étais le soleil, s'est écroulé lorsque tu as décidé de suivre Hélène en Australie."
"Dans quelques instants, le vrai José, celui qui vient de dévoiler aussi ouvertement son coeur et ses sentiments les plus profonds dans ces écrits si étonnants, va devoir à nouveau se cacher le plus profondément possible."
"Ce secret que je vais enfin mentionner pour clore cette lettre avant de la déchirer aussitôt en mille morceaux par crainte que quelqu'un ne la lise."
"Je t'aime, Nicolas."

It's deep and dark
Deep down in my heart
It's deep and dark
Since we've been apart

Une vague de sentiments confus submergea Nicolas à la lecture de cette dernière phrase.
Il ne savait plus que croire.
Et plus il essayait d'y réfléchir, plus ses pensées s'embrouillaient.
Dans l'espoir de chasser le trouble qui avait envahi son cœur, le jeune homme ferma les yeux un instant, espérant ainsi faire le vide dans son esprit.
Mais il eut au contraire le sentiment que cela ne faisait qu'empirer sa confusion, les mots continuaient à danser malgré tout sous ses paupières closes, et il les rouvrit bien vite pour mettre fin à cette vision.
Cherchant alors à apaiser la fièvre qui avait envahi son front brûlant et douloureux, Nicolas se leva et sortit sur la petite terrasse devant la cabane. La fraîcheur relative de la légère brise marine l'apaisa instantanément et il respira à pleins poumons l'air pur et vivifiant. Il s'approcha ensuite de la balustrade et s'y appuya pesamment.
Le jeune homme eut alors l'impression d'y voir nettement plus clair, et surtout de pouvoir réfléchir un peu plus aisément.
Mais, malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas encore à analyser vraiment la portée et la signification de ce qu'il venait de lire.
José l'aimait.
Du moins à l'époque de la rédaction de cette lettre, qui datait probablement de son retour sur l'île.
Non, un tel amour ne pouvait disparaître ainsi, et il devait sûrement éprouver toujours les mêmes sentiments, comme le laissaient deviner les indices disséminés un peu partout.
Cet aveu le surprenait, en vérité.
Rien dans le comportement de José ne lui avait jamais laissé envisager de tels élans, ne serait-ce même qu'une seule seconde.
Son histoire avec Bénédicte, ses nombreuses liaisons ... son amour des jolies femmes semblait inconditionnel.
Comment Nicolas aurait-il pu imaginer qu'une telle attitude pouvait cacher en réalité ... ce genre de tendance ...
Il n'arrivait pas encore à mettre un terme exact sur ces émotions.
Ou plutôt sur ce que lui-même ressentait.
Etait-il indigné de savoir José éprouver de tels sentiments pour lui ?
Etait-il au contraire flatté d'avoir provoqué un tel amour, qui semblait tellement sincère ?
Etait-ce en définitive un sentiment de compassion ou de révulsion ?
Nicolas n'arrivait pas encore à le définir exactement. Il était trop choqué pour cela.
Car pour le moment, le seul sentiment qu'il arrivait à analyser réellement était la souffrance palpable qu'il avait décelée tout au long de cette lettre.
Cette douleur indicible qui paraissait ronger José depuis tant d'années.
Comment le brun avait-il pu garder le silence pendant si longtemps ? C'était impensable ...
Et dire que c'était lui-même qui avait provoqué une peine si cruelle chez son meilleur ami ...
Dire que peu de temps auparavant, tous deux s'étaient disputés à cause de la liaison de Nicolas avec Audrey. José semblait furieux de les voir ensemble, il paraissait lui en vouloir énormément, et le blond avait mis cela sur le compte de sa brève aventure passée avec la jeune femme. Mais comment imaginer qu'en fait, José était jaloux d'Audrey et non pas de lui ?
Même si après tout, il n'y était absolument pour rien, Nicolas s'en voulait de n'avoir rien vu, rien compris. Il aurait pu faire quelque chose s'il avait su, atténuer un peu cette douleur, d'une quelconque façon...
Le jeune homme crut que son cœur allait exploser sous le flot de remords qui l'envahissait soudain.
L'air marin lui donnait maintenant la nausée et le bruit de la mer devenait assourdissant, emplissant complètement sa tête, comme si chaque vague venait se fracasser contre les parois de son crâne douloureux.
Nicolas se tourna et appuya son dos contre la balustrade.
Mais ses jambes n'arrivaient plus à le supporter, coupées par le trop-plein d'émotions, et il se laissa glisser jusqu'au sol.
Tout ce qui se bousculait dans sa tête depuis des jours et des jours, l'emprisonnement de Jeanne, la disparition d'Hélène, ses sentiments contradictoires vis-à-vis d'Audrey, et maintenant les aveux indirects de José ...
C'en était trop, plus qu'il ne pouvait actuellement le supporter ...
Il ramena ses jambes contre sa poitrine, les encercla de ses bras et laissa tomber sa tête contre ses genoux, tandis qu'il donnait libre cours à des larmes trop longtemps retenues.

It's deep and dark
Deep down in my heart
It's deep and dark
Without someones love

Il pleura.
Longtemps, très longtemps.
Il pleura comme il ne se souvenait pas avoir jamais pleuré.
Comme un enfant trahi par ses proches.
Par ceux qu'il aime.
Trahi au plus profond de son être.
Car il ressentait le silence de José comme une trahison.
Celui-ci avait raison quand il écrivait que la seule chose vraiment répréhensible dans son comportement, c'était le fait de n'avoir rien dit.
Et c'était surtout pour cela que Nicolas en voulait à celui qu'il considérait toujours et malgré tout comme son meilleur ami.
Oui, José resterait toujours son meilleur ami, et cette pensée réconforta un peu son âme meurtrie.
Il releva donc la tête et passa une main rageuse sur ses yeux pour tenter d'en effacer les traces de ses larmes.
Pleurer ne servait à rien, il devait réfléchir à ce qu'il allait faire maintenant.
Parler à José, lui révéler qu'il avait percé à jour son secret, ce serait avouer qu'il avait fouillé dans ses affaires, et c'était impossible.
Il ne pouvait en outre même pas dire qu'il avait découvert ce secret par hasard : il avait tout d'abord ouvert l'enveloppe, ce qui pouvait à la rigueur être excusable. Il pouvait toujours prétendre qu'il était tombé dessus par inadvertance et qu'il avait voulu vérifier qu'elle ne contenait aucun papier important.
Mais il avait surtout fait l'effort ensuite de reconstituer la lettre et l'avait lue dans son intégralité.
José ne pourrait jamais lui pardonner ce geste, impardonnable par lui-même. Lire une lettre sans l'accord de son propriétaire, c'était considéré comme un viol.
Nicolas avait donc violé José sans le vouloir.
Il avait violé son intimité.
Rien ne pouvait excuser cette indiscrétion.
Alors, prendre la fuite ? Quitter Love Island et fuir José ? Quitter ces souvenirs et abandonner tous ses amis ?
Cela pouvait sembler si facile, ce serait si agréable ...
Non, c'était une attitude lâche.
De plus, partir n'arrangeait rien, il en avait la preuve flagrante avec la lettre de José.
Se taire et faire comme si de rien n'était, ce que José avait si difficilement tenté pendant toutes ces années ?
Faire semblant ?
Côtoyer José quotidiennement, affronter son regard jour après jour, cohabiter dans la même cabane, partager ce secret sans que le principal concerné ne soit au courant ?
Continuer à vivre comme avant, comme si rien ne s'était passé ?
Oublier le brun et ses sentiments, tout comme il s'efforçait d'oublier Hélène et Jeanne, et de ne pas trop penser à Audrey ?
Nicolas ne s'en sentait pas capable, c'était trop dur.
Jamais il ne pourrait trouver la force de mentir ainsi.
Plus que ça, il détestait tout simplement le mensonge.
Mais il se consola en se disant que ce n'était qu'une solution provisoire.
Après tout, il finirait bien par trouver un moment, une occasion pour lui dire qu'il était au courant de son secret.
C'était donc en définitive la solution la plus évidente, la seule vraiment envisageable.
Rassuré d'avoir adopté cette résolution qui lui semblait la plus appropriée à ce moment précis, Nicolas avait brusquement l'impression d'être totalement épuisé, comme s'il avait lutté pendant des heures contre un adversaire beaucoup plus fort que lui.
Sa tête retomba alors lourdement sur ses genoux et il s'endormit aussitôt.

It's deep and dark
Deep down in my heart
It's deep and dark
Since we've been apart

Un bruit de moteur se fit soudain entendre, et Nicolas finit par relever la tête, un peu surpris. Il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi. Il avait l'impression que cela faisait des heures, mais un rapide coup d’œil à sa montre lui indiqua qu'il ne s'était écoulé en fait qu'une petite dizaine de minutes.
Le jeune homme se demanda alors quel était ce bruit qui l'avait tiré de son sommeil agité. Vaguement inquiet, et l'esprit encore brumeux, il s'aperçut soudain avec horreur qu'il s'agissait du scooter de José qui déboulait à toute vitesse sur le chemin menant à la cabane. Le brun arrêta l'engin sans beaucoup de douceur, comme à son habitude, et bondit sur la terrasse. Nicolas n'avait pas bougé, incapable de trouver la force d'esquisser un seul geste. José parut très surpris de trouver son meilleur ami ainsi, prostré sur le sol, torse nu et le visage défait.
- Nico, qu'est-ce qu'il se passe ? Ca ne va pas ? questionna t-il d'un ton angoissé.
Mais l'interpellé ne put rien répondre, la gorge trop nouée pour réussir à articuler la moindre parole.
José fronça les sourcils et se précipita vers le jeune homme, au comble de l'anxiété.
- Nico, qu'est-ce qu'il y a ? redemanda t-il plus doucement en s'agenouillant devant son ami, une main sur son épaule.
Cette fois, celui-ci réussit à secouer la tête et à lâcher dans un souffle :
- Ne t'inquiète pas, ce n'est rien, juste ... un petit coup de déprime. Ca va passer ...
- Tu es sûr ? insista José, visiblement peu convaincu. T'as vraiment une sale mine ...
- Merci pour cette réflexion pleine de tact, c'est très réconfortant ... nota Nicolas, mi-figue, mi-raisin, tandis que son ami se redressait en souriant d'un air penaud. Au fait, qu'est-ce que tu es revenu faire ici ?
- C'est vrai, j'allais oublier ... J'ai un rendez-vous trèèès important tout à l'heure (il sourit d'un air entendu en clignant de l’œil) et je suis juste passé me changer et récupérer mon téléphone que j'ai oublié hier matin. Je risque d'en avoir besoin ... ajouta t-il d'un ton mystérieux en pénétrant dans la cabane.
C'est alors que Nicolas réalisa avec horreur que la lettre reconstituée était restée telle-quelle sur les draps. Sa lecture avait provoqué en lui un choc si grand qu'il avait complètement omis de la remettre à sa place.
Le jeune homme bondit alors soudain sur ses pieds et se précipita à son tour dans la cabane, pour trouver José debout devant le lit, immobile, comme statufié. Nicolas ne pouvait voir le visage de son ami, mais il devinait à ses poings serrés qu'il devait être furieux. Le blond s'approcha de quelques pas et commença d'un ton hésitant, extrêmement mal à l'aise :
- José, je ....
- T'avais pas le droit, répondit l'intéressé entre ses dents, sans se retourner.
- Ecoute, je ... Je cherchais juste un T-Shirt propre et je ... J'ai ... essaya de justifier le fautif au comble de la gêne.
- T'avais pas le droit, Nico, t'avais pas le droit !! le coupa José d'une voix vibrante de colère retenue. Tu as fouillé dans mes affaires ! Tu as lu ... ce que tu n'aurais jamais dû lire ... C'était ... Non, c'est quelque chose de personnel ... de privé ... d'intime ... T'avais pas le droit ... PUTAIN, NICO, T'AVAIS PAS LE DROIT ! hurla t-il en se tournant brusquement pour faire face au coupable.
L'interpellé ne put que détourner les yeux devant la fureur, la tristesse et la douleur terribles qui émanaient de son ami. Jamais il ne l'avait vu dans cet état, et il en eut le cœur serré.
- José, je ... Je ne sais pas quoi te répondre à part que je suis désolé ...
- Désolé ? C'est tout ce que tu trouves à me dire ? Désolé ?! Et tu crois que ça va suffire ? Désolé, désolé, désolé ... tenta de ricaner le brun méchamment, mais sa voix s'étouffa dans un sanglot retenu.
Pourtant, Nicolas était trop bouleversé pour trouver d'autres mots, ceux qui auraient pu réconforter son ami. Il ne savait que répondre parce qu'il n'y avait tout simplement rien à répondre à ces accusations. José avait raison, ses critiques étaient parfaitement fondées. Et quoi que lui-même puisse dire, tout était définitivement de sa faute. Il n'aurait jamais dû céder à la curiosité, il n'en avait pas le droit ...
Ils restèrent comme ça de longues secondes qui leur semblèrent une éternité, Nicolas la tête détournée, fixant un point indéterminé sur le sol, mais sentant le regard plein de reproches de son meilleur ami. Celui-ci avait toujours les poings serrés, comme prêt à frapper pour évacuer sa colère, qu'il semblait avoir toutes les peines du monde à retenir.
Mais au bout d'un long moment, il finit par les desserrer lentement, comme à regret, et se tourna de nouveau vers le lit. Ensuite, il saisit les morceaux de la lettre, lentement, presque douloureusement, et les remit dans l'enveloppe avec soin. Il s'approcha alors du tiroir toujours entrouvert et resta quelques secondes la lettre à la main, se demandant probablement quoi en faire. Visiblement, il devait penser qu'il ne servait plus à rien de la remettre à sa place, étant donné que la cachette s'était révélée peu sûre et que de toute façon, le principal intéressé était maintenant au courant.
Finalement, il se dirigea vers la poubelle et laissa solennellement tomber l'enveloppe à l'intérieur.
Puis, sans plus hésiter, il saisit son petit sac de voyage qu'il entrebâilla vivement. Il revint vers le tiroir qu'il ouvrit en grand d'un geste brusque et décidé, attrapa quelques T-Shirts, deux ou trois pantalons et des sous-vêtements qu'il fourra en vrac dans le sac. Il récupéra ensuite ses principales affaires de toilette qu'il balança par dessus ses vêtements et referma la fermeture d'un mouvement sec.
Le brun se dirigea finalement vers la porte, et sans plus regarder Nicolas, il lui annonça d'un ton neutre :
- Je reviendrai chercher le reste de mes affaires plus tard ...
- Tu vas où ? trouva finalement le courage d'articuler Nicolas d'une voix étranglée.
- Je ne sais pas trop ... Je pense que pour l'instant, je vais m'installer sur le bateau. Après, je verrai ...
La colère semblait avoir fait place définitivement à la tristesse et à la résignation. Après avoir vérifié d'un coup d’œil qu'il n'avait rien oublié d'important, il franchit le seuil, les épaules basses. Son sac de voyage semblait peser des tonnes au bout de son bras.
Nicolas ressentit un terrible pincement au cœur en constatant l'état d'abattement de son ami et il se précipita dehors à sa suite, réussissant à le saisir par le poignet.
- José, attends ! Je ...
- Ne t'inquiète pas, je continuerai à te donner un coup de main sur le bateau tant que tu n'auras pas trouvé quelqu'un pour me remplacer ... Je ne te laisserai pas tomber ... ajouta t-il à mi-voix.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, rétorqua le blond en secouant la tête et en resserrant légèrement sa pression.
- Je sais, murmura José en dégageant sa main. Mais ... Je savais aussi que ça finirait comme ça un jour ou l'autre. Je suis presque ... soulagé. Au moins, je suis fixé ... Je n'aurai plus à jouer un rôle ... Jamais ... C'est peut-être mieux comme ça, finalement ...
Les deux hommes se fixèrent un bref instant, les yeux dans les yeux. Apaisement mêlé de regrets pour l'un, gêne et remords pour l'autre.
José fit un pâle sourire et laissa tomber péniblement :
- Adieu Nico ...
Il enfourcha pesamment son scooter, posa le sac à ses pieds et enfila son casque. Le petit engin démarra dans un vrombissement un peu rageur et disparut au détour du chemin, laissant Nicolas véritablement seul au monde.

It's deep and dark
Deep down in my heart
It's deep and dark
Without someones love

 

FIN