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Titre : Pardonne-moi
Auteur : Isabelle
Origine : petit cadeau qu'Isa a eu la gentillesse de m'offrir ^^
Base : Gundam Wing
Résumé : Trowa et Quatre se sont séparés il y a bien longtemps, et ont refait leur vie chacun de leur côté. Mais vient enfin le moment des retrouvailles ...
Au début, ce devait être un chapitre unique, mais pleins d'idées me sont venues, et donc j'ai décidé que ce serait plus long ^_____^ bonne lecture!!

 

Pardonne-moi

 

Chapitre 1

 

" Je suis rentrée ! ".
Weel referma la porte de l’appartement derrière elle et jeta un coup d’œil dans la cuisine pour voir si son père s’y trouvait. Ne voyant personne, elle se dirigea vers le salon : vide aussi. Tout en fronçant les sourcils, elle enleva rapidement sa veste qu’elle posa sur le divan. Son père lui avait promis qu’il rentrerait de bonne heure pour l’aider dans ses partitions. Ce pouvait-il qu’il ait oublié ?
Depuis un petit moment, elle s’était rendue compte que son père semblait ailleurs, rêveur et inquiet ... En fait, depuis qu’il avait reçu cette lettre dont il ne lui avait pas parlé ...
Tout à coup, un cri de victoire se fit entendre suivit d’un éclat de rire très bruyant. Souriante, elle courut vers la salle de bain où elle devinait trouver au moins sa sœur et sans doute son père. Elle ouvrit doucement la porte et regarda à l’intérieur. Le carnage qu’elle comptait y trouver était bien présent. De l’eau dégoulinait partout, sur les murs, les serviettes, le miroir, partout quoi. A chaque fois que Ters prenait un bain ça finissait comme ça. Ses yeux se posèrent enfin sur la baignoire siégeant au fond de la pièce. Des deux personnes présentes, elle ne pouvait apercevoir que les cheveux : noir pour sa sœur, châtain pour son père. Elle se mordit les lèvres pour ne pas éclater de rire quand elle entendit sa sœur s’exclamer :
" Tu crois qu’elle est là ? ".
" A ton avis ? ".
" Je vais jeter un coup d’œil discret, et voir si l’ennemi est toujours présent, chef ! ".
" Faites ça ! Lieutenant ! ".
Pendant ce court échange, Weel s’était accroupie et rapprochée de la baignoire. Elle se trouvait maintenant juste à côté, et attendait que Ters face son apparition. Une fois la bouille ronde de Ters dans son champ de vision, elle se leva brusquement en criant :
" Bouh ! ".
" Ouah ! ".
Ters recula vivement, glissa et se retrouva dans les bras de son père, éclaboussant partout. Weel éclata de rire.
" J’ai gagné ! Votre troupe n’était pas assez préparée, chef ! ".
Entrant dans son jeu, son père lui sourit et toujours tenant Ters contre lui, fit mine de se rendre.
" L’ennemi était trop fort pour nous ... Nous nous rendons ! ".
Ters rejoint sa sœur en riant.
" Arrête ! Tu vas me mouiller ! ".
" Aller viens ! Y’a longtemps qu’on a joué tous les trois ! ".
Voyant les yeux suppliants de sa petite sœur, elle se résolut à venir dans la baignoire. Heureusement celle-ci était assez grande pour les accueillir tous les trois. Son père l’avait choisi pour cette particularité.
Elle pénétra dans l’eau brûlante avec délice, puis tout comme Ters se nicha près de son père. Celui-ci les tint contre lui, leur souriant tendrement.
Qu’elle l’aimait, son père ! Son amour pour elles, son attention de tous les jours ... Elle aurait voulu rester près de lui, toujours. Depuis la mort de sa mère, il y avait de ça cinq ans, l’âge de Ters, elle s’était énormément rapprochée de lui. Elle savait maintenant beaucoup de chose le concernant, mais elle savait aussi qu’il lui cachait aussi ses sentiments réels ... Pas ceux qu’il leur portait, mais ceux qu’il partageait avec sa mère ...
A certains moments, elle le surprenait avec une photographie de son ancien groupe d’ami, ceux qu’elle n’aimait pas et elle pouvait lire de la nostalgie dans son regard. Mais comment pourrait-il se confier à elle ? Elle n’avait que douze ans après tout ...

*****

" Tiens ? Tu as un mail, papa ! ".
" Ah ? De qui est-ce ? ".
Khel se pencha sur l’ordinateur perfectionné de son père, tout en rejetant une mèche blonde qui lui tombait devant les yeux.
" Heu ... Ah ! C’est de Duo Maxwell ! ".
" Duo ? Que veut-il ? Peux-tu me le lire? ".
" Hum ... Cher Quatre, comme tu le sais, c’est bientôt mon anniversaire, et j’avais envie d’inviter tous les anciens copains à une petite fête : celle-ci se tiendra sur Terre. Tu trouveras tous les détails dans le fichier joint. J’espère avoir ta présence et celle de Khel bien entendu ... Chouette ! On va aller sur Terre ? ".
Quatre sortit de la salle de bain, une serviette sur la tête et une robe de chambre qu’il n’avait même pas pris la peine de fermer. Khel se sentit rougir. Son père n’avait jamais aucune pudeur avec lui. Il baissa les yeux et se retourna vers l’écran pour se donner une contenance. Son père était si différent quand il se trouvait seul avec lui. D’un homme d’affaire impeccable et sans scrupule, il devenait un vrai gamin en sa présence et parfois ce comportement l’excédait. Et quand il était avec Duo c’était encore pire. Heureusement qu’ils ne se voyaient qu’occasionnellement ... Après tout son père atteignait presque la trentaine et lui allait avoir douze ans ...
Quatre s’aperçut du malaise de son fils. Cela le faisait toujours rire. Il lui arrivait même de faire exprès pour l’embêter. Il l’adorait et il savait que c’était réciproque, sinon le petit ne serait pas resté avec lui, mais avec sa mère ... Il était divorcé depuis trois ans maintenant, et tous les deux s’étaient tout de suite entendus, libérés de ‘cette femme’. Il se demandait encore comment il avait pu vivre autant de temps avec elle. Mais bon, c’était fini, et son bonheur était d’être avec Khel.
" Hé ! Il y a aussi un message pour toi, c’est marqué confidentiel ! Je l’ouvre ? ".
" Khel ! Si c’est confidentiel, c’est juste pour moi ! ".
Il attrapa son fils et lui frictionna la tête comme il le faisait toujours. Khel éclata de rire puis tout en se dégageant, lui exposa son plan pour la journée.
" Je dois aller à mon cours de musique puis après j’ai piscine avec les copains ! Je rentrerai pour six heures ! ".
" Ok ! Donne-moi un coup de fil, s’il y a un problème ".
Khel lui fit un signe, attrapa ses deux sacs puis disparut rapidement. Quatre sourit puis s’approcha de son ordinateur pour voir ce que Duo lui avait écrit.
" Quatre, il y a une chose dont on a jamais vraiment discuté ...
Donc je préfère te prévenir ... Trowa ... ".
A ce nom, Quatre sentit son cœur battre plus rapidement. Il ferma les yeux revoyant le visage de son ancien amant ... Qu’il avait été bête, la seule satisfaction qu’il avait reçu depuis leur séparation était la naissance de Khel. Il le savait maintenant : jamais ... Il n’aurait jamais dû le quitter. Non seulement il lui avait fait du mal, mais en plus il en souffrait lui aussi maintenant ... Tout ça à cause de sa peur et de sa stupidité ... Mais ils étaient si jeunes ...
Reprenant ses esprits, il continua sa lecture.
" ... Sera sans doute là ... Lui aussi ... J’ignore tout de vos relations et je ne veux pas être la source d’une éventuelle dispute entre vous ... Heero et moi, on n’a vraiment jamais su ce qui s’était passé entre vous, et je sais que cela ne me regarde absolument pas ... Donc j’ai préféré te prévenir ... ".
Duo n’avait pas changé, toujours attentionné envers les autres. Il avait eu de la chance de tomber sur Heero, et surtout de l’avoir gardé, de ne pas faire comme lui ... Quand il y repensait, avec le recul de l’âge, il savait qu’il avait agi comme un enfant gâté. Trowa, en quelques mois, lui avait apporté plus que Kerdia en neuf ans ... Et lui avait rechigné, apportant des arguments qui avaient dû faire souffrir Trowa plus qu’il ne le croyait à l’époque ...
Et aujourd’hui, il pourrait le revoir ...
Il ne savait que penser à ce sujet. Il savait que Trowa s’était marié lui aussi, qu’il vivait sur L3, mais toutes ces informations remontaient à plus de dix ans et il avait préféré rayer le châtain de son existence.
Non, il ne savait pas comment vivait Trowa, ce qu’il faisait. Rien, il ne savait rien ... Mais peut-être n’était-il pas trop tard ... Peut-être avait-il encore une petite chance ... Il sourit face à cette éventualité. Bien sûr, il pouvait facilement imaginer Trowa lui pardonnant et le prendre dans ses bras. Ses bras ... Qu’ils lui manquaient. Ses lèvres sur les siennes, ses doigts sur son corps ...
Se sentant mal, il s’assit sur la chaise et repensa à ses moments qu’il avait passé avec le seul être qu’il ait jamais aimé de tout son cœur hormis Khel ...

*****

" Je vais ouvrir ! ".
Weel sourit devant l’enthousiasme de sa petite sœur. Elle la suivit du regard. Ters s’approcha de la porte et demanda d’une petite voix :
" Qui c’est ? ".
" Heu ... Wu Fei Chang ... ".
Weel, ayant entendu le nom et ne le reconnaissant pas, se leva à son tour et questionna l’homme.
" Qu’est que vous voulez ? On vous connaît pas ... ".
" Je ... Je viens voir votre père ... Je suis un ancien ami ... ".
* Un ancien ami ? J’espère que ce n’est pas un de ceux de la photo ... *. Elle fronça les sourcils, hésitant à ouvrir la porte. Elle n’eut pas à prendre de décision car son père sortit de la cuisine.
" Qui est-ce ? ".
Weel s’approcha de lui et lui prit la main.
" Il dit qu’il est ton ami ... ".
" Wouffi Changeu ! ". Ters sautait sur place tout en riant et en frappant des mains. Weel ne s’occupa pas de sa sœur et continua à fixer son père. Celui-ci ne montrait rien de ses sentiments, mais elle crut apercevoir une lueur de joie traverser ses yeux clairs. Il lui jeta un coup d’œil, puis ouvrit la porte en grand.
Elle fut à la fois surprise et effrayée de la personne se trouvant face à elle. Surprise, parce qu’elle savait son père grand, mais là, l’homme devait faire au moins deux têtes de plus que lui. Et effrayée, parce que malgré les années passées, elle reconnaissait facilement le garçon aux yeux bridés de la photographie de son père. Il portait une longue tunique blanche qui accentuait sa haute taille. Ses yeux sombres étaient posées sur elle et il lui sourit.
" Alors, je peux enfin rencontrer les phénomènes ... ".
Sa voix était plus basse que celle de son père, avec un léger accent. Il s’agenouilla face à Ters et approcha une main fine et blanche de la joue de la petite fille.
" Mais c’est qu’elle est très mignonne. Tu ressemble beaucoup à ta maman ... ".
Ters éclata de rire et se jeta dans les bras de l’étranger.
Weel n’en revint pas, sa petite sœur était dans les bras de l’homme et lui parlait comme si elle le connaissait depuis longtemps. Elle baissa la tête et se rapprocha de son père. Il lui sourit et la poussa vers l’étranger.
" Et voici Weel ... ".
Wu Fei posa la petite à terre et tendit la main vers Weel. Elle hésita avant de lui donner la sienne.
" Dire que je t’ai vu toute petite ! Tu as bien grandi ! Tu as les yeux de ton papa ! ".
Il passa la main dans ses cheveux puis son regard se posa sur son ancien ami.
" Elles sont vraiment très jolies toutes les deux ... ".
Un sourire éclaira le visage de Trowa. Il hocha la tête puis s’assit près de son ami, en lui tendant une tasse. Wu Fei la prit en le remerciant puis sirota lentement le liquide brûlant. Il releva la tête pour apercevoir le regard attentif et curieux de Trowa. Celui-ci n’avait pas changé. Si ce n’est qu’il avait les cheveux plus courts sur le devant, on apercevait maintenant ses deux émeraudes.
" Toujours aussi bavard ! Je pensais qu’avec deux petits monstres, tu changerais un peu ! ".
Trowa tourna la tête vers la chambre de ses filles puis répondit :
" Tu sais je les écoute plutôt qu’autre chose ! Elles parlent pour moi ... Tu as dû t’en apercevoir ... ".
Wu Fei éclata de rire et posa une main sur le genou de Trowa.
" Je vois très bien de quoi tu parles ! Avec les jumelles, c’est pareil ! ".
" Comment vont-elles ? Et Sally ? ".
" Bien ... Elles grandissent, j’ai l’impression qu’elles sont nées hier ! Mais en fait ! Tu viens à l’anniversaire de Duo ?".
" Hum ... Je ... Je ne sais pas ... ".
" Trowa ! Allez ! Ca fait si longtemps qu’on s’est vu tous ensemble ! ".
Trowa fixa sa tasse.
" De plus, ça tombe pendant les vacances, donc tes filles seront libres ! ".
" Je sais ... Il faut que je leur en parle ... ".
" Trowa ! ".
Wu Fei se leva et se plaça devant son ami, l’air menaçant.
" Tu es obligé de venir ! Je l’ai promis aux jumelles ".
Devant l’œil sévère de son ami, Trowa éclata de rire.
" Wu Fei Chang ! Tu n’as pas le droit de me prendre par les sentiments ! ".
Un clin d’œil lui répondit et Wu Fei attrapa sa tunique.
"Après tout, tu as aussi changé, Trowa. Je crois qu’en l’espace de trois heures, je t’ai vu sourire et rire plus qu’en trois ans passés ensemble durant la guerre ".
" ... ".
" Je viendrai vous chercher, on passera par L5 prendre ma famille puis direction la Terre ! ".
Trowa acquiesça. Même s’il n’avait pas très envie d’y aller, il savait que cela ferait plaisir à ses filles d’aller sur Terre. Et puis ... Il le reverrait ... Il n’arrêtait pas d’y penser depuis qu’il avait reçu l’invitation de Duo. Il était un peu perdu dans ses sentiments et il tentait avec difficulté de le cacher à ses filles. D’ailleurs, il ne leur avait jamais parlé de son passé. Elles ignoraient tout de sa vie de mercenaire puis de pilote de Gundam. Il ne voulait pas leur cacher mais c’était une partie de lui qu’il voulait oublier.
" Bon alors à la semaine prochaine ! ".
Il sourit à Wu Fei.
Une fois le Chinois sortit, il se rassit dans le canapé et réfléchit. Il savait par les informations que Quatre était divorcé depuis trois ans, et qu’il n’avait plus de maîtresse officielle, enfin selon les journaux ... Cela signifiait qu’il était libre ... * Non ! Je ne dois pas retomber dans ses bras ... Pas après tout ce qui s’est passé ... On a chacun notre vie maintenant : lui son fils et sa compagnie, et moi mes filles et mon travail ... Il faut que je reste calme, et que je ne craque pas. De plus, il a certainement dû m’oublier ... Après tout, je n’ai été qu’un jouet entre ses mains ... *. Il revit les deux turquoises de son premier amour lorsqu’il lui avait dit ‘je t’aime’. Trowa avait tellement voulu y croire. Il lui avait tout donné, son cœur, son corps et même son âme. Et puis après une année passée ensemble, Quatre lui avait annoncé qu’il le quittait. Presque froidement, sans réelles explications. Ils étaient trop jeunes, il fallait qu’ils voient autre chose ... Trowa avait eu le cœur brisé. Lui qui n’avait jamais rien eu de fixe dans sa vie, voyait la seule personne en qui il s’était confié s’éloigner.
Pendant deux ans, il avait erré entre les colonies puis avait décidé de s’installer sur L3. A l’aide des Preventer, il avait pu obtenir un diplôme pour enseigner dans une université. Là, il avait rencontré la mère de ses filles. Elle avait réussi, non sans difficulté, à percer son épaisse cuirasse et ils s’étaient aimés avec douceur et simplicité. Elle lui avait apporté un équilibre qu’il ne pensait plus trouver. Et puis, elle était morte durant son deuxième accouchement, le laissant seul avec deux enfants en bas âge.
Contrairement à ce qu’il aurait cru, il s’en était sorti. Mettant toute sa douleur de côté, il s’était occupé des petites avec l’aide de ses beaux-parents. Aujourd’hui il parvenait à tout concilier, école, cours à la fac, courses et toutes les petites choses de la vie. Ils allaient au moins une fois par semaine à la piscine tous les trois. Weel suivait des cours de piano et de flûte. Ters commençait elle-même la flûte. Ils passaient beaucoup de temps ensemble. Elles se confiaient énormément à lui.
Il devinait de l’inquiétude chez sa fille aînée depuis quelque temps, elle avait sans doute remarqué son changement d’humeur et ne parvenait pas à comprendre pourquoi ... Il ne voulait pas l’embêter avec ses problèmes. Après tout, elle était encore jeune, et il ne se voyait pas lui demander conseil sur sa vie sentimentale ... Ridicule ...
Il se secoua et se leva pour ranger les deux tasses dans la cuisine. Demain, il leur parlerait de cette invitation et il prendrait sa décision selon leurs avis ...

 

Chapitre 2

 

Note de Isa : Sortez vos mouchoirs ! ! lol Merci à Meanne pour sa correction ^^

" C’est terminé ... ".
Trowa fixa son amant d’un regard incrédule. * Terminé ? *. Il digéra lentement les quelques mots, réalisant avec stupeur leur signification. Il avait remarqué que depuis quelque temps, Quatre ne lui parlait plus aussi souvent, qu’il paraissait s’être éloigné. La dernière fois où ils avaient fait l’amour remontait déjà à trois semaines. Il avait cru que Quatre avait besoin de réfléchir et il l’avait laissé tranquille. Mais là, il comprenait mieux, apparemment son jeune compagnon voulait le quitter, depuis un moment. Il se laissa tomber sur le divan, heureusement placé derrière lui. * Après tout, il ne m’a dit qu’il m’aimait qu’une seule fois ... Je ... *.
Il sentait son monde s’écrouler. Un monde qu’il avait tant eu de mal à accepter, à construire. Il pensait avoir trouver une raison d’y rester, de vouloir continuer à le découvrir. Et là, en quelques secondes, tout avait disparut, tout s’était envolé : aussi bien sa joie que son existence.
Les larmes commencèrent à tomber, silencieuses comme à chaque fois qu’il pleurait. Quatre ne s’en aperçut même pas, il continuait à ranger ses affaires dans une valise et parlait sans se préoccuper de lui.
" Tu comprends ? On est encore jeune ! Je pense que nous avons été trop vite, il faut que l’on voit autre chose de cette vie ... ".
Trowa ne l’écoutait plus, il tentait de contrôler le flot d’émotions qui le traversait à cet instant. Il passa une main légère sur ses yeux, respira profondément puis reprit son masque impassible. C’était de son ton habituel qu’il s’adressa à l’homme qui avait été son monde durant plus d’un an.
" Je comprends ... Que vas-tu faire ? ".
Son cœur battait la chamade, mais tout comme le soldat parfait, cacher ses sentiments était une chose facile à réaliser pour lui.
" Je vais retourner sur L4 et m’occuper de mes sociétés ".
Quatre lui jeta un coup d’œil puis lui sourit timidement.
" Je suis content que tu le prennes aussi bien ... ".
* Il croit vraiment que ... *. Il préféra stopper le cours de ses pensées. Il n’avait pas le droit de lui en vouloir, de le juger. Après tout, c’était lui qui s’était monté tout un roman sur leur relation : Quatre ne lui avait jamais rien promis. Il avait cru qu’elle serait éternelle, mais tout avait une fin, même la guerre en avait une alors l’amour ... * M’as tu quand même aimé, au moins une fois ? *. Il voulait lui poser cette simple question. Mais la réponse était claire, trop claire.
Quatre lui fit un signe et il hocha la tête, continuant à observer le blond qui s’affairait. Ses mains qui s’étaient posées sur son corps, qui l’avaient fait à la fois pleurer de bonheur et de douleur. Ses cheveux dans lesquels il aimait perdre ses doigts, si doux et si parfumés. Son corps qui s’était développé pour devenir aussi musclé et grand que le sien. Ses yeux si clairs, si pénétrants comme s’ils lisaient le fond des êtres. Sa bouche ...
Il ferma les yeux ne voulant plus le voir. Il se leva brusquement et sortit de la pièce. Il prit son pardessus puis quitta l’appartement. Il avait besoin de réfléchir et de déterminer son nouvel avenir, s’il en avait encore un ...
" Je ne demandais pas tant ... ".
" Avec ce diplôme, tu pourras enseigner où tu le souhaites ! ".
" Oui, peut-être, mais ... ".
" Mais ? ".
" Tu ne crois pas que je suis un peu jeune pour enseigner dans une université ? ".
Trowa leva un sourcil amusé devant l’expression d’étonnement passant sur le visage de son ami. Sally éclata d’un rire chaud et posa une main sur l’épaule de son mari, depuis un an maintenant.
" Tu sais, à l’université, l’âge moyen est de vingt ans ! ".
" Ah ! Je comprends! ".
Wu Fei sourit puis lança un regard de défi à Trowa.
" Tu as peur d’eux ? "
Trowa ouvrit des yeux surpris face à la question.
" Bien sùr que non ! ".
" Et bien, je ne vois pas où est le problème ! Cette faculté est la plus cotée de la colonie et elle permet à tout le monde de s’en sortir ! Je suis certain que tu pourras aider plein de jeunes ! Surtout avec tes capacités ! ".
Trowa baissa la tête devant la véhémence du Chinois. * Mes capacités ? Je suis insociable, muet, insupportable ... *.
" Oui ! Je sais ! Tu crois que tu es impossible à vivre, que tu n’as aucun talent et que tu n’as rien à leur apporter ! Mais c’est faux ! Trowa, tu as beaucoup de chose en toi ! Et je suis certain que tu seras un excellent prof ! ".
Wu Fei ponctua son discours en posant une main rassurante sur l’épaule du grand châtain.
" Tu peux me croire ... ".
Trowa sentit les larmes venir face au discours de son ami. Depuis deux ans, Wu Fei avait toujours été là pour le soutenir. A sa grande surprise le Chinois l’avait pris sous son aile et l’avait remis dans le droit chemin, lui montrant qu’il y avait une vie après Quatre ...
Wu Fei, sentant sans doute son émotion, le prit dans ses bras et lui murmura.
" Je ne te laisserai jamais tomber ... ". [1]
L’appartement n’était pas très grand, mais largement suffisant pour lui : une chambre, une cuisine, un petit salon et une salle de bain. De plus, il était placé à quelques pâtés de maisons de l’université où il allait enseigner. Aujourd’hui était son premier jour et il se sentait un peu effrayé. Comme la première fois où il avait touché une arme, ou piloté Heavy Arms. La peur et la joie s’emmêlaient en lui. Mais cette fois, la peur était différente : il ne risquait pas de tuer quelqu’un, plus maintenant ...
Il se regarda une dernière fois dans le miroir, passant une main fine dans ses cheveux tentant de les remettre en place. Il les avait coupé, ne laissant qu’une petite mèche sur le front. Il avait dit à Wu Fei qu’ainsi il se sentait vraiment délivré de son passé ...
Il réarrangea pour la dixième fois sa cravate, peu habitué à porter des uniformes si contraignants. * Heureusement que nos tenues étaient agréables et souples *. Il ne put empêcher un sourire de traverser son visage impassible à la pensée des pilotes de Gundam habillés en pingouin pour ramener la paix ...
Reprenant son sérieux, il se demanda ce que pouvait bien faire les autres, en ce moment.
Il avait appris par les informations que le président directeur général de Winner inc s’était marié la veille et qu’il partait en lune de miel sur Terre. Son cœur avait battu plus vite à l’annonce, mais la tristesse qu’il avait ressenti était plus faible, presque disparate. Il était parvenu à s’affranchir du blond, avec beaucoup de mal, mais il y était arrivé.
Wu Fei lui avait dit que Duo et Heero vivaient ensemble sur L2. Cette information lui avait fait du bien. Pour avoir été proche du soldat parfait, il devinait que Duo était la seule personne qu’il lui fallait.
Il sortit de chez lui. Une légère pluie artificielle tombait. Il offrit son visage aux gouttes d’eau, appréciant ce contact sur sa peau. Depuis tout petit, il aimait la pluie, sans doute un reste de son passé de mercenaire. L’eau était tellement rare ...
Il ouvrit quand même son parapluie. Cela ne l’aurait pas fait d’arriver trempé pour son premier jour. Il s’avança alors vers sa nouvelle existence ...
" Bien ! Vous connaissez déjà les différentes règles, je n’ai plus qu’à vous présenter à vos étudiants ".
Le professeur qu’on lui avait assigné pour son premier jour, ferma son grand cahier, éparpilla une dizaine de feuilles qui se trouvaient sur son bureau, se leva, se prit les pieds dans son parapluie, trébucha, retrouva son équilibre puis toussa de gêne, le tout en quinze secondes top chrono. Trowa se contrôla pour ne pas éclater de rire. Le vieil homme était tellement stressé qu’il faisait peine à voir. Il s’approcha pour tenter de l’aider et un regard compatissant lui répondit.
" Je me fais trop vieux pour tout ça ! Je suis bien content que quelqu’un de jeune prenne ma place ! Même si vous me semblez un peu trop jeune ... ".
" Je ferai de mon mieux monsieur Hach ! ".
" Je n’en doute pas ... Dites-moi comment avez-vous fait pour obtenir votre diplôme à votre âge ? Vous n’avez même pas vingt ans, si je ne m’abuse ".
" J’avais beaucoup d’avance ... ".
" Hum ! Un petit génie ! ".
Le professeur lui sourit puis lui fit signe de le suivre.
" Pourquoi avoir choisi la musique ? ".
" Je ... Je trouvais que c’était un bon moyen de s’exprimer ... ".
Hach se mit à rire.
" Il est vrai que vous me semblez bien silencieux ! Mais avec ces jeunes vous changerez vite ! ".
Ils s’arrêtèrent devant une grande porte derrière laquelle on pouvait entendre un brouhaha caractéristique d’une salle de cours sans professeur.
" Nous y voilà ... Comment vous sentez-vous ? ".
" Nerveux ".
* Pas autant que lors des dernières batailles, mais quand même *.
" Normal ! Au bout d’une semaine cela passera ! Allons-y ! ".
Ils pénétrèrent dans la salle qui se révéla être un énorme amphithéâtre. Trowa fut surpris par la grandeur de la pièce. N’ayant jamais lui-même réellement assisté à des cours magistraux, il n’imaginait pas qu’il puisse y avoir autant d’élèves réunis en une même place. Les trois quarts des sièges étaient occupés, ce qui devait faire le nombre de plusieurs centaines. Il pouvait voir des garçons et filles d’à peu près son âge voir plus âgés qui le fixaient attentivement, se demandant sans doute qui il était. Une légère panique le prit et il se cramponna à sa petite valise. * Je n’aurais pas dû faire un truc pareil ! Je ne suis pas fait pour enseigner, moi qui ne parle jamais ! Oh ! Pourquoi est-ce que je les ai écouté ! *. Il se reprit en entendant la voix forte du professeur Hach.
" S’il vous plaît , jeunes gens ! ".
Le silence s’établit aussitôt. Les jeunes admiraient beaucoup ce professeur et d’un commun accord lui obéissaient toujours. De légers murmures continuaient tout de même à se propager, signe de leur surprise.
" Je vous présente le professeur Barton qui va s’occuper de vous à ma place, à partir d’aujourd’hui ! ".
Le silence fut vite chassé par une infernale cacophonie. Trowa pouvait voir des étudiants qui s’étaient levés pour tenter de mieux l’apercevoir et des visages stupéfaits. Des questions fusèrent d’un peu partout.
" Quoi ? ". " Mais il est vachement jeune ! ". " Vous nous quittez, professeur ? ". " Qu’il est mignon ! ". " J’arrive pas à y croire t’as vu comment il est ? ! ".
Deux étudiants des premiers rangs se levèrent. L’un d’entre eux se mit à crier.
" Silence ! Vous voyez pas le boucan que vous faites ! ".
" Laissez au moins à not’e nouveau prof le temps de se présenter lui-même ! Vous lui poserez vos questions après ! ".
Trowa fut reconnaissant aux deux jeunes gens d’être parvenu à rétablir le silence. Il s’avança sur l’estrade puis promena son regard de jade sur l’auditoire. D’une voix assez forte, il se présenta à ses futurs étudiants.
" Je m’appelle Trowa Barton. Comme vous l’a dit le professeur Hach, je vais vous enseigner la musique et son histoire. Je sais que je suis plus jeune que certains d’entre vous, mais j’espère que cela ne nous empêchera pas de passer une bonne année ensemble ... ".
" Vous avez quel âge ? ".
" Je vais avoir dix neuf ans ... ".
Un murmure étonné se propagea dans la pièce. Il pouvait entendre les différentes remarques.
" Ouah ! J’ai trois ans de plus que lui ! ". " C’est incroyable ! ". " Il fait parti de ces génies ! ". " Il doit être le mari idéal ! ".
Une voix plus élevée que les autres lui posa une nouvelle question.
" Comment avez-vous fait pour avoir un diplôme aussi jeune, monsieur Barton ? "
Il se tourna vers la personne qui l’avait interrogée. Brune, les yeux en amande, elle devait avoir deux ou trois ans de plus que lui. Son visage avait l’air sévère mais elle lui souriait gentiment.
Des exclamations s’élevèrent.
" Tiens ! Elle se réveille ! ". " Elle croit peut-être qu’elle va obtenir des bonnes notes en faisant l’intello ". La jeune fille ne se préoccupa pas des rumeurs et continuait de le fixer attendant sa réponse.
" J’ai pris beaucoup d’avance dans mes études et j’ai obtenu mon diplôme l’année dernière ... ".
Il récita presque ces quelques mots. En effet, il ne pouvait pas avouer qu’il était un pilote de Gundam avec une intelligence dix fois supérieure à la normale, qu’il était doué en mécanique, électronique, informatique, avait des connaissances en biologie et en médecine. Bref qu’il était un être hors du commun qui faisait partie des rares personnes ayant sauvé la terre de la catastrophe. Non il ne pouvait décemment pas le leur dire. De toute façon, il voulait faire une croix sur son passé. Et les pilotes de Gundam étaient classés top secret ! Personne ne les connaissait et ainsi ils pouvaient vivre leur vie sans problème.
Il avait inventé cette histoire qui pouvait facilement être plausible.
" Je ferai tout mon possible pour vous enseigner la musique du mieux que je pourrai ! Vous avez d’autres questions ?".
Un jeune blond se leva du fond de l’amphi. Il jeta un œil à son voisin qui ricanait bêtement puis sourit de toutes ses dents.
" Moi ! J’en ai une ! ".
Trowa le fixa en hochant de la tête.
" Oui ? ".
" Vous avez une petite amie ? ".
" Je ... ".
" Vous n’êtes pas obligé de répondre ". Lui souffla le professeur Hach.
" Je viens d’arriver dans cette colonie et je n’ai pas eu le temps de rencontrer quelqu’un ".
"Vrai ?! Alors toutes ses demoiselles ont une chance ! ".
Les jeunes filles de l’assistance émirent différents sons de joie et de bonheur. Trowa resta stoïque face à cette nouvelle situation. Contrairement à beaucoup de jeune de son âge, il se maîtrisait totalement. Il fit un micro sourire et ajouta :
" Je serai votre professeur, et donc il est hors de question pour moi d’avoir une relation avec un ... e élève ... ".
Une exclamation s’éleva.
" Oh, non ! Soyez pas vieux jeu ! ".
Les jeunes éclatèrent de rire puis se calmèrent pour le regarder attentivement. Trowa se tourna vers le professeur Hach et lui fit un signe.
" Bien ! Maintenant que ces présentations sont faites. Je vais vous distribuer vos différents groupes. Voici la feuille. Notez avec attention votre groupe et vos heures de cours ! Il n’y aura pas de dérogations sauf motif exceptionnel, c’est compris ? Pour aider notre nouveau professeur à s’adapter, je vais continuer les cours de solfège pendant quelque temps et ensuite vous n’aurez que lui. J’espère que vous lui obéirez autant qu’à moi, je vous le demande !".
Il donna plusieurs feuilles qui se mirent à circuler.
" Oh ! Non ! J’ai solfège à huit heures ! ". " Quoi ? Piano à six heures ? ".
Pleines de remarques de ce genre s’élevèrent dans la salle. Trowa examina sa propre feuille et nota les différents cours qu’il aurait le lendemain. Ce jour était une simple préparation de l’année à venir ...
Un mois s’était déjà écoulé depuis son début dans l’enseignement. Il avait eu le temps de faire plus ample connaissance avec les autres professeurs. Mais son caractère solitaire avait repris le dessus et il ne les voyait qu’occasionnellement, souvent au café ou dans les couloirs. Apparemment les étudiants l’avaient de suite adopté. Ils le trouvaient : " Sympathique, cool, gentil ". Et il avait même entendu les mots : " Mignon, super canon, à croquer ". Il tentait de rester éloigné d’eux, mais quand ils étaient en petit groupe pour les séances pratiques, cela était difficile.
Il avait cinq classes en tout. Quatre premières années et une de dernière année. Au début, il avait eu du mal à se faire respecter comme professeur avec ceux-ci, car ils avaient tous plus de trois ans que lui. Mais, heureusement, les deux étudiants qui avaient établi le silence, le premier jour, avait tout de suite mis un ola aux autres. Et depuis, il s’entendait à merveille avec les jeunes gens.
Son emploi du temps consistait à donner une quinzaine d’heures d’histoire de la musique sur un sujet que les étudiants choisissaient eux-mêmes, des cours de solfège qu’il n’appréciait pas trop, mais qu’il se faisait un devoir de rendre amusant, et enfin des cours pratiques où il leur enseignait les bases d’instruments sélectionnés aussi par ses étudiants. Il adorait ces moments passés en groupe de cinq six. En un mois, il avait déjà eu le plaisir de les voir progresser et apprécier la musique.
Aujourd’hui, il devait travailler avec les derniers années avec un groupe de six, qu’il n’avait pas encore eu. Bien entendu, il avait déjà dû les avoir en cour, mais dans une salle de cinquante élèves, il était difficile de bien les distinguer. Il apprenait à mieux les connaître durant les séances Le professeur Hach lui avait indiqué que ces six étudiants étaient des génies dans leur matière, et que Trowa prendrait sans doute beaucoup de plaisir à les écouter. Ces six avaient formé un petit groupe composé de deux flûtes, d’un piano, de deux violons et d’une voix. Il avait vraiment hâte de les entendre jouer.
Il pénétra dans la salle de musique pour apercevoir trois jeunes filles déjà présentes. Il reconnu deux d’entre elle pour les avoir vu au premier rang d’un de ses cours. L’une était aussi blonde que l’autre était brune. Elles devaient avoir environ vingt deux ans. La troisième, installée sur une chaise devant des partitions releva la tête à son entrée. Il reconnu facilement la brune aux yeux en amande qui lui avait posé une question lors de son premier jour. Elle sourit et lui fit un signe de bienvenue.
" Professeur Barton ! Vous êtes là ! ".
Les deux autres filles se jetèrent pratiquement sur lui, montrant leur joie en lui posant des questions.
" On a préparé une nouvelle musique et une chanson ! Vous voulez bien l’écouter ? et nous dire ce que vous en pensez ? ".
" Oh ! Oui ! Ce serait génial que vous nous aidiez à la peaufiner ! Vous êtes tellement doué ! ".
Il ouvrit de grands yeux et leur sourit doucement. Il hocha de la tête puis ôta la main que la blonde avait posée sur son épaule.
" Ce sera avec plaisir, mesdemoiselles ... ".
" Oh ! Mais appelez-moi ... ". s’exclamèrent-elles en même temps.
" Gria ! ".
" Daze ! ".
" Eloignez-vous de lui ! ".
" Laissez le respirer ! ".
Trois garçons venaient d’entrer et décollèrent les filles. Trowa reconnut les deux étudiants qui faisaient la loi dans les classes. Le blond aux yeux bleus s’appelait Meryk et le brun aux yeux marrons Jadys, s’il se souvenait bien. Le troisième était le blond qui lui avait posé une question le premier jour.
" Vous inquiétez pas ! Elles sont toujours comme ça ! ".
" Nous allons tous nous présenter, ce sera plus facile pour vous, après ! ".
" Je suis Meryk, voici Jadys et Karl. La grande blonde, c’est Gria et la petite Daze. Quand à la dernière, c’est Lana ".
Ils s’inclinèrent tous devant lui puis le regardèrent attendant ses ordres.
" Et bien ... Allons y ! Montrez moi ce que vous savez faire ... ".
Ils lui sourirent et s’approchèrent des différents instruments. Daze resta près de lui et lui tendit une partition contenant les notes et le texte. Il y jeta un coup d’œil et sentit son cœur manquer un battement à la lecture des premières paroles.
" Nous avons décidé de rendre un hommage aux pilotes durant la grande guerre. Ceci est un remerciement à ces inconnus qui nous ont sauvé ... ".
Il leva les yeux sur le groupe. Ils étaient tous prêts et un signe de Daze les fit démarrer. Tout d’abord le piano égrena de douces notes sur un rythme assez mélancolique. Ensuite les deux violons accompagnèrent et la voix de Daze s’éleva. Le tout était magnifique, un air à la fois triste et plein d’espoir. Quand la flûte vint parachever le tout, il ferma les yeux et se laissa emporter par la musique ...

 

Chapitre 3

 

Trowa rangea ses notes dans sa valise. Il était fatigué par sa journée, mais heureux. Il ne regrettait plus sa décision d’avoir choisi l’enseignement. Son intégration était totale et il réapprenait à profiter de la vie et, tout simplement, à vivre. Quatre était déjà un souvenir, il s’en était totalement détaché, totalement ...
* Je rentre chez moi, je prends un bon bain et je m’installe devant la télé ... *. Il sourit à cette pensée puis s’apprêta à sortir quand une voix s’éleva :
" Monsieur Barton ? ".
Il se retourna pour croiser le regard bleu de Meryk. Celui-ci lui souriait mais il semblait gêné, se triturant les mains dans tous les sens.
" Oui ? ".
Le voir agir ainsi l’étonna. Depuis qu’il le connaissait, le blond avait toujours paru sûr de lui et toujours à l’aise, mais là, il hésitait :
" Et bien ! Heu ... Avec le groupe et quelques amis, on va fêter l’anniversaire de Lana. Ce ... sera une soirée ‘tranquille’ au karaoké ! Et, heu ... On s’est demandé si vous accepteriez de venir ? ".
Trowa ouvrit de grands yeux devant le regard suppliant de Meryk. Il se sentit heureux de la proposition. Depuis le début, il n’avait pas eu beaucoup de temps pour sortir, se consacrant essentiellement à son travail et aussi parce qu’il n’avait pas trop envie de voir du monde, sa rupture était encore vive ...
Mais il se sentait à même de reprendre du bon temps, comme il le faisait avec Quatre. Il était redevenu trop solitaire et asociale ; sortir avec des ‘jeunes’ de son âge ne pourrait que lui faire du bien. Un problème subsistait : il était leur professeur ...
Meryk dut deviner le cours de ses pensées car il s’exclama :
" Je sais que vous êtes notre prof ! Mais, vous avez aussi le droit de vous amuser ! Allez ! Dites oui ! Lana et les filles seront ravies, si vous êtes là ! Et nous aussi ! ".
Il pesa le pour et le contre et répondit, une lueur d’amusement dans le regard.
" Je ne serais pas trop jeune pour vous ... ? !".
Trowa ouvrit son armoire et fureta parmi ses affaires. Il avait complètement renouvelé sa garde robe depuis son arrivée sur la colonie et s’était débarrassé de tous ses vêtements qui lui rappelait son premier amant.
Plusieurs costumes pour l’enseignement, quelques chemises décontractées, des jeans de couleurs sombres et autres tenues pas très indiquées pour une soirée entre ‘jeunes’ s’étalaient devant ses yeux. Il ne savait que mettre quand son regard s’attarda sur un pantalon marron clair tout simple mais qui le mettait en valeur. Il le sortit puis décida que c’était plutôt bien : pas trop formel, ni trop habillé.
" Le haut maintenant ... ".
Il passa en revue ses chemises et autres et stoppa sur un pull léger vert qui s’harmonisait parfaitement avec ses yeux.
" Ca devrait faire l’affaire ".
Il prit le tout et se dirigea vers sa salle de bain. Il n’avait pas le temps de se prélasser, Meryk avait dit qu’il le prendrait à vingt heures. Il lui restait un quart d’heure pour prendre une douche, ce qui n’était pas du tout un exploit pour lui. Durant la grande guerre , il lui arrivait de se laver en cinq minutes, le manque d’eau, de savon et d’intimité, lui apprenant la rapidité. Il secoua la tête. * Pourquoi est-ce que je repense à tout ça ? Ne l’oublierai-je jamais ? *. Il soupira et laissa l’eau s’écouler sur son corps musclé. Il fit une rapide toilette, se sécha puis enfila sa tenue pour la soirée.
* Je me demande comment ça va se passer ? Il ne faut pas que je fasse de gaffe. Si jamais ils apprenaient qui je suis ... Non, je suis certain qu’ils ne réagiraient pas mal ... Mais moi, je me sentirais mal ... *. Il passa une main dans ses cheveux et les coiffa du mieux qu’il put. Même s’il en avait moins, ils étaient toujours aussi indisciplinés et difficile à coiffer. Il mettait une pointe de spray quand la sonnette teinta. Il rangea rapidement ses accessoires, sortit de la salle de bain et attrapa sa veste sur le canapé. Il ouvrit la porte et se retrouva devant Meryk, Daze et Gria. Tous les trois souriaient de toutes leurs dents et la blonde se jeta sur lui. D’ailleurs, elle en avait pris l’habitude. L’exubérance de la violoniste le faisait secrètement sourire. Il n’était pas habitué aux contacts et préféraient les éviter. Mais avec elle, cela passait, il l’acceptait.
" Je suis tellement contente que vous ayez accepté ! On va passer une super soirée ! ".
" Ouah ! vous êtes complètement différent habillé comme ça ! ".
" Oui ! Ca montre votre véritable âge ! ".
" Et puis ça vous met en valeur ! ".
" Et ... ! ".
" Stop ! Recommencez pas ! Vous aviez promis de le laisser respirer ! ".
Les deux jeunes filles firent un sourire innocent puis Gria lui fit un clin d’œil et le lâcha.
" Ok ! ".
" Bon, vous êtes prêt ? ".
" Je ... Je pense que vous pourriez me tutoyer et m’appeler par mon prénom ... Du moins, le temps de la fête ... ".
Il baissa la tête, gêné devant les trois regards surpris.
" Je ... ".
" Ce sera avec plaisir !En fait, vous ... Tu seras vraiment quelqu’un de ton âge ! ".
" Ca fait drôle ... ".
Meryk sourit puis hocha de la tête. Il se plaça devant lui et tendit la main.
" Je suis ravi de faire ta connaissance Trowa ! Bienvenu dans le groupe ! Je suis sûr que tu vas t’amuser ! ".
Il lui fit un signe d’assentiment puis ferma sa porte. Il était prêt à se confronter aux jeunes ...
Ils commencèrent leur soirée au karaoké comme convenu.
Trowa avait fait la connaissance des autres amis du groupe. Il avait discuté avec plusieurs d’entre eux qui étaient curieux de son expérience. Il avait réussi à rester crédible et Daze et Gria avaient fait en sorte de l’intégrer au groupe. Il se souvenait encore de leur remarque qui avait fait rire tout le monde et l’avait fait rougir.
" On ne touche pas ! C’est propriété exclusive de notre groupe ! ".
" De toute façon, vous êtes tous trop vieux pour lui ! ".
Meryk avait réussi à les calmer et Trowa avait pu à nouveau respirer.
En attendant, il passait une excellente soirée. Lana était adorée par ses amis, et les cadeaux pleuvèrent sur la jeune fille. Il regretta de n’avoir pas eu le temps de lui acheter quelque chose. Il se contentait d’observer la jeune fille et les sourires qu’elles faisaient après l’ouverture d’un de ses présents.
La musique n’arrêta pas non plus, passant des chansons qu’il connaissait plus ou moins. Les jeunes chantaient les uns après les autres, l’humeur générale était à la joie et à la bonne humeur.
Il avait réussi à faire sauter son tour prétextant qu’il ne savait pas chanter, ce qui d’ailleurs était le cas. C’était Duo qui avait une belle voix, pas lui. A la place, il leur avait promis de jouer un morceau avec eux. Et justement, ils avaient décidé de changer de place et de se rendre dans un café réservé pour l’occasion.
Trowa se retrouva devant le piano et une partition que Meryk lui donna en souriant. Le groupe se plaça autour de l’instrument noir, sauf Lana qui pour une fois s’installa avec les autres à l’écoute.
" Trowa ? Quand tu seras prêt, dis le nous ! ".
Il hocha la tête et continua sa lecture des notes écrites. La mélodie commençait tristement mais s’élevait rapidement en un air joyeux et entraînant. Après une relecture rapide, il décida que c’était bon et posa ses doigts sur les touches d’ivoire.
Meryk fit un signe. La voix de Daze s’éleva :
" Nous avons écrit cette chanson pour notre meilleur amie ! En espérant qu’elle te plaira ".
Karl ajouta en riant :
" Et que le pianiste ne se trompera pas ... ".
Trowa posa les yeux sur Karl et lui sourit d’un air de défi. Karl lui rendit son sourire puis ils commencèrent à jouer. Les notes se mélangèrent pour créer une musique douce et envoûtante. Quand on croyait que le piano allait engloutir les autres, les violons reprenaient de l’assurance et les flûtes s’élevaient de plus belle. D’un combat entre les trois instruments, le groupe avait réussi à en faire un mélange harmonieux de sons et de silence. La voix de Daze complétait le tout et, ce qui se créait, ce soir là, était une déclaration à Lana.
En tous cas, à attendre cette mélodie, c’était ce que Trowa pensait. C’était un magnifique cadeau que les amis de la jeune brune lui offraient. D’ailleurs quand la dernière note s’éteignit, il releva les yeux pour apercevoir les larmes de Lana. Celle ci se leva et applaudit à tout rompre en continuant de pleurer.
" Oh ! Lana ! Ne pleure pas ! C’était pas le but ! ".
" Je ... Désolée, c’était si beau ".
Elle leur sourit tendrement puis ils l’entourèrent et elle les embrassa un par un. Trowa n’avait pas bougé, respectant l’intimité qui s’était installé quand la brune s’était approchée.
Ayant terminé ses remerciements, il vit qu’elle venait vers lui.
" Je ... Je voulais te remercier de les avoir suivi ... ".
Il baissa les yeux devant le doux regard.
" De rien ... Ca m’a fait plaisir ... Et ils avaient besoin d’un pianiste ... Je ne pouvais pas refuser ... ".
Il releva les yeux pour s’apercevoir qu’elle était tout près de lui. Elle hésita un instant puis se baissa pour l’embrasser sur la joue. Surpris, il ne bougea pas d’un pouce et quand elle se recula, il se remit à respirer. Un léger bruit s’éleva dans la pièce et il rougit vivement. Ils se fixèrent : amande contre émeraude. Une lueur dans son regard lui serra le cœur. Il sentit quelque chose en lui, comme un mur qui se craquelle. * Mais qu’est-ce que j’ai ? Elle ... *. L’instant disparut rapidement comme Meryk s’approcha d’eux.
" Hey ! Si tu nous jouais quelque chose ! ".
Lana sourit puis fixa à nouveau Trowa. Il se leva rapidement et lui fit un geste pour qu’elle s’assoit. Il retourna parmi les autres, écouta un moment les mélodies du piano puis décida de prendre l’air. Il en avait besoin ...
* Qu’est-ce qui m’est arrivé ? Je n’arrive pas à comprendre ... Je n’avais jamais ressenti ça. Ou du moins, pas avec une telle intensité *. Il se prit la tête dans les mains puis soupira doucement. Il leva les yeux puis admira le ciel sans étoiles de la colonie ...
" Je me suis toujours demandée pourquoi on ne voyait jamais les étoiles ... ".
Trowa ne détourna pas les yeux et répondit simplement.
" Parce que nous vivons au milieu d’elles ... ".
" Hum ... C’est triste, Je n’en n’ai jamais vu que dans les livres ou à la télé ... ".
Il la sentit s’asseoir près de lui.
" Tu n’as jamais été dans l’espace ? ".
" Non ... Je n’ai jamais eu l’occasion de quitter ma colonie ... Et toi ? As-tu déjà vu les étoiles ? ".
C’était un terrain glissant. il réfléchit quelques instants avant de donner sa réponse :
" Oui ... ".
Il baissa les yeux et la regarda. Elle souriait tendrement. Leurs yeux se croisèrent pour la deuxième fois et restèrent ancrés.
" Dis-moi ... As-tu un rêve ? ".
Il fit un signe de surprise puis hocha la tête.
" Je ... Je n’y ai jamais songé ... ".
L’étonnement se peignit sur le visage de la brune.
" Vraiment ? Tu dois bien désirer quelque chose, non ? ".
Ce qu’il rêvait ? Il avait toujours vécu au jour le jour, se contentant de survivre. Il n’avait jamais eu le temps de rêver, ni même de désirer ... Avec Quatre, il avait aperçu une finalité qui s’était somme toute prouvée fausse. Et depuis, il n’avait jamais repensé au futur. Non, il n’avait aucun rêve ...
Il détourna la question.
" Et toi ? Quel est ton rêve ? ".
Elle sourit à nouveau et se leva, pointant un doigt vers l’espace.
" Allez là haut ! ".
Il redressa la tête vers le ciel puis l’observa tandis qu’elle parlait.
" En fait j’ai deux rêves. Le premier est commun à beaucoup de monde, j’ai envie d’avoir un mari, des enfants et une maison ".
elle se mit à rire.
" C’est banal, non ? ".
Il nia aussitôt.
" Pas du tout ! Je crois qu’avoir une famille est quelque chose d’important ... ".
Il pouvait facilement comprendre ce désir, lui n’en n’avait jamais eu. Si ce n’est une apparente avec Quatre ou Catherine ...
Lana le fixa un instant sans mot dire. * Mince, j’ai peut-être été trop impulsif ... *.
" Et le deuxième ? ".
" Les rencontrer ... ".
Il fronça les sourcils ne voyant pas qui pouvaient être ce 'les'.
" Les ? ".
Elle acquiesça.
" Ceux qui nous ont sauvé ... Les pilotes de Gundam ... ".
Il réprima sa stupeur en détournant la tête. Il fixa un point devant lui. Il connaissait la passion de la jeune fille vis à vis des pilotes de Gundam. Il avait compris que cette colonie avait été une cible dans le passé et qu’ils avaient réussi à la sauver. Depuis, elle rêvait de pouvoir les remercier. La dernière chanson qu’elle avait composé en faisait partie. Elle voulait que le groupe aille au prochain congrès sur la paix qui se tenait, exceptionnellement, chez eux cette année. Elle lui avait même demandé de les accompagner en tant que professeur. Trowa hésitait, il avait peur de rencontrer d’anciennes connaissances qui pourraient révéler sa véritable identité.
" Tu es vraiment incroyable ... Que ferais-tu si jamais tu les rencontrais ? ".
Elle sourit puis se mit à rire.
" Je les remercierai ... Simplement ... ".
" Hum ... ".
Il sentit son humeur diminuer, la nostalgie s’installa en lui. * Remercier ... ?*. Oh ! Ils l’avaient été. Mais qu’était tous ces remerciements quand on a derrière soi tant de morts et de sang ? Trowa avait failli éclater de rire le jour où Réléna avait fait cette annonce publique, les rendant héros de guerre et tout ce qui va avec. Lui se souvenait encore de tous ces soldats et civils morts à cause de la folie d’un seul homme. En fait le seul fait qui l’avait réellement conforté, était le jour où les Gundams avaient été détruits. Ainsi, il savait que plus jamais il ne tuerait au nom de la paix et des colonies. Même s’il se disait qu’un Gundam, ça se reconstruisait ... Il ne voulait pas y penser ...
Lana dut s’apercevoir de son changement intérieur car elle se plaça devant lui et lui prit la main.
" Trowa ? Que se passe-t-il ? J’ai dit quelque chose de mal ? ".
" Non ! Bien sûr que non ! ... C’est beau d’avoir un rêve ... ".
Elle approcha son visage du sien. Il pouvait sentir quelque chose dans l’air comme des étincelles qui virevoltaient entre eux.
" Pourquoi ai-je l’impression que tu es très loin de moi ? Tu sembles parti ... ".
" Je ... ".
" Tu sais ... Je devine que tu nous caches quelque chose ... Et je suis certaine que si tu parlais à quelqu’un cela te ferait du bien ... Je ne dis pas ça pour t’obliger à le faire ! Mais sache que je suis là ! Je t’écouterai ... ".
Trowa sentait son cœur battre à une vitesse folle. La jeune fille hésita puis se pencha vers lui. Elle déposa ses lèvres sur les siennes ... Il ne réagit pas, trop surpris pour raisonner. Il ferma les yeux. Une mèche brune caressait sa joue et il pouvait sentir son doux parfum. C’était doux, bien plus doux que les baisers possessifs de Quatre. Il bougea enfin, enlaçant Lana de ses bras, la rapprochant de lui et faisant jouer aussi ses lèvres. Lana se fit pas prier, elle mit ses mains autour de son cou en accentuant leur échange. Ils se séparèrent essoufflés et se regardèrent fixement. Trowa était encore éberlué parce qui venait de se passer entre eux. * Je ... qu’est ce qui m’arrive ? *. Tout à coup, la peur l’envahit, il ne voulait pas souffrir à nouveau, comme avec Quatre. Il ne fallait pas qu’il retombe dans ce piège stupide, pas encore. Il se leva rapidement et sans la regarder se mit à courir dans la rue.
" Trowa ! ".
Lana ne se laissa pas faire, elle se mit à le suivre tout en l’appelant.
" Trowa ! Je t’en prie ! attend ! S’il te plaît ! ".
Il la distança facilement après tout il était entraîné à courir, et ce depuis tout petit, pour échapper à ses ennemis, aux bombes et à d’autres cauchemars ...
Il jeta un coup d’œil derrière lui et ne la vit pas. Il ralentit son allure puis examina les environs. Il se trouvait dans un quartier peu fréquenté assez loin de chez lui. Il soupira puis se dirigea vers son appartement quand un cri le fit se retourner. Il sentit la panique l’envahir et se précipita vers le lieu où il pensait avoir entendu le bruit.
Six hommes bien costauds entouraient Lana. Ils devaient faire parti d’une bande quelconque car il aperçut des motos sur le côté de la ruelle. Il soupira puis éleva la voix.
" Je peux peut-être vous aider ? ".
Les hommes se tournèrent vers lui en une seule fois. Un sourire sournois naquit sur les lèvres du plus grand.
" Pourquoi pas ... T’as l’air aussi appétissant que la fille ".
Il vit Lana ouvrir de grands yeux apeurés et se reculer encore plus contre le mur.
" Hn ... ".
L’homme était aussi grand que lui dans les un mètre quatre vingt, il devait par contre peser trente kilos de plus. Il jugea leurs forces puis lui fit un rictus à la Shinigami.
" Si j’étais toi, je ne m’approcherai pas ... ".
Celui qui devait être le chef stoppa puis éclata de rire, vite suivi par tous les autres.
" Tu crois que tu peux m’arrêter ? ".
Trowa ne lui répondit pas. Il vit qu’un des sbires s’approchait de Lana.
" Ne la touche pas ! ".
Le chef se tourna vers son gars et lui fit signe de venir vers lui.
" Tu m’as l’air vraiment sûr de toi ... Voyons voir ! Geger, occupe t’en ! ".
Un homme plus petit que lui mais aussi gros qu’un bœuf s’avança agressivement vers lui. Il jeta un coup d’œil vers Lana. Elle s’était laissée tomber par terre et regardait la scène apparemment terrorisée. Il se concentra ensuite sur le combat. Il y avait longtemps qu’il ne s’était battu et l’adrénaline le submergea. Il fit un signe à l’homme de venir puis se laissa emporter par des années de pratique ...
Trowa ouvrit un œil, se demandant vaguement où il était. Il reconnut son salon puis se remémora la soirée de la veille. Il se leva rapidement, puis silencieusement pénétra dans sa chambre. Lana dormait étendue sur le lit, emmitouflée dans le duvet. Un léger sourire éclairait son visage et elle respirait paisiblement. Il l’observa un instant puis décida de préparer le petit déjeuner.
Après s’être débarrassé des voyous, elle l’avait regardé avec stupeur puis s’était évanouie. Ne sachant que faire, et ne se souvenant plus où était le café, il l’avait ramené chez lui. Il avait ensuite appelé Meryk et lui avait raconté la scène, omettant les détails. Celui-ci lui avait demandé de garder la jeune fille jusqu’au matin où il viendrait la chercher.
Ils n’avaient pas parlé et il se demandait encore comment il pourrait lui expliquer son exploit de la nuit.
Il fit passer le café et sortit un plateau sur lequel il posa un bol. Il ignorait ce que la jeune fille prenait mais il paria sur le liquide amer. Il fit quelques toasts puis prit de la confiture. Il sortit encore un verre d’orange et un petit croissant. * Bon, avec ça, elle devrait reprendre des forces *. Il sourit puis avala un morceau de croissant, but une tasse de lait puis décida qu’il était l’heure de la lever. Il s’empara du plateau puis entra doucement dans la pièce. Lana dormait toujours. Il eut une drôle d’impression, cela lui rappelait les matins qu’il partageait avec Quatre. Son amant était un gros dormeur et Trowa lui emmenait souvent son déjeuner au lit. Il posa le plateau sur le lit puis regarda à nouveau la brune. * Comment vais-je lui expliquer ? Si je lui dis que je suis ceinture noire de karaté, elle va peut-être me croire ... *. Il réfléchissait quand il sentit un regard sur lui. Elle s’était réveillée et le fixait. Elle fit un petit sourire puis montra le plateau.
" C’est pour moi ? ".
Il acquiesça.
" C’est gentil ... ".
elle s’assit dans le lit et il approcha le plateau.
" Mais et toi ? ".
" J’ai déjà mangé ... ".
" Hum ... ".
Elle mangea en silence puis ayant terminé, il reprit le plateau et se leva pour le ranger.
" La salle de bain et par là ! Tes affaires y sont ... ".
Elle acquiesça puis sortit du lit. Elle s’aperçut qu’elle portait encore sa chemise large, mais son pantalon avait disparut. Elle le regarda en fronçant les sourcils.
" Je me suis permis de te l’enlever pour que tu sois plus à l’aise ".
Elle sourit face à la gêne dans sa voix.
" Merci ... ".
Trowa s’assit sur le canapé puis attendit que Lana vienne le rejoindre. Elle ne lui avait pas encore posé de questions mais cela ne serait tarder. Il entendit la porte s’ouvrir puis la sentit derrière lui.
" Trowa ... ".
Il tourna la tête vers elle.
" Comment ... Comment as-tu fait ? ".
Il soupira puis regarda devant lui.
" Je suis ceinture noire de kara ... ".
" Trowa ! Je veux la vérité ! ".
Elle s’avança et se plaça en face de lui, les mains sur les hanches et l’air sérieux. Il se crispa et sans la regarder chuchota sans grande conviction :
" C’est la vérité ... ".
Elle s’accroupit puis posa ses mains sur ses genoux. Il frissonna sous le contact.
" Jadys en fait et ce que tu as fait hier, ce n’en était pas ... Trowa ... Pourquoi restes-tu si secret ? Nous ne sommes pas amis ? ".
* Amis ? *. Ils se fixèrent et il se leva brusquement.
" Ami ? Nous ne nous connaissons même pas ! Pourquoi irais-je te raconter ma vie ! Tu n’en a rien à faire ! Ce n’est que de ... de ... ".
Il s’approcha de la fenêtre et se tut, la tête sur le verre glacé. Il la sentit s’approcher de lui et poser sa tête sur son dos. Un frisson lui échappa quand la douce voix s’éleva.
" Je suis simplement inquiète. Je ... Je t’aime beaucoup et je voulais t’aider ... Je veux comprendre ce qui te fait peur ... ".
* Elle m’aime ? Mais ... *.
" On ne se connaît pas ... ". Répéta-t-il.
" On peut apprendre à se connaître. Et j’en ai très envi ... Laisse moi entrer ... ".
Il se mordit les lèvres. La dernière fois où il avait laissé quelqu’un pénétrer son univers s’était terminée mal, très mal. Devait-il retenter ? Avec elle ? Il devinait au fond de lui qu’il appréciait la jeune fille. Lors de leur séance pratique, il aimait sa spontanéité et son intelligence. Elle ne le laissait pas de marbre.
Prenant sur lui, il se tourna vers elle et la prit dans ses bras. Elle l’enlaça aussitôt. Et ils se serrèrent l’un contre l’autre, sans rien dire. Trowa approcha ses lèvres tremblantes de celles de la brune. Il les posa délicatement et ils partagèrent à nouveau un moment plaisant et fort.
C’est la sonnette qui les sépara. Ils se fixèrent, reprenant leur respiration, une légère rougeur s’étalant sur leurs joues. Trowa rompit le premier le silence quand la sonnette retint.
" J’y vais ".
Lana acquiesça et lui caressa légèrement la pommette.
" Je ne te mens pas ... Je t’aime vraiment ... ".
Il ne lui répondit pas, se contentant d’un micro sourire.
" Arrête de le dévorer des yeux comme ça ! Et ferme la bouche, tu vas avaler une mouche ! ".
" Laisse moi tranquille, Meryk ! ".
" Allez ! Avoue ! Vous êtes embrassés ? ".
" Mais ! ".
" Quand je suis arrivé hier, tu étais toute rouge ! ".
" Ca suffit ! Tu me fais manquer le cours ! ".
Meryk rit doucement puis la laissa tranquille. Lana ne savait pas trop pourquoi elle avait agi ainsi la veille. Elle savait qu’elle tombait amoureuse petit à petit de son jeune professeur et cela depuis le départ. Mais elle n’aurait jamais cru qu’elle puisse lui dire aussi librement. Elle avait réellement envi de le découvrir. Elle sentait un homme tourmenté et peut-être même malheureux. Elle avait surpris des regards si tristes venant de lui. * Mais comment cela peut-il être possible ? Il est si jeune ... *. Elle ne vit même pas la fin du cours.
" Hé ! C’est fini la belle ! ".
Elle rangea rapidement ses affaires et traînassa, attendant que l’amphi se vide. Elle descendit lentement les marches ses yeux ne quittant pas Trowa une seconde. Il discutait avec des étudiantes. Elle sentit son cœur se serrer quand elle s’aperçut qu’une des filles se collait à lui. * Mon dieu ! Je suis déjà jalouse alors que l’on n’est même pas encore ensemble ... *. Elle avait de quoi. Il était tellement séduisant, ses yeux verts, ses cheveux courts, son corps mince et musclé, sa force, son intelligence ... Bref, il était parfait. * Ca ne devrait pas exister quelqu’un d’aussi parfait ! *. Elle sourit puis descendit les dernières marches quatre à quatre comme les filles partaient. Il classait ses notes et il leva la tête à son arrivée près de lui.
" Bonjour ... ".
Il lui fit un signe de tête mais elle aperçut une lueur de tendresse dans ses yeux.
" J’ai la partition que vous m’aviez demandé Mademoiselle Herst ... ".
Elle haussa les sourcils , ne voyant pas de quoi il parlait. Il lui tendit un petit cahier et elle comprit aussitôt.
" Je vous remercie monsieur Barton ".
Il lui caressa doucement la main sous couvert du cahier et un sourire éclaira ses lèvres. Elle lui fit un petit clin d’œil puis un signe de la main.
" Et bien à demain professeur ! ".
" Mademoiselle ".
Trowa rentra chez lui, comme d’habitude, après ses cours. Il prit une douche rapide et s’habilla de façon décontractée. Après avoir réfléchi toute la journée de la veille, il avait décidé de révéler son passé à Lana. S’il voulait aller plus loin avec elle, il fallait qu’ils se fassent mutuellement confiance. C’est cette confiance qui avait manqué à sa précédente aventure. Non pas que lui et Quatre se cachaient des choses, mais ils ne se parlaient pas assez. Et il savait que c’était de sa faute ... Il ne voulait pas faire la même erreur. Pas encore.
Il s’approcha de sa cuisinière et décida de préparer une de ses spécialités. Il lui avait demandé de venir après ses cours et il savait qu’elle terminait tard. Tout en s’activant dans ses mélanges, il réfléchissait au meilleur moyen de lui annoncer la vérité ...

 

Chapitre 4

 

Trowa sourit devant la réaction innatendue de l’enfant. Elle fixa encore un instant la boule de poil puis approcha une main hésitante.
" Vas-y ! N’ai pas peur ! C’est un bébé, il ne va pas te faire de mal ! ".
Well le regarda un instant puis hocha de la tête, elle s’approcha du chiot puis le prit doucement dans ses bras. Elle poussa un petit cri et se mit à rire quand la bête lui lêcha le visage. Trowa fixa le tableau en prenant une photo. Cela faisait déjà quatre ans que Weel était entrée dans sa vie. Vive et intelligente la petite grandissait doucement. Il l’adorait, il n’aurait jamais cru qu’il avait cette assurance en lui, mais Lana lui avait démontré le contraire : il pouvait très bien s’occuper d’un enfant.
Peu après qu’il lui est tout dévoilé de son passé, elle avait continué à vouloir se rapprocher de lui, il l’avait laissé faire et ils avaient fini par se marier. Et maintenant ils vivaient tous les trois dans un petit appartement près de la fac. Il continuait à donner des cours et Lana donnait des concerts avec son groupe qui marchait très bien.
Il continua à mitrailler sa fille quand deux bras vinrent l’enlacer.
" Tu vas finir par t’user les doigts à force de la prendre en photo ! ".
Il sourit puis se laissa aller en arrière contre elle.
" C’est parce qu’elle est trop parfaite ! ".
" Elle est comme son père ! ".
Trowa tourna la tête et ils s’embrassèrent avec douceur. Il n’y avait jamais eu de violence entre eux, ils s’entendaient à merveille, se confiant l’un à l’autre. Il lui avait parlé de Quatre et elle s’était contentée de le traiter d’idiot puis elle avait souri et dit qu’elle lui en était reconnaissante sinon elle ne l’aurait jamais rencontré.
Vivre l’un près de l’autre avait été une épreuve au début, Trowa se sentant toujours mal à l’aise face à elle, mais ils étaient parvenus à créer un foyer stable et uni.
" Comment vas-tu l’appeler ? ".
" Ini ! ".
Trowa se releva et tout en tenant Lana contre lui posa une main sur la tête de sa fille.
" Bon anniversaire ma chérie ! ".
" Je crois que c’était une bonne idée de lui acheter ce chiot, mais je ne crois pas que ce soit bien qu’il dorme avec elle ... ".
Trowa se tourna vers Lana puis lui sourit.
"Je ne vois pas où est le problème ".
" Hum ... ".
Elle s’approcha de lui avec coquinerie.
" Dis-moi ? ".
Il opina et la serra contre lui. Il frissonna quand elle lui murmura :
" Et si, nous en avions un deuxième ? ... ".
Trowa se détacha d’elle et la regarda avec stupeur. Elle le fixait avec attention, guettant sa réaction.
" Un deu ... xième ? ".
Elle hocha de la tête et se rapprocha encore plus près de lui. Elle murmura :
" Je t’aime ... ".
Lana l’embrassa. Un baiser tel qu’il les aimait, doux, passionné.
Il réféchissait à cette demande. Elle avait tellement insisté pour avoir Weel qu’il savait que s’il refusait elle se contenterait de la petite fille. Que devait-il faire ? Un autre enfant ? Après tout, pourquoi pas ?
En répondant à son baiser, il lui fit comprendre qu’il avait fait son choix.
" Lana ... C’est dangereux, vous savez ... Vous devez prendre cette décision avec votre mari ! ".
Lana hocha de la tête puis remercia le docteur. Elle posa ses mains sur son ventre puis soupira. Elle ne voulait pas en parler à Trowa, elle savait très bien ce qu’il dirait mais elle ne voulait pas le perdre, elle voulait aller jusqu’au bout. Elle fit la queue pour ses médicaments puis décida d’aller attendre son mari à la fac. Weel avait un cours de musique et finissait tard.
Lana sortit de la clinique puis décida qu’elle ne lui dirait rien. Peut-être que tout se passerait bien ... Oui ... Tout irait bien ...
" Que fais-tu ? ".
" Oh ! C’est un petit guide pour toi ... ".
Trowa fronça les sourcils puis se pencha sur l’épaule de Lana, curieux. Elle secoua la tête puis ferma le cahier.
" Non ! Pas maintenant, tu le liras plus tard ! ".
" C’est un guide pourquoi ? ".
" Comment élever des filles ! ".
Trowa ouvrit de grands yeux puis fixa un instant le ventre déjà bien rond de son épouse.
" Mais alors ! C’est une fille ! Pourquoi tu ne me l’avais pas dit ! ".
Elle se mit à rire puis se leva pour l’enlacer.
" Je l’ai su ce matin ".
Il la serra doucement puis l’embrassa.
" Je suis si content ... Tu as décidé pour un prénom ? ".
Elle se tourna pour prendre un papier puis le lui tendit.
" A toi de choisir maintenant ! ".
Il prit la liste puis la parcourut lentement. *Ters ... Quel drôle de nom ... *.
" Je ... Je suis désolé ... ".
Trowa fixa un instant avec stupeur le médecin. Il sentit son monde s’écrouler, pour la deuxième fois de sa vie. Il respira fortement puis se laissa aller en arrière. Sa belle mère s’approcha rapidement de lui et le soutint jusqu’à un siège. Les larmes lui montèrent aux yeux et il se mit à pleurer sans bruit. Elle était morte et elle le savait. Elle ne lui avait rien dit. Mais pourquoi ? Pourquoi ?
" POURQUOI ? ".
" Elle savait que si elle t’en parlait, tu lui demanderais d’abandonner le bébé et elle ne voulait pas que tu ais ce choix à faire ... ".
Trowa fixa la brune puis secoua la tête.
" Et maintenant ? Que vais-je devenir ? Je ... Je ne pourrai jamais m’occuper de Weel tout seul ... ".
" Nous serons là Trowa, nous t’aiderons ... ".
Il regarda à nouveau sa belle mère et vit des larmes innonder son beau visage. Il se leva puis la serra contre lui avec force.
" Que vais-je lui dire ? Comment vais-je lui faire comprendre que sa maman ne reviendra plus ? ".
Il la lâcha puis baissa la tête. *Ce n’est pas possible. Je ne peux pas le croire, Lana ... *. Il secoua la tête.
Une infirmière s’approcha doucement de lui. Il la regarda puis s’aperçut qu’elle tenait un bébé.
" Monsieur Barton ? Je sais que c’est un moment pénible pour vous, mais ... Elle va avoir besoin de son papa ... ".
Il ne dit rien. Après un instant, il réalisa que c’était à lui qu’elle s’adressait. *Mais alors ... Elle a survécu ... *. Il avança ses mains tremblantes. L’infirmière y déposa délicatement son petit fardeau et Trowa rencontra le regard bleuté de sa deuxième fille. Elle bailla puis se pelotenna un peu mieux contre son papa. Il la serra alors dans ses bras et déposa un premier baiser sur son front encore humide du bain qu’elle venait de prendre. Il chuchota alors tendrement tout en la berçant :
" Bienvenue parmi nous, Ters ... ".
Les parents de Lana regardèrent attendris la scène. Il savait leur gendre attentionné et doux avec les enfants.
" Tu vois ... Qu’est-ce que je t’avais dis ? ".
" Tu avais raison et Lana aussi. Trowa n’en voudra jamais à la petite ... ".
" Bien ! Tout le monde est prêt ? ".
Deux têtes opinèrent vigoureusement et Trowa sourit devant le tableau. Weel avait un sac à dos remplis à ras bord au cas où elle n’aurait pas assez d’affaire et Ters n’avait, quant à elle, que son nounours préféré qu’elle tenait avec vigueur. Ses deux filles avaient accepté avec joie cette escapade sur Terre, même s’il avait senti un léger doute chez son ainée. Mais la Terre était un endroit qui attirait même la plus difficile des personnes et la petite ne faisait pas exception. Il avait donc organisé la sortie. Ils resteraient une semaine complète dans une résidence que Duo avait louée pour l’occasion dans le sud des Nations Unies. Heureusement, ces jours tombaient durant les vacances scolaires et il pourrait donc en profiter un maximum et ne pas s’en faire. Il avait décidé de se reposer un peu. Depuis cinq ans qu’il s’occupait de ses filles, il n’avait pas pris un seul jour de repos et il savait qu’il en avait besoin. Mais, il se demandait si ce serait réellement du repos ...
" Voici, Kazumi et Keiko ".
Les quatre filles se fixèrent un instant puis les jumelles s’approchèrent de Ters et commençèrent à la dorloter. Trowa les regarda un instant puis rejoint son siège. Ils leur faudraient cinq heures pour atteindre le spatioport de L5 puis ils prendraient une navette pour la Terre.
" Tu n’as pas changé Trowa ".
" Toi non plus Sally, à part ce jolie ventre bien rond ".
La jeune femme rougit légèrement puis passa délicatement ses mains sur ses courbes.
" Je le voulais depuis un long moment mais Wu Fei voulait attendre que les filles soient plus âgées. Et voila ! ".
" Sais-tu si c’est un garçon ou une fille ".
Elle secoua la tête.
" Pas encore ".
" Ce sera une nouvelle fille ! ".
" Mais non ! Ce sera un garçon ! ".
Trowa éclata de rire devant les regards sévères que se lançèrent les deux époux. Il savait très bien qu’ils s’aimaient tendrement et les voir s’amuser ainsi lui fit penser à Lana. Il ferma les yeux. Son rire et son sourire lui manquaient cruellement, mais ils les retrouvaient dans ceux de ses filles.
Il n’avait pas craqué, il avait tenu le choc, mais il ressentait tout de même un vide que les deux enfants ne parvenaient pas à combler. Peut-être devrait-il songer à leur trouver une deuxième maman ? Elles en auraient sans doute envie, et surtout besoin. Même avec le ‘manuel de survie du père’ que Lana lui avait écrit, il lui arrivait d’être perdu et de ne pas savoir comment réagir, comme le jour où Weel avait eu ses premières douleurs. Ce genre de chose que seule une mère peut expliquer à sa fille. Il retint un soupir, cela faisait longtemps qu’il n’avait songé à elle.
Il sentit qu’on le secouait.
" Trowa ? Tout va bien ?".
" Oh ! Oui ! Désolé, je réfléchissais ... ".
Il fit un léger sourire puis retourna la tête vers les enfants, celles ci étaient en grande discution sur un sujet apparemment très important vu leurs têtes hyper sérieuses. Il secoua la tête puis décida de dormir un peu.
Weel fixa le paysage avec joie. Ils étaient arrivés sur la Terre depuis plusieurs heures déjà et elle ne perdait pas une miette du voyage en voiture. Ters reposait sur leur père, épuisée par leurs jeux.
" Alors ? Quelle est ta première impression ? ".
Elle se tourna vers son père puis lui fit un grand sourire.
" C’est magnifique !Encore plus beau que tout ce que je pensais ! ".
Son père lui rendit son sourire.
" Je suis content que cela te plaise ! ".
Elle hocha de la tête puis décida de lui poser quelques questions sur ces trois amis qu’elle n’avait pas encore rencontré.
" Hum ... Keiko m’a dit que Duo est pas gentil avec les enfants ... ".
Elle fronça les sourcils quand elle vit son père éclater de rire. Ters bougea légèrement et il se calma. *Apparemment, elle m’a dit ça pour me faire peur *.
" Je ne crois pas ... Je suis certain que tu l’adoreras, comme toutes les personnes qui sont proches de lui ! ".
Elle le fixa un instant puis décida de lui poser la vraie question qui la turlupinait :
" Est-ce que c’est vrai qu’il vit avec un autre homme ? ".
Elle vit son père se crisper et se demanda pourquoi. Il sembla réfléchir quelques instants puis lui demanda :
" Et si c’est le cas ? Qu’en penses-tu ? ".
Weel le fixa puis répondit :
" Cela ne me gêne pas ! On a eu un cour d’histoire où la maîtresse nous a expliqué qu’avant c’était interdit ! Et très mal vu ! Mais quand deux personnes s’aiment, je vois pas pourquoi elles auraient pas le droit ! Que ce soit deux hommes ne changent rien ! Et puis j’ai compris que l’amour ca se commande pas ! ".
Elle lui sourit et fut soulagée de le voir se détendre. Apparemment elle avait donné la bonne réponse.
" Duo vit en effet avec Heero. Ils sont ensembles depuis plus de quinze ans maintenant. Et je crois que leur amour est très profond. Heero est quelqu’un qui a beaucoup souffert durant son enfance, et je suis content qu’il est trouvé son équilibre ".
Elle pencha la tête de côté. *Hum ... Il a souffert ? Je me demande de quoi ... *. Elle allait poser la dernière question qui la tracassait quand la voiture s’arrêta. *Mince ! Moi qui voulait lui demander qui était ce Quatre ... *. Son père lui fit signe de descendre, ce qu’elle fit immédiatement. Elle fixa la bâtisse qui s’élevait devant elle avec émerveillement.
Trowa se sentit mal quand sa fille lui posa sa deuxième question. Il aurait dû lui en parler, mais il avait complètement oublié ce détail. Il ignorait comment la petite allait prendre la chose. Ils n’avaient jamais abordé ce sujet. Il fut content de la réaction de Weel quand elle donna son avis. Sa fille avait l’esprit ouvert et ne voyait rien de mal à çà. *Heureusement pour moi ... Mais je ne préfère pas qu’elle sache que j’ai moi aussi eu une aventure avec un homme et pour cela je dois rester loin de Quatre*. Il se demanda comment allait se passer cette semaine, revoir son premier amour n’allait pas être facile et si ce n’avait été pour ses filles, jamais il ne serait venu ici.
Il sortit de la voiture à la suite de Weel, Ters toujours pelotonnée dans les bras. La maison semblait spacieuse de l’extérieur, deux étages et apparemment un grand jardin. Elle se trouvait dans une petite ville à l’ouest de la capitale.
" Bon ! Apparemment c’est ici ! Je vais aller sonner ".
Wu Fei s’approcha de la porte quand celle ci s’ouvrit à grande volée et qu’un cri s’éleva.
" Wuffie ! ".
" C’est Wu Fei ! ".
Weel s’approcha instinctivement de Trowa devant la scène. Elle leva des yeux interrogateurs vers lui. Il lui sourit puis murmura :
" Voici Duo ... ".
Duo était maintenant suspendu au cou de Wu Fei et l’étreignait fortement.
Il n’avait pas trop changé. Ses longs cheveux étaient toujours présents bien qu’ils ne soient plus tressés. Il était habillé d’un short bleu et d’un tee short assorti. Il semblait en parfaite forme et Trowa en fut ravi.
Les jumelles s’approchèrent à leur tour avec leur mère.
" Oncle Duo ! On est contente de te revoir ! ".
Duo se mit à leur hauteur puis les serra à leur tour contre lui en les embrassant sur les joues.
" Moi aussi ! Comme vous avez grandi !Vous êtes de vraies demoiselles maintenant ! ".
Il continua un moment à discuter avec elles puis se releva pour fixer Trowa.
Ils n’avaient jamais été trop proches tous les deux, mais ils s’entendaient tout de même. Duo hésita puis s’avança vers lui.
" Trowa ... ".
Il hocha de la tête puis Duo sourit et l’enlaça délicatement pour ne pas réveiller Ters. Il le lâcha mais resta près de lui à admirer la petite.
" Elle est vraiment mignonne !Quel âge a-t-elle ? ".
" Elle va avoir cinq ans ... ".
Duo agrandit son sourire puis tourna son attention vers Weel qui s’était cachée derrière son père.
" Et toi, tu es Weel ! Approche que je te vois mieux !".
Weel lui jeta un coup d’œil puis avança doucement vers lui.
" Tu es aussi très jolie ! Une autre demoiselle ! Cela va nous changer des garçons ! ".
Il s’accroupit à sa hauteur puis déclara :
" Tu as de la chance ! ".
Weel fronça les sourcils, une lueur interrogatrice dans son regard vert. Duo se pencha vers elle et lui chuchota quelque chose que Trowa ne put entendre. En tous les cas, ce qu’il lui dit dû faire plaisir à la petite car elle rougit puis se réfugia à nouveau derrière lui. Duo se leva en souriant puis dit :
" Venez ! Je vais vous faire visiter !Ah oui ! Heero et les garçons sont partis faire des courses !Ils devraient pas tarder à rentrer ! ".
Wu Fei avait expliquer à Trowa que les deux amants avaient adopté deux garçons il y avait sept ans de cela. Les deux petits, frères, s’étaient retrouvés orphelins à la suite d’un accident de voiture. Trowa avait hâte de les rencontrer et de revoir aussi Heero. Il n’osa pas poser la question de savoir si Quatre était là ...
" Quatre n’arrivera pas avant après demain, il avait des réunions importantes qu’il ne pouvait pas rater ".
Trowa sentit son corps se détendre à cette nouvelle. Il craignait réellement cette rencontre, et le fait d’avoir une journée supplémentaire lui permettrait de se préparer. *Mais pourquoi suis-je si nerveux ? Je ne l’aime plus ... Je n’ai pas besoin de lui. Je ne dois surtout pas retomber dans ses bras. Et puis ça se trouve je me fais du mouron pour rien, il m’aura sans doute lui aussi rayé de son existence *. Il sentit le regard de Heero sur lui. Ils se fixèrent un instant puis le brun lui fit un léger signe de tête. Après sa rupture, le soldat parfait l’avait conseillé et pour cela Trowa lui en était reconnaissant. Il lui fit à son tour un geste rassurant puis prit un deuxième morceau du gâteau.
Il avait rencontré un peu plus tôt Darien et Seto. Les deux garçons étaient âgés de treize et huit ans, et se plaisaient énormément avec leurs deux papas. Seto avait tout de suite adopté Ters et la petite l’adorait déjà. Darien, lui, restait plus discret mais il parlait facilement avec les jumelles. Non, le seul problème se trouvait à côté de lui. Weel restait toute seule et refusait de se joindre aux autres. Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi. D’habitude, sa fille était d’une nature joyeuse et sociable, mais là elle semblait mal à l’aise et craintive. Même Duo n’était pas parvenu à la faire rire. Il allait lui parler quand Darien s’approcha de sa fille.
" Ters m’a dit que tu aimais la lecture ? ".
Weel hocha la tête sans rien dire. Darien lui sourit puis dit :
" Si tu veux je peux te montrer la bibliothèque. Il y a plein de romans qui sont accessibles à notre âge. Enfin, si ça t’intéresse ".
Weel hésita puis sourit en se levant. Elle avait toujours eu un faible pour les livres, une passion qu’elle tenait de lui. Il faillit soupirer de contentement en voyant la fillette disparaître à la suite du garçon. Duo prit la place laissée libre.
" Elle n’est pas bavarde ... Elle doit tenir de quelqu’un que je connais ! ".
Trowa lui fit un regard étonné, l’air de dire ‘vraiment ? De qui ?’, puis déclara avec sérieux.
" Je pense qu’elle est intimidée ... Beaucoup de nouvelles personnes en peu de temps ".
" Je vois ! ".
Duo tourna la tête vers les autres enfants qui se trouvaient devant la console de jeu.
" En tout cas ton autre bambin s’amuse comme une folle ! ".
Trowa éclata de rire. Ters tapait sur les touches avec fermeté, même si elle était la plus petite, elle ferait tout pour que son chocobo gagne la course.
" Alors ? Comment trouvez-vous mes amis ? ".
Weel se laissa border par son père puis dit doucement :
" Ils sont très gentils ... Duo est un vrai farceur mais il a aussi l’air très sérieux par moment, ca fait bizarre ... ".
Son père lui caressa les cheveux :
" Tu peux compter sur lui, même s’il fait le fou, c’est quelqu’un d’attentionné et de bon ... ".
" OUI ! Je l’adore ".
Il se tourna vers Ters dans le lit d’à côté et lui sourit.
" Et Heero ? ".
Weel baissa les yeux et rougit doucement.
" Il ... est incroyable ... J’ai jamais vu des yeux aussi bleus ... ".
" Et il est super fort ! Il bat toujours tout le monde à la course ! ".
Trowa éclata de rire puis se pencha pour l’embrasser.
" Je suis content qu’ils vous plaisent ! Je ne regrette pas d’être venu ! ".
Il lui frictionna les cheveux puis se leva pour faire de même avec Ters. Il attendit un instant que la petite s’endorme puis revint vers elle.
" Papa ? ".
" Oui ? ".
" Et Quatre ... Comment il est ? ".
Elle vit son père hésiter. *Pourquoi a-t-il l’air de chercher ?*. Il dut enfin prendre sa décision car il chuchota :
" Et bien, c’est quelqu’un de très important comme tu as dû t’en douter. Il est très gentil et je suis certain que tu le trouveras aussi mignon que Heero ... ".
Elle enfouit sa tête sous ses couvertures à ces mots.
" Mais euh ... ".
Quand elle se remontra, son père l’embrassa à nouveau.
" Bonne nuit, ma chérie ".
" Bonne nuit, papa ... Je t’aime ".
" Je t’aime aussi ma puce ".
Il sortit sans bruit de la pièce et elle réfléchit à son comportement. Il ne voulait pas lui parler de ce Quatre et elle ne comprenait pas pourquoi. Sans réellement s’en rendre compte, elle se surprit à ne pas aimer cet homme qu’elle n’avait pas encore rencontré ...
Trowa se laissa tomber sur son lit, le cœur encore battant de sa petite discussion avec Weel. C’était normal que la petite veuille en savoir plus sur son dernier ami, mais il ne voulait pas en parler, déjà que le voir serait dur alors en parler ... Il se releva puis décida de prendre une douche avant de se coucher.
Il se laissa détendre par l’eau brûlante puis soupira de contentement. Il aurait aimé que Lana soit près de lui en ce moment. Elle avait toujours adoré la Terre et elle lui en avait été reconnaissante de l’emmener La voir. Il se rappelait très bien de ce jour. Elle lui avait alors dit :
" Regarde toutes ces beautés pour lesquelles tu t’es battu ! Je suis fière de toi ! Je t’aime ".
C’était aussi sur Terre qu’il avait cédé et que Weel avait été conçue. Bref la Terre lui remémorait son épouse et il sentit les larmes venir. Il les laissa s’écouler quelques instants puis s’essuya vigoureusement. Il enfila une longue chemise qu’il utilisait toujours pour dormir puis il sortit de la salle de bain et se mit au lit. Il était pour deux personnes avec des draps frais et doux. Il se blottit sous la couette puis entendit une porte s’ouvrir. En fait avec la porte donnant sur le couloir, il y avait deux autres portes reliant les chambres, une inoccupée et l’autre celle de ses filles. Il jeta un œil pour voir les bouilles de ses enfants.
" Popa ! On peut dormir avec toi ? ".
Il leur sourit tendrement puis ouvrit ses draps pour les accueillir. Elles se pelotonnèrent immédiatement contre lui et ils s’endormirent tous les trois ...

 

Chapitre 5

 

" Oui ! ".
Ters sauta sur place de contentement. Weel resta plus discrète mais Trowa savait qu’elle aussi était contente de cette sortie.
" Bien ! Alors tous à pied d’œuvre ! Il faut tout préparer pour ce pic-nic ! ".
Tout le monde se dirigea vers la grande cuisine et ils s’activèrent à entasser les différents plats dans des sacs prévus à cet effet. Duo, maître de cuisine, donnait des ordres aux enfants qui lui obéissaient, ravis. Heero quant à lui regardait la scène d’un œil attendri. Il s’approcha de Trowa.
" Tu peux rester te reposer si tu le désires ... Wu Fei, Sally et moi nous pouvons nous occuper de tes filles ".
Trowa fut surpris par cette proposition. *J’ai l’air aussi fatigué ? *. Heero dut comprendre son interrogation muette car il sourit et posa une main sur son épaule.
" Je pense que tu as besoin d’être un peu seul et au calme, non ? Je sais ce que c’est d’avoir deux gamins !".
Trowa secoua la tête, un sourire aux lèvres. Il est vrai qu’il n’était jamais seul, sauf quand les filles allaient chez leurs grands-parents mais elles ne restaient jamais plus de deux jours prétextant que leur papa leurs manquait trop. Ce qui d’ailleurs était réciproque. Il hésita, s’il restait il pourrait se reposer complètement sans l’éternel soucis de savoir si tout allait bien. Il faisait entièrement confiance aux Chang et à Heero. Il regarda ses filles rire et s’amuser devant les sandwichs puis répondit :
" Si elles sont d’accord, alors je reste ".
Heero le fixa un instant puis avança dans la pièce.
" Trowa reste ici, il va se reposer ".
Weel ouvrit de grands yeux puis posa l’objet qu’elle avait en main. Elle se dirigea aussitôt vers lui.
" Mais ... Pourquoi ? ".
Trowa se baissa vers elle puis lui caressa les cheveux.
" Vous n’avez pas besoin de moi, n’est-ce pas ? ".
Weel fit la moue puis secoua lentement la tête.
" Wu Fei et Sally vont prendre soin de vous ".
Et il lui chuchota doucement :
" Et je vais demander à Heero de s’occuper personnellement de toi ".
L’effet fut immédiat, elle rougit puis sourit.
" D’accord ! ".
Trowa la regarda retourner à ses affaires puis se tourna pour croiser un regard amande interrogatif. Il se baissa à la hauteur de Ters.
" Tu ne m’en veux pas ? ".
La petite secoua énergiquement la tête puis se jeta dans ses bras en riant.
" Seto a dit qu’il resterait avec moi ! Et qu’il me montrerait comment pêcher ! ".
" Mais c’est très bien ! Tu as intérêt à me ramener un gros poisson ! ".
Duo et Trowa regardèrent les deux voitures s’éloigner.
" Ah ! Un peu de calme ! ".
Trowa lui sourit puis acquiesça. Le natté ajouta :
" C’est sympa les enfants mais qu’est-ce que c’est bruyant ! ".
" C’est toi qui dit ça ? ".
Ils se regardèrent avec ironie puis Duo lui proposa de manger quelque chose. Tout en s’installant, Trowa vit que Duo hésitait à lui parler.
" Tu veux me demander quelque chose ? ".
Duo le fixa, surpris, puis soupira :
" T’es vraiment comme Heero ! Mais comment vous faites pour toujours tout savoir ? ".
Trowa secoua la tête puis dit :
" Tu as juste changé de comportement et comme tu n’as rien dit depuis cinq minutes, j’en ai déduit que tu voulais me poser une question plutôt ... embarrassante ... Je suppose que c’est sur Quatre ? ".
Duo acquiesça :
" Je ne lui ai jamais rien demandé ... Mais il est vrai que je me suis toujours demandé ce qui s’était passé entre vous ... ".
Trowa soupira et se laissa aller en arrière contre sa chaise.
" Comment dire ... Un jour il m’a dit que tout était fini, c’est tout ... ".
Duo ouvrit de grands yeux :
" Vraiment ? Pourtant ... Vous alliez si bien ensembles ... ".
" Il ne le pensait pas. Il m’a dit que nous étions trop jeunes, que nous n’avions pas assez vécu pour être sur que nous étions faits l’un pour l’autre. Ce que je ne comprends pas c’est qu’il est mis autant de temps à me le dire ... ".
" Je vois ... Et maintenant ? ".
Trowa piqua une frite puis répondit lentement :
" Maintenant ? J’ai ma famille, il a la sienne, nous n’avons plus rien à faire ensemble ... ".
" Hum ... ".
Duo se trouvait tout seul dans la cuisine et préparait les plats qu’il avait promis aux enfants pour le soir : un gros poulet avec un assaisonnement de pommes de terre et un gâteau au chocolat spécial Duo. Il adorait cuisiner et il passait de longs moments à tester de nouvelles recettes.
Trowa l’avait quitté peu après le repas du midi pour aller se coucher. Duo avait trouvé le châtain changé. Mais il est vrai qu’il y avait de quoi. D’eux tous, c’était sans doute lui qui avait le plus souffert. La perte de Quatre, ensuite celle de sa femme. Mais, Trowa avait l’air tout de même heureux, et il comprenait facilement pourquoi : ses filles étaient de vrais amours.
Duo rajouta du sel puis soupira. Il ne savait que faire. Il avait organisé cet anniversaire pour revoir tout le monde mais aussi pour tenter de réconcilier Trowa et Quatre. Mais maintenant qu’il avait appris les véritables raisons de leur séparation, il s’en voulait. Il croyait au début que c’était le châtain qui était parti, mais cela se révélait être le contraire. Et pourtant il se rappelait parfaitement une discussion avec Quatre qui lui avait fait prendre cette décision de réunir tout le monde.
" Il me manque, Duo ... Il me manque ... Je n’ai été qu’un idiot ! J’aurai dû plus réfléchir et retourner le voir ! ".
Il avait cru que Quatre regrettait de ne pas avoir insisté pour que Trowa reste avec lui, mais si c’était Quatre qui avait quitté le châtain tout était différent.
Il réfléchissait à la meilleure façon de régler le problème quand la sonnette se mit à tinter. Il s’essuya rapidement les mains puis courut vers la porte d’entrée. Il ne voulait pas que le bruit réveille Trowa. Il ouvrit rapidement la porte et tomba nez à nez avec deux turquoises interrogatrices.
Quatre sourit puis Duo s’approcha pour le serrer contre lui.
" Quatre ! Comme je suis content ! Tu as pu te libérer ! ".
" Oui, j’ai reporté toutes les réunions ! Après tout, c’est moi le chef ! ".
Duo le relâcha puis hocha la tête.
" Tu as parfaitement raison ! ".
Duo se pencha alors vers Khel resté derrière son père.
" Mais c’est qu’il a grandi ce bonhomme ! ".
Khel secoua la tête puis sourit à son tour au châtain. Duo l’embrassa doucement puis se leva, ravi.
" Venez ! Entrez ! ".
Il les conduisit jusqu’au salon où Quatre déposa leurs valises et s’installa dans le canapé. Khel fit de même et ils se fixèrent tous les trois. Quatre entama le premier la conversation.
" C’est une très belle maison ! ".
" Oui ! Elle appartient à des amis de L2, et ils nous l’ont gentiment prêté ! ".
Quatre sourit puis jeta un regard dans la pièce.
Tout à coup, il se sentit las, ils avaient voyagé durant plus de douze heures et la fatigue le rattrapait. Duo dut s’en rendre compte car il se leva puis dit :
" Je crois qu’une petite sieste ne sera pas de trop ! Je vais te montrer ta chambre ! ".
Khel demanda alors :
" Je peux jouer à la console, oncle Duo ? ".
" Khel ! Tu viens juste d’arriver ! Tu n’as pas autre chose à faire ?! ".
" Laisse le Quatre, il est en vacances ! Vas-y mon grand, joue ! Et toi tu viens avec moi ! Ici, c’est moi le chef ".
Quatre secoua la tête puis se laissa guider par Duo. Il n’avait pas osé lui demander où se trouvait tout le monde et s’il était là. Il n’avait pas arrêté de penser à Trowa depuis l’annonce de sa venue à l’anniversaire et ses conclusions étaient nombreuses, mais la plus plausible à son avis était que Trowa ne veuille pas de lui. Ce qu’il comprendrait facilement vu la manière dont il l’avait traité. Le problème était qu’il ne pourrait jamais le supporter. De pouvoir le voir sans le toucher, sans le caresser, cela lui serait impossible. Rien que de penser à lui, lui conférait un surplus d’émotion. *Il faut à tout prix que je me fasse pardonner ... Je l’ai toujours aimé ... *.
Duo était ravi que Quatre soit là plus tôt que prévu. Mais il hésitait, devait-il lui dire que Trowa était là ? Devait-il suivre son premier plan ? Il ne savait que faire. Arrivé à l’étage, il prit sa décision. *On verra bien. Mais j’avoue que si je me trompe, je m’en voudrai toute ma vie. Il s’arrêta devant la porte puis l’ouvrit.
" Voilà ! J’espère que ça te plaira ! ".
Quatre s’avança dans la pièce puis sourit.
" C’est parfait Duo ! Merci ! ".
" La salle de bain est juste là. Bon je vais rejoindre ton gosse ! Bonne sieste ! ".
Duo sortit de la chambre, le cœur battant. Avait-il bien fait ? Avait-il fait la plus grosse erreur de sa vie ? Il regretta qu’Heero ne soit pas là. Il lui aurait été d’un grand secours. Il soupira puis rejoignit Khel.
Quatre prit une douche rapide. Il soupira d’aise. Il faisait beaucoup de voyage pour son travail et il aimait par-dessus tout quand il arrivait à l’hôtel pour pouvoir enfin prendre un peu de repos. Mais cette fois ci, il n’aurait pas à lutter contre qui que ce soit pour défendre ses idées. Il était en vacances et il comptait bien en profiter.
Son cœur lui rappela alors qu’il aurait peut être à lutter, mais dans un tout autre registre. Il avait hâte de revoir son premier amant, et son unique amour. Que lui dirait-il ? Il devinait que ses excuses ne seraient pas suffisantes, il lui faudrait aller plus loin. Mais que ferait-il ? *Tu n’es qu’un idiot Quatre ! Il est marié et il doit l’aimer plus que tout ! Il a dû m’oublier ! Et il doit me détester ... *.
Il revint dans sa chambre et sentit un malaise l’envahir. Il était devenu rare que son empathie s’exprime, mais là il la sentait fortement. *Que se passe-t-il ?* Il se prit la tête entre les mains puis se secoua pour tenter de faire partir la légère douleur. Il scana la pièce pour trouver ce qui l’avait fait réagir ainsi. Il s’approcha de la porte près de son lit et la sensation revint. *Bien, quoique ce soit ça vient de là ... *.
Son cœur se mit à battre la chamade, il n’arrivait plus à contrôler ses émotions. Il se reprit un peu et ouvrit doucement la porte. Il pénétra dans une autre chambre identique à la sienne. Elle était plongée dans le noir et il ne pouvait apercevoir que le lit. Mais il devinait la présence d’une personne étendue, dormant paisiblement. Et il savait à sa réaction excessive qui était cette personne. Il s’approcha doucement du lit.
" Trowa ... ".
Ses yeux s’habituèrent rapidement à l’obscurité et il put examiner attentivement l’homme étendu. Il le trouva changé, mais il y avait de quoi, cela faisait presque quinze ans qu’ils ne s’étaient pas vus. Trowa avait les cheveux plus courts et malgré son visage reposé, Quatre pouvait apercevoir quelques fines rides autour de ses yeux.
Il le fixa, sans s’approcher trop près, sachant pertinemment que le châtain se réveillerait s’il avançait. Il ne savait que faire. S’il n’y avait que lui, il suivrait son instinct et se jetterait sans plus attendre sur l’homme face à lui, mais il y avait Trowa, et ce n’était sûrement pas en attaquant qu’il se ferait pardonner.
Le désir était pourtant bien présent et il avança légèrement. Trowa bougea dans son sommeil et se tourna vers lui. Quatre crut un instant qu’il s’était réveillé mais ce n’était pas le cas. Il fit un nouveau pas vers le lit, admirant toujours le jeune homme. Il se trouvait maintenant contre le rebord, s’il tendait la main il pourrait caresser la joue du châtain. Il était étonné qu’il ne se soit pas éveillé. Cela signifiait qu’il se sentait en sécurité ici mais aussi, et c’est cela qui le surprenait, qu’il faisait entièrement confiance à Duo. Il se souvenait parfaitement lorsqu’ils vivaient ensembles, qu’à chaque fois qu’il rentrait tard et que Trowa était déjà couché, il se réveillait immédiatement quand le blond entrait dans la pièce. *Tu as vraiment changé ... Et ce n’est pas grâce à moi ... *.
Il hésita puis se décida tout de même à le toucher.
Sa main tremblante se trouvait maintenant à quelques centimètres des cheveux de Trowa. Au moment où ses doigts allaient les toucher, il sentit un changement dans l’air. Ses yeux rencontrèrent alors les deux émeraudes qu’il aimait tant ...
Trowa sentit que quelque chose n’allait pas. Il n’ouvrit pas les yeux et attendit que la sensation disparaisse. Mais contrairement à ce qu’il pensait au début, elle augmenta : il y avait quelqu’un dans la pièce et ce n’était pas l’une de ses filles. Il sentit la personne bouger et s’approcher de lui, lentement avec hésitation. Son cœur se mit à battre plus rapidement : ce pouvait-il que ?
Il bougea légèrement, se tournant vers l’intrus, mais il n’ouvrit pas les yeux, ne voulant pas avoir à faire à lui immédiatement. Peut-être allait-il partir ? Il en doutait et quand il sentit une main se rapprocher de lui, il ouvrit les yeux instantanément : il n’était pas question qu’il le touche.
Ils se fixèrent sans rien dire. Trowa pouvait sentir dans le corps de Quatre une tension pratiquement palpable. Lui se sentait calme, il avait prit sa décision plus tôt : il resterait loin du blond, pour ses filles.
Quatre se décida enfin à parler et Trowa frissonna sous la voix emplie de désir du blond.
" Trowa ... Je ... ne sais pas quoi te dire, mais sache que je suis heureux de te voir ... ".
Trowa opina sans rien dire. Ses propres émotions le submergèrent tout de même, mais aimait-il encore cet homme ? Il bougea et s’assit dans le lit. Quatre fit de même mais en restant sur le rebord.
" Je n’ai qu’une seule chose en tête, Trowa ... Pardonne-moi ... ".
Lui pardonner ? Mais de quoi ? D’avoir agi avec égoïsme, de l’avoir briser intérieurement ? Mais grâce à cela il avait rencontré Lana et avait vécu heureux avec elle durant sept longues années et maintenant il élevait ses deux bouts avec amour. Donc pouvait-il lui pardonner ?
" Bien sur ... Pourquoi ne te pardonnerai-je pas ? ".
Quatre fut surpris de la réponse car il ouvrit de grands yeux.
" C’est vrai ? ".
Trowa acquiesça doucement.
" Grâce à toi, j’ai pu découvrir que tu avais raison et que nous n’étions pas faits l’un pour l’autre ... ".
Il devinait que ce n’était pas la réponse que Quatre attendait. Et il vit la tristesse envahir le regard bleuté. Cette peine lui fit étrangement mal mais il avait décidé, ils devaient rester loin l’un de l’autre.
Quatre réfléchit un instant puis sembla prendre sa propre décision. Mais contrairement à ce que Trowa attendait, il sentit le jeune homme se pencher vers lui et ne bougea plus quand deux lèvres se posèrent sur les siennes. Le baiser était doux comme ceux qu’il partageait avec Lana. Il se surprit à y répondre en mettant ses bras autour du cou du blond.
Se rendant compte après un instant de ce qu’il faisait, il repoussa brutalement son ami tout en secouant la tête. *Non ! Je ne dois pas succomber ! Pour mes filles !*.
" Non ! ".
" Tu ne ressens plus rien pour moi ? Vraiment ? Alors pourquoi as-tu répondu ? ".
Quatre le regarda un air de défi dans les yeux. Trowa baissa la tête puis la secoua à nouveau vivement.
" C’était instinctif ! Cela ne se reproduira plus ... Je ne veux pas redevenir ton amant, Quatre ... Tout est fini entre nous. Tu as ta famille et j’ai la mienne ! Je ne t’aime plus ! ".
Mais Quatre ne l’entendait pas ainsi ...
Il se réveilla et se rendit immédiatement compte qu’il n’était pas seul. Remettant ses idées en place, il sentit son cœur se serrer. Il l’avait fait, il ne le voulait pas mais il n’avait pas pu s’en empêcher.
Et maintenant ?
Ce n’est pas en ayant agi ainsi qu’il allait se faire pardonner. Il bougea légèrement et croisa le regard vert de son –nouvel- amant.
Les émeraudes ne reflétaient rien, il ne pouvait deviner ce qu’il pensait. Une chose qui n’avait pas changé chez lui. Il retint un soupir puis déposa à nouveau sa tête sur le torse de Trowa. Il réfléchissait mais ne trouvait rien à dire. Son comportement était inadmissible, il n’avait pas écouté ses protestations et il avait ... Il secoua la tête puis la releva à nouveau.
" Trowa ... ".
" Puis-je sortir ? J’aimerai prendre une douche ... ".
Sa voix était froide, vibrante de colère contenue.
" Trowa ! Pourquoi m’as tu laissé faire, si tu es en colère maintenant ?! ".
Trowa le fixa un instant puis le déplaça. Il se leva et prit les affaires qu’il avait placées sur une chaise.
" Trowa ! ".
Le châtain lui répondit d’un ton neutre.
" Je te connais, tu n’aurais pas abandonné avant d’avoir obtenu ce que tu désires ... Maintenant, j’espère que tu vas me laisser tranquille ! ".
Quatre pâlit. Il était vrai qu’il obtenait toujours ce qu’il voulait, mais là, la situation était différente, -* Vraiment ?*-, il ne voulait pas le forcer.
" Je ... Je ne veux pas ... ".
Trowa stoppa près de la porte de la salle de bain et se retourna lentement vers lui.
" Quatre ... Ne rend pas les choses plus difficiles ... C’était ton choix ... " .
" Je me suis trompé ... ".
Il baissa les yeux devant le regard de Trowa : colère et incertitude s’y mêlaient.
" Je t’aime ... ".
C’était la vérité, il avait été stupide de vouloir aller voir ailleurs. Mais c’était le passé et il voulait l’oublier et se concentrer sur l’avenir, leur avenir.
Trowa serra ses vêtements contre lui puis dit :
" Que tu m’aimes ne change rien ! Maintenant tout est différent, et même si moi aussi je t’aimais encore ... ".
Quatre sentit l’hésitation sur ces mots.
" ... Je ne veux pas recommencer ! Ma famille passe avant toi ! ".
Quatre comprenait parfaitement.
" Si tu l’aimes vraiment, comment as-tu pu me laisser faire ? ".
Trowa ouvrit de grands yeux puis secoua la tête.
" Je vois que tu t’es renseigné sur moi ... ".
Quatre fronça les sourcils puis sortit à son tour du lit. Il s’approcha de Trowa avec douceur.
" Trowa ... ".
Ils se fixèrent un long moment puis Trowa soupira et se détourna.
" Quatre ... Je ... Je ne sais pas ... Nous vivons dans des mondes différents tous les deux. Tu as toujours ce que tu veux, la preuve avec moi. Mais cette fois, je ne céderai pas ... ".
" Trowa ! ".
" Laisse-moi finir. J’accepte d’être avec toi durant cette semaine ... ".
Quatre sentit son cœur battre plus vite. S’il pouvait au moins rester près de lui durant ces quelques jours, ce serait mieux que de le regarder de loin.
" ... A la condition que mes filles ne sachent rien ! Je veux que l’on soit discret ! ".
Trowa le regarda à nouveau guettant sa réaction. Quatre acquiesça doucement puis prit le grand châtain dans ses bras pour lui donner un profond baiser.

 

A suivre ...